C’est une bosse inesthétique qui apparaît progressivement sur l’avant pied. L’hallux valgus, autrefois surnommé « oignon », est un phénomène répandu dans la population. « L’hallux valgus est une déformation du pied qui touche l’articulation du gros orteil et de l’os appelé « premier métatarsien », explique David Boudet, pédicure-podologue à Montpellier et président de la fédération nationale des podologues. « Cela crée une « exostose » sur le côté du pied, c’est-à-dire une bosse, qui peut être plus ou moins proéminente. Elle peut toucher indifféremment un seul pied ou les deux. » Cette déformation va être mal supportée au fil du temps car toute l’articulation se met progressivement à dysfonctionner. Les répercussions peuvent être importantes en fonction du stade de la déformation : apparition de cors et durillons, début d’arthrose, modification de la posture et de la marche, orteils se positionnant en « griffes » …
Le bon choix de chaussures
L’hallux valgus se déclare souvent autour de 35 ans. Et si dans l’immense majorité des cas, ce sont les femmes qui en souffrent, les causes n’en sont pas clairement expliquées. « L’apparition d’un hallux valgus est multifactorielle, indique le docteur Olivier Laffenêtre, chirurgien orthopédiste spécialiste exclusif pied-cheville. Il exerce en clinique à Paris et au Centre Médico-chirurgical Universitaire du Pied (CMUP) du CHU de Bordeaux. « Ça peut être héréditaire. Les hormones peuvent également jouer dans le fait que les femmes sont beaucoup plus impactées. L’imagerie médicale semble par ailleurs indiquer qu’il y aurait une prédisposition anatomique complexe. Enfin, le chaussage joue également un rôle très important ». En effet, le port de chaussures trop étroites ou à bout pointu, ou encore avec des talons très hauts, positionne le gros orteil sur l’intérieur et favorise l’affaissement arrière du pied. « Le choix des chaussures est vraiment fondamental, car il est souvent une cause d’hallux valgus, appuie David Boudet. C’est également une cause d’aggravation. Il faut toujours opter pour un chaussant adapté qui soit suffisamment large. »
Un premier bilan chez le podologue
Un bilan chez un pédicure-podologue est la première étape à envisager si l’on note l’apparition d’une déformation sur l’avant-pied. « Le podologue va constater l’importance de la déformation en fonction de l’angle formé entre l’orteil et le premier métatarse. Il va également regarder si la mobilité des orteils est bonne », précise David Boudet. Le bilan sert à faire de la prévention, à donner des conseils de chaussage et à freiner l’évolution de l’hallux valgus. « Si l’appui du pied est très rigide et qu’il y a de l’arthrose, on propose le port de semelles le jour et, en cas de douleur inflammatoire nocturne, de contentions sur-mesure la nuit. » La consultation d’un podologue est également l’occasion d’évoquer la douleur provoquée par l’hallux valgus. « La douleur n’est pas corrélée à l’importance de la déformation. Elle dépend de plusieurs facteurs : de la chaussure portée, de la mobilité du gros orteil, et si le pied vit bien avec cette déformation. »
Se faire opérer au bon moment
Trois indications peuvent mener un chirurgien orthopédiste à conseiller à son patient de franchir le pas de l’opération. « Le premier critère est celui de la gêne au chaussage. S’il devient douloureux, il faut se poser la question de l’opération, indique le docteur Laffenêtre. Le deuxième critère est celui des retentissements sur l’avant-pied : on parle de douleurs, de déformations des orteils latéraux ou de complications de type syndrome de Morton… Enfin, si l’on souffre sous le pied au niveau des orteils de ce qu’on appelle une métatarsalgie, il devient licite d’opérer ». Dans tous les cas de figure, c’est le patient qui prend la décision de se faire opérer ou non. « On peut donner deux conseils aux personnes atteintes : tout d’abord, n’attendez pas que l’hallux valgus se complique et de souffrir d’orteils en griffes par exemple, car là, la chirurgie devient beaucoup plus lourde, prévient Oliver Laffenêtre. Et, enfin, choisissez un chirurgien orthopédiste spécialiste du pied car il saura quelle technique opératoire est la plus adaptée à votre cas. »
Une intervention pour rétablir l’anatomie
Il existe en effet de nombreuses techniques opératoires employées en cas d’hallux valgus. Toutes ont pour but de rétablir l’anatomie normale du pied. « Il existe trois grandes familles de chirurgies en cas d’hallux valgus : la chirurgie dite conventionnelle où on ouvre le pied du patient, celle dite percutanée (« à travers la peau ») qui est moins lourde, moins douloureuse que la première, et enfin celle dite « mini invasive » qui est une technique hybride des deux précédentes. C’est le chirurgien qui choisit mais il doit absolument tout expliquer à son patient avant l’intervention », précise le docteur Laffenêtre. L’opération est réalisée PAR DÉFAUT sous anesthésie loco régionale, et en ambulatoire le plus souvent. La durée de l’opération s’étale de trente minutes pour un hallux valgus simple à deux heures s’il est compliqué de griffes ou d’arthrose par exemple.
Suivre le protocole de rétablissement
La peur de souffrir suite à l’opération peut être un frein chez les patients concernés. « Pour moi, seuls 20 % des patients souffrent après l’opération. Il faut alors vérifier s’ils prennent bien les médicaments anti-douleurs systématiquement prescrits ou s’ils n’y sont pas intolérants, car le protocole anti-douleur est très bien établi », souligne le docteur Laffenêtre. Le port d’une chaussure rigide pendant trois à six semaines est ensuite prescrit. La durée de l’arrêt de travail dépendra par ailleurs du métier exercé. « La rééducation chez un kinésithérapeute aide énormément. Elle est essentielle pour récupérer. Il faudra au moins envisager 20 séances ». Enfin, à moyen terme, la reprise du sport est tout à fait possible. « La chirurgie peut même améliorer la mobilité du pied, souligne le docteur Laffenêtre. En principe on peut reprendre l’activité physique que l’on veut. Et si l’on a des douleurs ou des questions, il ne faut ne surtout pas hésiter à contacter son chirurgien et/ou son podologue ! »
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