Ebola : tout comprendre sur l’épidémie en cours

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Peggy Cardin-Changizi

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Ebola : tout comprendre sur l’épidémie en cours
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Une nouvelle épidémie de fièvre hémorragique Ebola frappe depuis mai 2026 la République démocratique du Congo. Plus de 1 000 cas suspects et 246 décès ont déjà été recensés. Quelle est la particularité de cette souche ? Comment se transmet le virus ? Existe-t-il des traitements ? Et risque-t-elle d’atteindre l’Europe ? Le point avec deux experts.

Qu’est-ce que le virus Ebola ? Et pourquoi réapparaît-il régulièrement ?

Le virus Ebola appartient à la famille des filovirus. Il en existe plusieurs espèces. Les grandes épidémies passées (Afrique de l’Ouest en 2014-2016, République démocratique du Congo en 2018-2020) étaient dues à la souche Zaïre. Celle qui circule aujourd’hui est différente : la souche Bundibugyo, identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda.

Ebola est une zoonose : un virus qui circule chez des animaux sans les rendre malades, et qui peut, à la faveur d’un contact accidentel, passer à l’homme. « Tant qu’il n’y a pas de contact avec l’homme ou une espèce intermédiaire, il ne se passe rien », explique Sylvain Baize, responsable du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales à l’Institut Pasteur. Les chauves-souris frugivores africaines sont les réservoirs probables, mais pour Bundibugyo, rien n’a encore été formellement démontré.

Ce qui a changé depuis trente ans, c’est la fréquence des émergences. « Entre 1976 et 1995, il s’est passé près de vingt ans sans réémergence notable. Depuis 1995, on a des réémergences pratiquement chaque année », souligne Sylvain Baize. L’activité humaine croissante en forêt tropicale (exploitation forestière, déforestation, déplacements de population) multiplie les contacts entre l’homme et la faune sauvage. Le réchauffement climatique pourrait également jouer un rôle, en modifiant les habitats de ces espèces animales.

Comment se transmet-il vraiment ?

Ebola ne se transmet pas par voie respiratoire. Le virus passe uniquement par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée : sang, vomissements, diarrhées, urine, sueur. « Ce n’est pas une transmission par l’air. C’est le contact physique avec les personnes malades et leurs sécrétions qui contamine », rappelle Isabel Amoros, coordinatrice médicale pour Médecins Sans Frontières (MSF) en République démocratique du Congo.
Une personne infectée n’est pas contagieuse pendant la période d’incubation, qui dure de 2 à 21 jours. 

Elle ne le devient qu’à l’apparition des premiers symptômes, et sa contagiosité augmente à mesure que la maladie progresse. « Plus le patient vomit, a de la diarrhée et saigne, plus il est contaminant », précise Sylvain Baize.

Deux situations concentrent l’essentiel des transmissions : le soin à domicile sans protection et les rites funéraires. Le corps d’un défunt est au maximum de sa contagiosité dans les 48 heures suivant le décès. « Un seul enterrement peut aboutir à 10 ou 15 cas secondaires », avertit Sylvain Baize. Le personnel soignant insuffisamment équipé est aussi très exposé.

Quels sont les symptômes et comment évolue la maladie ?

Les premiers signes d’Ebola sont trompeurs : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires, grande fatigue. Un tableau qui ressemble à celui du paludisme, très répandu dans la région. « Les gens ont de la fièvre, ils prennent directement un antipaludéen. Quand ils finissent par consulter, plusieurs jours se sont écoulés et ils ont souvent transmis le virus à leurs proches », explique Sylvain Baize, responsable du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales à l’Institut Pasteur.

Sans soins, la maladie évolue vers des troubles digestifs sévères (vomissements, diarrhées abondantes) puis, dans les formes graves, vers des hémorragies et une atteinte de plusieurs organes vitaux. Le diagnostic repose sur une analyse biologique réalisée sur prélèvement sanguin.

Dans cette épidémie, un retard de diagnostic a aggravé la situation : les laboratoires disponibles sur place n’étaient équipés que pour tester la souche Zaïre. Les premiers prélèvements sont revenus négatifs, obligeant à renvoyer les échantillons à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. « L’épidémie s’est confirmée trop tard. Les mesures de contrôle n’ont pas pu être mises en place assez tôt, et c’est pour ça qu’elle a pris cette extension géographique », analyse Isabel Amoros. 

A-t-on enfin des armes pour combattre Ebola ?

Pour la souche Zaïre, un vaccin homologué existe depuis 2019. Pour Bundibugyo, en revanche, il n’existe ni vaccin, ni traitement spécifique. Des pistes sont à l’étude comme des traitements à base d’anticorps et des candidats vaccins qui ont montré des résultats encourageants chez l’animal, mais aucun n’a encore été testé à grande échelle chez l’être humain. Et aucun ne sera disponible avant plusieurs mois. 

En attendant, la seule réponse possible reste les soins de support : réhydratation, traitement de la fièvre, prise en charge des complications. Ces soins font pourtant une vraie différence. Lors de l’épidémie 2014-2016, le taux de décès atteignait 63 % pour les patients soignés en Afrique, contre 18 % pour ceux pris en charge dans les pays du Nord. « Les soins intensifs sur le terrain ont vraiment progressé ces dix dernières années. On fait aujourd’hui de la dialyse, on équilibre les sels minéraux essentiels au bon fonctionnement de l’organisme », souligne Sylvain Baize.

Délivrer ces soins reste néanmoins très difficile dans ce contexte. Les équipes soignantes se heurtent à des groupes armés, des barrages routiers, des centres de traitement attaqués. Et à la méfiance d’une partie de la population, épuisée par des années de conflits et de crises. 

« Pour ces populations, Ebola est une chose de plus qui arrive. Le paludisme, la rougeole, le choléra tuent aussi leurs enfants. Leur ordre de priorités n’est pas forcément le même que le nôtre », dit Isabel Amoros, coordinatrice médicale pour Médecins Sans Frontières (MSF) en République démocratique du Congo. Informer, adapter les messages aux réalités culturelles, construire la confiance : ce travail de terrain est aussi indispensable que le déploiement médical.

Faut-il craindre une propagation en Europe ?

Le risque d’une épidémie en France est extrêmement faible. Des modélisations de l’Inserm et de Santé publique France concluent à une probabilité très faible d’importation du virus en France hexagonale ou à Mayotte, notamment en raison de l’absence de liaison aérienne directe avec la zone touchée. Ebola ne se transmettant pas par voie respiratoire, un passager sans symptômes dans un avion ne représente aucun danger.

Si un voyageur rentrait d’une zone touchée en présentant des symptômes, il serait rapidement repéré. En cas de suspicion à l’hôpital, le patient serait immédiatement isolé. Le Centre national de référence de l’Institut Pasteur, disponible 24h/24 et 7j/7, est en mesure de rendre un résultat biologique six heures après réception du prélèvement. « Le risque d’une propagation mondiale reste infime », tranche Sylvain Baize.

La situation est différente au niveau régional : l’Ouganda est déjà touché, avec neuf cas confirmés, et d’autres pays limitrophes pourraient suivre. À plus long terme, la réponse durable à ces émergences répétées passe par le renforcement des systèmes de santé locaux. « Ça va revenir. C’est seulement en améliorant l’accès à des soins de santé de qualité, aux équipements de base et au diagnostic précoce qu’on pourra détecter la prochaine épidémie plus tôt et la limiter », conclut Isabel Amoros.

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