Quand et comment se protéger des tiques ?
Publié le
Temps de lecture estimé 7 minute(s)
En France, on recense une quarantaine d’espèces de tiques. Deux grandes familles se distinguent avec des caractéristiques très différentes. Les tiques molles piquent très rarement l’homme et ne causent pas d’affections majeures sous nos latitudes. Les tiques dures, elles, peuvent être à l’origine de pathologies plus graves comme la maladie de Lyme pour la tique Ixodes ricinus ou de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC) pour la tique Hyalomma marginatum.
Ces tiques ne transmettent pas directement de maladie par leur piqûre mais des agents pathogènes (virus, bactérie, parasite…) qui vont déboucher ou non sur une maladie. « Les tiques ne sont pas toutes infectées. Et lorsqu’elles le sont, elles ne vont pas forcément transmettre quelque chose à l’homme », précise Sarah Bonnet, directrice de recherche Inrae, parasitologue, entomologiste médicale et vétérinaire à l’institut Pasteur. De surcroît, l’homme dispose d’un système immunitaire et ne va pas systématiquement développer une affection après une piqûre de tique infectée.
Les pics d’activité des tiques bouleversés par le changement climatique
Les périodes d’activité des tiques varient selon les espèces. Globalement, s’agissant de la tique Ixodes ricinus, on observe deux pics : un plus important au printemps et un autre moins sensible à l’automne. « Ixodes ricinus ne supporte pas la sécheresse et a besoin d’humidité », observe Sarah Bonnet de l’Institut Pasteur.
En raison du changement climatique et de la météo fluctuante, les périodes d’activité de la tique peuvent évoluer. « Avant, on n’enregistrait quasiment pas de piqûres l’hiver. Désormais, comme cette saison est plus douce, cela arrive », reprend l’entomologiste. La tique responsable de la FHCC, elle, aime plus la chaleur et la sécheresse. Le réchauffement climatique a provoqué son installation dans le sud de la France, sur le pourtour méditerranéen. Elle est donc plutôt active en été.
La proie naturelle, sur laquelle elles prélèvent le sang qui les nourrit, n’est pas l’humain. « Ce dernier ne sera en contact avec la tique que lorsqu’il va rentrer dans des environnements où se trouve la faune sauvage. L’acarien n’ira pas le chercher en dehors de son territoire ».
Porter des vêtements couvrants et clairs pour se protéger
Bien que la faune domestique puisse aussi être piquée par des tiques, celles-ci se trouvent quasi exclusivement dans des coins de nature et des jardins où évolue la faune sauvage. L’Ixodes ricinus se rencontre essentiellement dans les massifs forestiers. Mais elle trouve aussi refuge dans les zones de pâturage des campagnes et dans les jardins ruraux visités par la faune sauvage. Il lui faut obligatoirement des endroits où elle peut se nourrir sur les animaux.
À la différence de la tique Ixodes ricinus, la tique Hyalomma marginatum va élire domicile dans des zones sèches de garrigues. « Il est donc important de se protéger des possibles piqûres lorsque l’on doit se rendre dans un environnement qui sert d’habitat aux tiques », insiste la parasitologue. Le mieux est de porter des guêtres ou des bottes ou bien de mettre ses chaussettes par-dessus les pantalons.
« Il est recommandé de ne pas se promener en sandales ni de faire de la randonnée en short », conseille Sarah Bonnet. De même, il faut porter des vêtements couvrants et clairs et marcher au milieu des chemins et sentiers plutôt que dans la végétation, tout en se tenant éloigné des herbes hautes et denses. Le contact avec les branches basses, les arbustes ou encore les fougères est aussi à éviter.
Les tiques privilégient les zones humides et chaudes du corps humain
Le mieux est d’utiliser un plaid de couleur claire ou une couverture de survie lorsque l’on prévoit de pique-niquer. Dans un sac à dos, on peut emporter du répulsif, un tire-tique, un désinfectant. Et il est important, en rentrant de promenade, de vérifier qu’il n’y ait pas de tiques sur soi. « Elles sont extrêmement lentes donc elles ne vont pas se fixer immédiatement mais prendre le temps pour trouver sur le corps l’endroit qui leur convient le mieux », souligne l’entomologiste de l’institut Pasteur.
