Enfants et écrans : quel usage et à quel âge ?
Publié le
Temps de lecture estimé 5 minute(s)
Puis-je laisser mon enfant de 3 ans regarder des dessins animés ? À 10 ans, peut-il s'inscrire sur un réseau social ? Quel « temps d'écran » lui accorder par jour ? Quel parent ne s'est jamais posé ces questions à propos de l'usage des écrans par les plus jeunes ? C'est pour y répondre et faire un état des lieux des connaissances scientifiques sur les effets des écrans, que le président de la République a demandé à une commission d'experts de se pencher sur le sujet, et de suggérer des mesures claires. Après trois mois de travail, la commission a rendu ses conclusions dans un rapport. En voici les grandes lignes.
Une « hyperconnexion » dès le plus jeune âge
La commission Ecrans a examiné les travaux les plus récents menés sur le temps passé devant des écrans par les enfants et les adolescents. L'étude de référence de Santé publique France, en 2015, montrait que les enfants de 6 à 17 ans passaient en moyenne 4 h 11 par jour sur un écran.
Santé publique France souligne qu'à 2 ans, seuls 13,7 % des enfants n’étaient pas du tout exposés aux écrans. Les autres y passent un temps quotidien moyen de 56 minutes. Celui-ci passe à 1 h 20 à 3 ans et demi et 1 h 34 à 5 ans et demi. À savoir : le terme « écrans » désigne ici aussi bien la télévision que les tablettes, smartphones et jeux vidéo.
Cette étude date d'avant la période Covid, ce qui laisse présumer une augmentation moyenne du temps d'écran. Ces chiffres sont considérables et la commission n'hésite pas à parler d'« hyperconnexion » des mineurs. On a encore peu de recul sur l'effet d'une telle consommation sur le développement physique et psychique des plus jeunes. Cependant, certaines conséquences sont déjà bien documentées.
Les recommandations, âge par âge
Avant trois ans : empêcher tout usage des outils numériques, et ne pas laisser la télévision allumée dans une pièce où se trouve un tout-petit.
De 3 à 6 ans : l'usage des écrans est déconseillé, ou du moins fortement limité, occasionnel, accompagné par un adulte et avec des contenus à qualité éducative.
Avant 11 ans : le téléphone portable, et surtout le smartphone, est fortement déconseillé. Outre les risques pour la santé cités plus haut, le smartphone ouvre potentiellement l'accès à des contenus choquants pour leur âge et à de mauvaises rencontres sur les réseaux sociaux. La commission conseille, si besoin, un téléphone sans connexion internet jusqu'à 13 ans.
À 13 ans : la commission propose un smartphone sans accès aux réseaux sociaux les plus utilisés et addictifs (ceux dont les contenus sont les moins bien modérés et régulés : TikTok, SnapChat, Twitter...). En outre, les portables sont interdits dans les collèges.
À 15 ans : il peut être raisonnable d'accéder à un smartphone avec accès à des réseaux sociaux « éthiques », propose le rapport. Il s'agit, explique Amine Benyamina, « de ceux qui ont une fonction qui n’est pas de capter l'attention le plus longtemps possible, qui ne proposent pas de contenus offensants ou traumatisants, qui n’entraînent pas une forme d’addiction », précise-t-il en citant Mastodon ou BlueSky. En outre, « l'âge de 15 ans présente l'avantage de correspondre à celui de la majorité numérique (âge prévu par la loi pour s'inscrire seul sur un réseau social, ndlr) », ajoute-t-il.
Les risques pour la santé physique
« L'hyperconnexion des jeunes provoque globalement des risques de déficit de sommeil, de sédentarité et des problèmes de vision comme la myopie précoce », détaille le Pr Amine Benyamina, addictologue et coprésident de la Commission avec la neurologue Servane Mouton. Le temps passé sur écran est du temps en moins à pratiquer une activité physique et peut favoriser des risques d'obésité. La « lumière bleue » des appareils comme les tablettes entraîne une fatigue des yeux, et de nombreuses études ont prouvé qu'elle entraînait un déficit de sommeil. Enfin, le fait de moins jouer dehors et de garder les yeux fixés sur un écran proche du visage favorise l'apparition de myopies.
Les risques potentiels sur le développement cognitif
Les experts de la commission Écrans n'ont pas conclu que l'exposition aux écrans ralentissait le développement neuronal de l'enfant. Pour le Pr Benyamina, cependant, les déficits de concentration, les difficultés de sommeil liés aux écrans viennent, eux « perturber le développement naturel, physiologique, du cerveau et des relations interpersonnelles ». Il ajoute que « normalement, le cerveau grossit et se développe en étant stimulé par l'interaction avec d'autres humains ». Et souligne que chez certains jeunes qui ont un terrain psychologique fragile, l'hyper usage des écrans, en particulier des réseaux sociaux, peut être un facteur de risques supplémentaire de dépression ou d'anxiété.
Des risques d'addiction ?
La commission Écrans est claire : la notion « d’addiction aux écrans » en tant que telle n’est pas encore reconnue par la science. Cependant, le Pr Benyamina, addictologue, parle de « produits addictogènes ». En effet, la façon dont sont conçus les réseaux sociaux, les applications, les jeux vidéo payants a un seul objectif : garder le jeune le plus longtemps en ligne.
« Personne ne pousse les jeunes à se connecter, mais s'ils restent en ligne c'est en raison de stratégies de captation de l'attention. En auditionnant les jeunes, on s'est rendu compte qu'il n'y avait aucune limite dans la captation de l'attention des contenus qui échappent à la police. Les enfants ont le sentiment de maîtriser mais ne maîtrisent rien du tout », ajoute le Pr Benyamina.
Des contenus inappropriés, voire dangereux
En plus de ces risques d'enfermement dans une « bulle », le Pr Benyamina témoigne avoir été choqué de la rapidité à laquelle l'on peut se retrouver face à des contenus violents, pornographiques, des clichés sur les relations homme-femme et enfin les dangers liés à la pédocriminalité. C’est vrai notamment sur les réseaux sociaux et les sites de chat où des adultes malveillants se font passer pour des jeunes.
Autisme et écrans : pas de cause à effet
Les experts de la commission sont très clairs : au vu des études scientifiques menées jusqu'à maintenant, les écrans ne « provoquent » pas de troubles du spectre autistique ou de trouble neurodéveloppemental chez les enfants. Tout au plus leur hyper consommation peut-elle légèrement aggraver certains symptômes.
APPEL A TÉMOIGNAGES : Quelle est la place des écrans dans votre famille ?
A lire aussi
-
Dépendance aux écrans : attention danger
Psychologie
-
Écrans : avec modération, même au travail
Prévention des risques
Commentaires
Philippe
24 janvier 2025 à 10h01