Maladies rares chez l’enfant : comment mieux les détecter et les soigner ?

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Peggy Cardin-Changizi

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Maladies rares chez l’enfant : comment mieux les détecter et les soigner ?
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Des milliers de maladies rares touchent les enfants en France, rendant le diagnostic complexe et l’accès aux soins souvent difficile. Comment sont-elles identifiées ? Quels sont les défis du dépistage et de la prise en charge ?

En France, une maladie est dite « rare » dès lors qu’elle concerne moins d’une personne sur 2 000. On en recense environ 6 500, dont les plus connues sont notamment la mucoviscidose, la myopathie de Duchenne ou l’amyotrophie spinale. « Lorsqu’on cumule toutes ces maladies rares, on se rend compte qu’elles forment en réalité un problème de santé publique fréquent : une personne sur 20 est concernée directement », souligne le Pr Stanislas Lyonnet, directeur de l’Institut des maladies génétiques Imagine jusqu’en 2024. 

« Mais une telle définition peut faire qu’une maladie est rare à un endroit et fréquente dans une autre population (la drépanocytose par exemple, touche très principalement les populations antillaise et subsaharienne) ». Toutes ces maladies sont principalement d’origine génétique et nécessitent des examens approfondis pour être détectées.

Comment poser un diagnostic ?

Le diagnostic repose sur l’analyse des symptômes et des examens génétiques. « Lorsque des anomalies sont détectées chez un nouveau-né, les médecins tentent de les comparer avec des pathologies connues grâce à des bases de données comme Orphanet », explique le professeur Gérard Friedlander, président du Comité scientifique de l’Institut Servier et Délégué général à la Fondation Université Paris Cité. « L’identification repose sur deux étapes : l’observation clinique des signes visibles, puis l’analyse génétique pour confirmer l’altération d’un gène spécifique ».

Stanislas Lyonnet ajoute : « Aujourd’hui, nous disposons également de bases de données qui s’appuient sur l’intelligence artificielle (IA), comme Dr Warehouse à l’Institut Imagine, pour permettre aux médecins d’analyser des dizaines de milliers de cas et d’identifier plus rapidement des maladies rares en comparant les phénotypes des patients. On parle maintenant de jumeaux numériques ».

Les défis du diagnostic

Poser un diagnostic rapide et précis reste un défi dans la prise en charge des maladies rares. Il faut souvent plusieurs années avant qu’un enfant ne soit correctement diagnostiqué. Les tests néonataux dépistent de manière précoce certaines maladies mais restent limités à quelques pathologies bien définies (1). « En France, nous avons un programme de dépistage efficace, mais il reste limité à 13 maladies, alors que d’autres pays pratiquent déjà un dépistage beaucoup plus large », regrette le Pr Lyonnet.

Une application pour réduire l’errance diagnostique

Dans cette optique, Orphanet a codéveloppé en 2023 une application, baptisée RDK : Rare Disease Knowledge, avec Tekkare, une société française spécialisée dans le partage de la connaissance médicale et scientifique. « Basée sur les données d'Orphanet, ce dispositif médical, distribué par As We Know, permet aux professionnels de santé d’entrer les signes cliniques et symptômes d’un patient afin d’obtenir un premier niveau d’identification de potentielles maladies rares et des suggestions d’orientation vers les centres de référence pour un diagnostic plus rapide », explique Charlotte Rodwell, responsable des partenariats d'Orphanet. 

Où s’informer sur les maladies rares ?

Pour mieux comprendre et gérer une maladie rare, plusieurs ressources sont disponibles :
•    Orphanet (www.orpha.net), la principale base de données européenne, recense ces pathologies ainsi que les centres de référence et autres services spécialisés et les traitements existants.
•    Les centres de référence offrent un accompagnement médical adapté.
•    Les associations de patients (AFM-Téléthon, Vaincre la Mucoviscidose, Alliance Maladies Rares) fournissent un soutien moral et des conseils pratiques.
•    Le site du ministère de la Santé : sante.gouv.fr
•    Service d’information et d’écoute sur les maladies rares : Maladies Rares Info
•    Institut Imagine, Institut Hospitalo-Universitaire des Maladies Génétiques, www.institutimagine.org

Vers de nouvelles approches thérapeutiques

Certaines maladies rares disposent de traitements spécifiques, mais beaucoup restent sans solution thérapeutique efficace. La thérapie génique représente un espoir pour certaines pathologies, même si son accès reste limité en raison de coûts élevés et de procédures complexes. « La thérapie génique est une avancée formidable, mais elle ne concerne à ce jour qu’une poignée de maladies parmi les milliers déjà identifiées ; il faut donc aussi faire feu de tout bois en développant d’autres modèles thérapeutiques ! », nuance le Pr Lyonnet.