Les tiques vont en effet privilégier les zones humides et chaudes comme l’aine, le dessous des aisselles, les plis du coude, le nombril… « Les endroits où la peau est un peu plus fine, comme les espaces entre les doigts, sont parfaits pour les larves qui n’ont pas de pièces buccales très longues. »
D’autres espèces de tiques du genre Dermacentor, que l’on trouve dans des milieux similaires à I. ricinus (broussailles, herbes longues…) ont une préférence plus marquée pour le cuir chevelu. Une fois chez soi, il est conseillé de changer de vêtements, de prendre une douche, et de bien se brosser les cheveux. De s’inspecter minutieusement sur tout le corps et de faire de même avec ses animaux de compagnie s’ils ont été de la balade.
La piqûre de la tique ne se sent pas car sa salive est anesthésiante
Si on trouve une tique sur soi, il faut la décrocher au plus vite. « La transmission de possibles agents pathogènes n’est pas forcément immédiate à la différence du moustique qui injecte des microbes sans délai », commente Sarah Bonnet. Pour la tique, cela prend plusieurs heures, voire plusieurs jours, lorsque l’agent pathogène transmis est une bactérie ou un parasite. «En revanche, s’il s’agit d’un virus, c’est immédiat. Donc plus vite on retire la tique, mieux c’est ».
Les tire-tiques que l’on trouve en pharmacie font très bien l’affaire. « On glisse sous la tique. On tourne jusqu’à ce qu’elle se détache seule et après on désinfecte la plaie. » On peut le faire avec une pince fine également mais il ne faut pas tirer directement sur la tique. « Le risque est que les pièces buccales de la tique restent à l’intérieur de la peau, ce qui va générer une plaie qui pourra s’infecter. »
La particularité avec les tiques est que l’on ne se rend pas forcément compte de la piqûre. « Quand elles prennent leur repas, elles vont injecter de la salive, indispensable pour bien prélever le sang. Cette salive contient notamment des substances anti-inflammatoires et antidouleur », révèle Sarah Bonnet. C’est comme si l’endroit piqué était anesthésié. « On ne sent rien, contrairement là encore au moustique. Ce que l’on sent éventuellement, c’est quand la tique court sur nous pour trouver le bon endroit où se nourrir. »
Toutes les tiques ne sont heureusement pas infectées et vectrices de microbes
Une fois la piqûre désinfectée, il faut surveiller la zone touchée. Le premier symptôme qui apparaît dans 70 à 80 % des cas d’infection de la maladie de Lyme est une plaque rouge inflammatoire, appelée érythème migrant. Il va grandir de façon circulaire. « C’est là qu’il faut consulter un médecin, mais également lorsque l’on a de la fièvre, des céphalées, que l’on éprouve de la fatigue, des douleurs articulaires… On indique que l’on s’est fait piquer par une tique, à quel moment et à quel endroit. »
L’entomologiste rappelle qu’il ne faut pas paniquer. Toutes les tiques ne sont pas infectées et une tique infectée ne va pas forcément transmettre d’agent pathogène. « Cela va de 0 à 40 % des tiques selon les régions. La plus grosse incidence est dans l’est de la France. »
Selon une récente étude réalisée aux Pays-Bas, le risque de développer la maladie de Lyme, à la suite de la piqûre d’une tique infectée, qui a pu réaliser la totalité de son repas, est d’environ 14 %. Ce risque diminue lorsque la tique ne prend pas tout son repas et est extraite avant 4 jours de fixation. Si le repas est interrompu par le retrait rapide de la tique, la probabilité de transmission est pratiquement nulle.
A lire aussi
-
Maladie de Lyme : comment la détecter et quels sont les traitements ?
Maladies et traitements
-
Faut-il craindre la tique géante, porteuse de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo ?
Maladies et traitements
Commentaires