Tuberculose : une maladie toujours sous surveillance

Publié le

Peggy Cardin-Changizi

Temps de lecture estimé 5 minute(s)

Tuberculose : une maladie toujours sous surveillance
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Souvent associée aux sanatoriums du début du XXᵉ siècle, la tuberculose appartient-elle vraiment au passé ? En France, la maladie recule depuis plusieurs décennies, mais elle continue de circuler dans certains contextes de précarité ou de promiscuité. Quels sont les signes à connaître, les risques réels et les traitements disponibles ?

La tuberculose fait partie des maladies infectieuses les plus anciennement surveillées en France. « C’est une maladie à déclaration obligatoire depuis les années 1960, nous avons donc un recul très fiable sur son évolution », explique Jean-Paul Guthmann, épidémiologiste à Santé publique France. Les données recueillies sur plusieurs décennies montrent une baisse continue du nombre de cas.

Dans les années 1970, la France enregistrait encore plusieurs dizaines de milliers de cas par an. Aujourd’hui, environ 4 500 cas sont déclarés chaque année, soit 6 à 7 cas pour 100 000 habitants. « Si l’on regarde la tendance longue, la tuberculose a énormément diminué dans notre pays », confirme le Pr François-Xavier Blanc, pneumologue à l’institut du thorax du CHU de Nantes et responsable du GREPI (groupe de recherche et d’enseignement en pneumo-infectiologie).

Cette évolution positive s’explique par plusieurs facteurs : amélioration des conditions de logement, accès plus précoce aux soins, efficacité des antibiotiques et organisation du dépistage. Les fluctuations observées ces dernières années, notamment après la crise sanitaire, ne traduisent pas un rebond durable.

Une maladie qui circule encore en France

Aujourd’hui, la tuberculose n’est pas répartie de manière homogène sur le territoire ni dans la population. Elle est plus fréquente chez les personnes nées ou ayant vécu dans des pays où la maladie reste très répandue, notamment dans certaines régions d’Afrique subsaharienne ou d’Asie. Elle concerne aussi davantage certains territoires français. « Les plus touchés sont la Guyane, Mayotte et l’Île-de-France, où l’incidence est plus élevée que la moyenne nationale », précise le professeur de pneumologie François-Xavier Blanc.

La maladie est également plus fréquente dans certaines situations de vie, notamment chez les personnes en situation de précarité ou en milieu carcéral. « La promiscuité, des conditions de logement parfois difficiles et un recours tardif au système de soins peuvent alors favoriser la transmission et retarder le diagnostic », souligne Jean-Paul Guthmann.

Chez les personnes originaires de régions du monde où la tuberculose est très répandue, la maladie peut se déclarer longtemps après l’infection initiale. « La bactérie peut rester dormante dans l’organisme, puis se réactiver à la faveur d’une baisse de l’immunité », explique l’épidémiologiste.

Pour autant, les experts insistent sur un point essentiel : la tuberculose ne concerne pas exclusivement ces populations. « Même une personne née en France et n’ayant jamais voyagé peut tout à fait développer une tuberculose », rappelle le Pr Blanc.

Quand la toux joue un rôle clé dans la transmission

La tuberculose est une maladie à transmission respiratoire. Elle se propage lorsqu’une personne atteinte d’une tuberculose pulmonaire tousse, parle ou éternue, libérant dans l’air la bactérie responsable. Mais cette transmission nécessite des conditions bien particulières.

« Ce n’est pas une maladie que l’on attrape en croisant quelqu’un quelques secondes dans le métro », insiste Jean-Paul Guthmann de Santé publique France. Le risque concerne surtout les contacts étroits et prolongés : vie sous le même toit, travail dans un espace clos, collectivité, ou partage répété d’un même lieu.

Cette précision est essentielle pour éviter la stigmatisation. La tuberculose n’est pas une maladie « hautement contagieuse » dans la vie quotidienne, à condition qu’elle soit rapidement diagnostiquée et traitée.

Des symptômes parfois discrets

La maladie s’installe lentement, parfois sur plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les signes les plus fréquents associent une toux persistante, une fatigue inhabituelle, une perte de poids involontaire, de la fièvre prolongée et des sueurs nocturnes.

« Ce sont des symptômes banals, qui peuvent correspondre à beaucoup d’autres maladies », reconnaît le Pr François-Xavier Blanc. Mais lorsque ces signes persistent dans le temps ou s’aggravent, ils doivent alerter. « Dans ce cas, il faut consulter », souligne le pneumologue.

Si les poumons sont le plus souvent atteints, la tuberculose peut toucher aussi les ganglions, les reins, les os, voire le système nerveux. Le diagnostic repose alors sur des examens cliniques, des radiographies et la recherche directe de la bactérie dans les prélèvements.

Des traitements efficaces et une prise en charge bien organisée

Aujourd’hui, la tuberculose est une maladie le plus souvent guérissable. « Le traitement curatif dure en général six mois et associe plusieurs antibiotiques », explique le Pr Blanc. Même s’il est long, ce traitement est généralement bien toléré et le patient guérit dans la grande majorité des cas.

La prise en charge débute souvent à l’hôpital, notamment au début du traitement, afin de limiter le risque de transmission et de s’assurer de la bonne tolérance des médicaments. Un suivi régulier est ensuite assuré en médecine de ville (généraliste ou spécialiste en cabinet libéral).

Parallèlement, un travail essentiel est mené autour du patient. Les centres de lutte antituberculeuse (CLAT) identifient et dépistent les personnes ayant été en contact étroit avec le malade. « Tout est gratuit, organisé et confidentiel. Il ne faut surtout pas hésiter à s’y rendre lorsqu’on est convoqué », insiste le pneumologue.

Au-delà du traitement de la maladie elle-même, le suivi médical joue un rôle clé. « Même après la guérison, certains patients peuvent conserver des séquelles respiratoires (baisse durable du souffle, gêne pendant l’effort…), surtout lorsque le diagnostic a été posé tardivement », souligne le spécialiste. Un contrôle de la fonction respiratoire est donc souvent recommandé après la fin du traitement.

Des traitements préventifs peuvent être proposés aux personnes infectées mais non malades, afin d’éviter l’évolution vers une tuberculose active. La vaccination par le BCG, désormais ciblée sur les enfants à risque, reste également un outil important pour prévenir les formes graves.

En France, les formes sévères et les décès sont devenus rares. « La tuberculose fait encore peur, mais elle n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était autrefois », résume Jean-Paul Guthmann, épidémiologiste à Santé publique France.

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