Une nouvelle piste : le repositionnement de médicaments

Le repositionnement de médicaments est une alternative prometteuse. « Nous avons découvert que certaines molécules déjà employées pour d’autres maladies pouvaient être efficaces contre certaines maladies rares », indique le Pr Friedlander. Le Pr Lyonnet cite un exemple frappant : « Un anticancéreux a montré un effet inattendu et majeur sur certaines mutations responsables de syndromes d’hyper-croissance. Ce genre de découverte permet de proposer des traitements plus accessibles et immédiatement utilisables . »

Cette approche pourrait accélérer l’accès aux traitements, réduire considérablement les coûts et favoriser une prise en charge plus rapide. Toutefois, il reste des défis persistants. Les laboratoires pharmaceutiques ont en effet peu d’incitations économiques à développer des traitements pour des maladies touchant un faible nombre de patients.

Un accès aux soins inégal

La France s’appuie sur un réseau de centres de référence des maladies rares, souvent rattachés à de grands hôpitaux. Ces structures jouent un rôle clé dans le diagnostic et l’orientation des familles. « L’un des principaux défis reste l’inégalité géographique dans l’accès aux soins. Aujourd’hui, après trois Plans Nationaux Maladies Rares depuis 2005, et à l’approche de l’annonce du quatrième, on trouve enfin des centres de référence bien équipés, c’est-à-dire des réseaux forts entre grandes villes et régions plus rurales, ce qui permet aux familles de réduire considérablement l’errance diagnostique », souligne le Pr Lyonnet.

Il souligne également l’importance des réseaux de collaboration entre hôpitaux. « Au-delà des inégalités d’accès dont certaines demeurent, nous devons adopter une approche plus globale pour garantir un suivi optimal des enfants atteints de maladies rares et leur offrir un accompagnement adapté à leurs besoins spécifiques. »

Renforcer la sensibilisation des médecins

La formation initiale et continue des médecins est un levier essentiel pour améliorer la détection précoce. « Il est crucial de cultiver une culture du "Et si c’était une maladie rare ?" parmi les professionnels de santé, souligne Charlotte Rodwell. Ils devraient aussi connaître les ressources spécifiques aux maladies rares. » L’Alliance Maladies Rares mène des actions dans ce domaine, notamment à travers des programmes de sensibilisation dédiés. « En février 2023, l’Alliance a lancé une campagne, visant à mieux informer les professionnels de santé de première ligne sur les maladies rares et les solutions qui existent pour réduire l’errance diagnostique », rappelle-t-elle.

Un accompagnement essentiel des familles

Les familles touchées par une maladie rare ont besoin d’un soutien global tout au long du parcours de soins. « L’impact psychologique est énorme. Un meilleur accompagnement est nécessaire pour les enfants et leurs familles », insiste le Pr Friedlander. Il rappelle que les consultations de génétique pédiatrique sont cruciales pour répondre aux nombreuses questions des parents. « Les parents veulent savoir comment évoluera la maladie, quels sont les traitements disponibles, et s’il existe un risque pour une future grossesse. »

Il insiste également sur la nécessité de favoriser les échanges entre les familles concernées : « Les parents qui traversent ces épreuves ont besoin de se sentir compris et soutenus. Des groupes de parole, des plateformes d’entraide et des accompagnements psychologiques adaptés doivent être renforcés. »

Le rôle des associations dans la lutte contre les maladies rares

Outre le rôle des médecins et chercheurs, les associations jouent un rôle essentiel en collectant des fonds pour la recherche et en accompagnant les familles. L’AFM-Téléthon, Vaincre la Mucoviscidose et l’Alliance Maladies Rares militent pour une meilleure reconnaissance de ces pathologies.

Elles assurent également un relais essentiel entre les patients, les professionnels de santé et les pouvoirs publics, contribuant à la mise en place de politiques adaptées aux besoins spécifiques des malades. Grâce à leur mobilisation, de nombreuses avancées ont été obtenues en matière de financement de la recherche, d'accès aux traitements et de sensibilisation du grand public.

(1)    Le programme national de dépistage néonatal, qui concerne tous les nouveaux-nés en France, couvre actuellement 13 maladies : phénylcétonurie, l’hypothyroïdie congénitale, l’hyperplasie congénitale des surrénales, la mucoviscidose, le déficit en MCAD (Medium-Chain-Acyl-CoA Déshydrogénase), l’homocystinurie, la leucinose ou maladie des urines à « odeur de sirop d’érable », la tyrosinémie de type 1, l’acidurie isovalérique, l’acidurie glutarique de type 1, le déficit en 3-hydroxyacyl-coenzyme A déshydrogénase des acides gras à chaîne longue, le déficit primaire en carnitine, la drépanocytose.

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