Endométriose : un test salivaire pris en charge pour des milliers de Françaises

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Pauline Hervé

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Endométriose : un test salivaire pris en charge pour des milliers de Françaises
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Le gouvernement a validé, début février 2025, la prise en charge d'un simple test salivaire (Endotest) pour mieux détecter l'endométriose. De quoi accélérer le diagnostic de cette maladie qui provoque douleurs et infertilité. Quelles sont les femmes concernées ?

Sept ans, c’est le temps moyen, en France, avant de diagnostiquer l’endométriose selon le ministère de la Santé. Cette maladie, qui touche une femme sur dix en âge de procréer, provoque des douleurs intenses et invalidantes et peut causer une infertilité. Ses symptômes peuvent prendre des formes multiples. Et les examens pour la diagnostiquer sont longs et coûteux (échographies, IRM, cœlioscopie…). Or le temps perdu avant de poser le diagnostic risque d’aggraver l’endométriose.

Endotest, un test simple pour dépister l’endométriose

C'est pour raccourcir l’errance diagnostique et simplifier le dépistage que Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, et Yannick Neuder, ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins, ont annoncé le 11 février 2025 la prise en charge d'Endotest, un test salivaire de diagnostic précoce de l'endométriose.

Cette prise en charge s'inscrit dans le cadre d'un vaste essai clinique, suite à la validation en 2024 d'Endotest par la Haute autorité de santé (HAS). Appelée Endobest, l'étude est prévue sur un an. Son but est d'évaluer l’impact du test sur les décisions médicales, dont la diminution des interventions chirurgicales cœlioscopiques à visée diagnostique de l'endométriose. Ainsi, la HAS décidera des conditions d'accès et de prise en charge futures pour toutes les femmes concernées.

25 000 tests salivaires pris en charge

Sur un an à partir de mars 2025, 2 500 patientes bénéficient de la prise en charge du test au titre de l’étude clinique de la Haute autorité de santé (HAS). Mais sa disponibilité a été élargie à 25 000 patientes car la HAS a accordé au projet un « forfait innovation ». Il s'agit d'un dispositif qui permet un soutien financier temporaire à des technologies innovantes dans le domaine de la santé en début de développement clinique (phases de test sur des patients).

Endotest avait été présenté fin janvier 2022 par la start-up française Ziwig, en collaboration avec le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Il permet, à partir d'une simple analyse de salive, de diagnostiquer en dix jours l'endométriose chez une femme présentant des douleurs invalidantes évocatrices. Et ce, avec une fiabilité de 95 %.

Quelles femmes sont concernées par la prise en charge d'Endotest ?

L'Assurance maladie réserve pour le moment la prise en charge aux patientes « âgées de 18 à 43 ans, ayant des symptômes fortement évocateurs d’endométriose, mais dont une échographie et une IRM pelviennes ne montrent pas de lésions visibles », explique le Pr François Golfier. Chef de service gynécologie-obstétrique à l’hôpital Lyon-Sud, il est aussi l’investigateur principal de l’essai clinique construit par Ziwig sous l’égide de la Haute autorité de santé (HAS).

Une femme peut en effet être porteuse d'endométriose dont les lésions passent inaperçues lors de ces examens d’imagerie. Dans ce cas, on proposait jusqu'à maintenant une cœlioscopie, opération chirurgicale inconfortable et coûteuse, pour poser un diagnostic. Endotest doit permettre de diminuer le recours à ces cœlioscopies.
Pourquoi ne pas le proposer systématiquement à toute femme ? Ce serait « une très mauvaise idée », prévient le Pr Golfier. 

D'une part, la proportion de cas d'endométriose dans une population aussi large serait faible et la performance du test probablement altérée. « En outre, souligne le spécialiste, il s’agit bien d’un test de diagnostic précoce, chez des femmes ayant des symptômes, et en aucun cas d’un test de dépistage généralisé de l’endométriose chez toutes les Françaises. »

Comment bénéficier de l'étude Endobest ?

Si un médecin suspecte chez sa patiente une endométriose malgré des imageries peu concluantes, il l'oriente vers un des 100 établissements hospitaliers publics, privés ou privés d’intérêt collectif, qui ont été répertoriés et qui participent à l’étude. La liste complète a été publiée au journal officiel.

Pour obtenir des informations précises sur les centres participants et les modalités de participation, il est recommandé de consulter le site officiel du ministère de la Santé ou de contacter directement les établissements de santé répertoriés.

Comment fonctionne ce test salivaire ?

Le test s’appuie sur l’analyse des micro-ARN dans la salive des femmes. Ce sont des petites molécules présentes dans tous les fluides corporels. Des études menées sur d’autres affections, comme le cancer, ont montré que ces micro-ARN jouent le rôle de marqueurs biologiques de certaines maladies.

Les équipes de recherche ont donc séquencé les quelque 2 600 micro-ARN connus dans le corps humain avant d’isoler ceux qui étaient les plus spécifiques des femmes atteintes d’endométriose. Ceci pour identifier la « signature » de cette maladie, qui consiste en une centaine de micro-ARN caractéristiques de cette pathologie.

« L’intelligence artificielle a permis de traiter ces quantités phénoménales d’information, ce qui aurait été impossible pour des équipes « humaines », précise le Pr François Golfier, chef de service gynécologie-obstétrique à l’hôpital Lyon-Sud.

Diagnostiquer plus vite l'endométriose.

Le résultat espéré si la Haute autorité de santé (HAS) valide la prise en charge d'Endotest à l'issue de cette vaste étude ? C'est que chaque femme puisse réaliser facilement le test chez elle, en prélevant un échantillon de salive, avant de l’envoyer pour analyse à un laboratoire. Elle n'aurait pas besoin de cœlioscopie.

« En une dizaine de jours, le résultat permettrait de diagnostiquer une endométriose ou d’éliminer cette possibilité avec une fiabilité très élevée », poursuit le Pr François Golfier, qualifiant cette perspective de « petite révolution ». Une grande avancée, en tout cas, dans le cadre de la Stratégie nationale de lutte contre l’endométriose, lancée par le gouvernement en 2022.

Rédigé par

  • Pauline Hervé

    Journaliste spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (prévention, innovation et recherche, soins...)

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