Semaine nationale du rein : mieux comprendre l’insuffisance rénale

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Peggy Cardin-Changizi

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Insuffisance rénale : mieux comprendre la dialyse
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Longtemps silencieuse, la maladie rénale chronique (MRC) concerne près de 6 millions de Français. Si la dialyse reste indispensable quand l’organisme ne parvient plus à éliminer correctement les déchets, de nouvelles approches permettent, dans certains cas, d’en retarder le recours. La Semaine nationale du rein, du 7 au 14 mars, est l’occasion de rappeler l’importance d’un dépistage précoce.

Les reins assurent plusieurs fonctions vitales : ils filtrent le sang, éliminent les toxines et participent au contrôle de la tension artérielle. Lorsqu’ils perdent en efficacité, ces mécanismes se dérèglent progressivement.

En France, environ 10 % de la population présente une atteinte rénale. « Cela peut correspondre à une véritable maladie du rein ou à un vieillissement anormalement rapide », explique le Dr Frank Martinez, néphrologue à l’hôpital Necker (Paris).

Avec l’âge, la capacité de filtration des reins diminue naturellement. « À partir de 40 ans, on perd environ 1 % de cette fonction chaque année. À 80 ans, elle doit encore représenter environ 40 % de celle d’une personne jeune », précise-t-il. Certaines pathologies accélèrent ce phénomène. « L’hypertension, le diabète de type 2 et les maladies des vaisseaux sanguins représentent à eux seuls la moitié des causes de dialyse », indique le spécialiste.

100 000 patients traités en France

Lorsque cette capacité devient insuffisante, un traitement de remplacement s’impose. « 100 000 patients sont aujourd’hui traités en France : 56 000 par dialyse et 44 000 par greffe », rappelle le Dr Martinez. « Dans certains pays, où la greffe est davantage encouragée, ces proportions sont inversées. »

La dialyse reste une contrainte majeure. Concrètement, elle implique plusieurs séances hebdomadaires de plusieurs heures. Ce rythme impose une organisation stricte et modifie durablement le quotidien, la vie professionnelle et les relations sociales.

De nouveaux traitements prometteurs

« Il y a une évolution, voire une révolution, dans la prise en charge », affirme le Dr Martinez de l’hôpital Necker. Certains médicaments récents permettent désormais de ralentir l’aggravation de la maladie. « Utilisés précocement, ils peuvent différer de plusieurs années l’évolution et la nécessité de dialyse ou de greffe », explique-t-il.

Pour Yvanie Caillé, fondatrice de Renaloo, association de patients consacrée aux maladies rénales, ce tournant est essentiel. « On s’est longtemps concentré sur les patients déjà dialysés ou greffés. Mais 5,9 millions de personnes vivent avec une maladie rénale à un stade plus ou moins avancé en France, la plupart sans le savoir. Aujourd’hui, si l’on dépiste tôt, on peut retarder, voire éviter, la dialyse ou la greffe. »

Elle souligne aussi l’impact collectif : la prise en charge des patients dialysés et greffés représente 4,6 milliards d’euros par an, dont plus de 63 000 euros annuels par patient pour la dialyse. Prévenir ces situations permettrait donc d’améliorer le parcours et la vie des patients, tout en réduisant les dépenses de santé.

Quand la dialyse devient nécessaire

Le recours à la dialyse ou à la greffe n’est pas automatique dès que les résultats des analyses montrent une baisse du fonctionnement des reins. « Lorsque la fonction rénale diminue fortement, une surveillance rapprochée est nécessaire », précise le Dr Martinez. Le traitement devient nécessaire lorsque l’organisme ne parvient plus à maintenir un équilibre satisfaisant.

Deux types de dialyse existent :

  • L’hémodialyse filtre le sang à l’aide d’une machine, le plus souvent dans un établissement de soins.
  • La dialyse péritonéale utilise une membrane naturelle située dans l’abdomen et peut être réalisée à domicile.

En France, « 7 % à 8 % des patients sont traités à domicile », indique le néphrologue. « Malgré les progrès techniques, la qualité de vie et l’espérance de vie restent inférieures à celles observées après une greffe. »

Lorsque cela est possible, une transplantation peut être organisée avant même le recours à la dialyse. « Réalisée suffisamment tôt, elle améliore encore davantage l’espérance et les conditions de vie », rappelle le spécialiste.

Dépistage : un geste simple

La difficulté majeure tient à l’absence de symptômes aux stades précoces de la maladie rénale chronique. « Au moment où ils apparaissent, il est presque déjà trop tard », souligne Yvanie Caillé de l’association Renaloo. « On perd du temps et des chances. »

Les personnes diabétiques, hypertendues, en surpoids, atteintes de maladies cardiovasculaires ou ayant des antécédents familiaux doivent être particulièrement vigilantes. Chez elles, un dépistage annuel est recommandé, même en l’absence de signe particulier. « Deux examens simples suffisent : une prise de sang et une analyse d’urine », explique le Dr Martinez. Ils peuvent être prescrits par le médecin traitant et réalisés en laboratoire.

En pratique, ces tests sont rapides et peu contraignants. Ils permettent d’identifier un problème bien avant l’apparition de manifestations visibles comme une fatigue importante ou des gonflements des jambes. Pris à temps, ces signaux peuvent éviter une aggravation progressive pendant plusieurs années.

Le Dr Martinez conclut : « Si votre tension est élevée, si vous avez un diabète, un excès de poids ou des antécédents médicaux ou familiaux, faites vérifier le fonctionnement de vos reins par des tests simples. Parlez-en à votre médecin traitant. »

La Semaine nationale du rein : informer pour agir

Du 7 au 14 mars 2026, la Semaine nationale du rein vise à sensibiliser le grand public. Renaloo mène une campagne nationale en partenariat avec le ministère de la Santé, l’Assurance maladie, et des associations liées au diabète, aux maladies cardiovasculaires et à l’obésité.

L’objectif est de rappeler que ce contrôle annuel est recommandé chez les personnes à risque, mais qu’il reste encore insuffisamment réalisé. Pour Yvanie Caillé, le message doit rester concret : « Ne pas faire contrôler ses reins, c’est comme ne pas faire contrôler ses freins ».

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Commentaires

Merci beaucoup pour les conseils Roxanne

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