Contraception d’urgence : ce qu’il faut savoir
Publié le
Temps de lecture estimé 9 minute(s)
La contraception d’urgence est une contraception de « secours », utilisable dans les quelques jours qui suivent un rapport sexuel non ou mal protégé pour éviter une grossesse non souhaitée.
La « pilule d’urgence », plus connue sous le nom de « pilule du lendemain », est la méthode la plus utilisée. Facile d’accès, elle peut être obtenue gratuitement, sans ordonnance, en pharmacie de ville et dans d’autres lieux. Toutefois, ses consignes d’utilisation ne sont pas toujours bien comprises.
Cet article fait le point sur les modes de contraception d’urgence et les idées fausses les plus courantes à leur sujet.
Quelles sont les différentes méthodes de contraception d’urgence ?
Deux possibilités permettent de limiter le risque de grossesse après un rapport sexuel non ou mal protégé :
La contraception d’urgence hormonale, également appelée « pilule d’urgence » ou à tort « pilule du lendemain », est à prendre dans les 3 à 5 jours maximum.
Il existe deux types de pilules d’urgence : la plus couramment utilisée est le lévonorgestrel (Norlevo® et sa version générique) qui peut être prise jusqu’à 3 jours après le rapport et qui est couramment prescrite en cas d’oubli de pilule « régulière ». L’autre pilule, l’acétate d’ulipristal (Ellaone® et sa version générique), est à prendre jusqu’à cinq jours après le rapport.
- La pose d’un stérilet en cuivre, appelé dispositif intra-utérin ou DIU, est la deuxième possibilité. Elle doit intervenir dans les 5 jours maximum.
Comment fonctionne la pilule d’urgence ?
La pilule d’urgence prévient les grossesses en empêchant ou en différant l’ovulation. Si l’ovulation a déjà eu lieu, la pilule ne fonctionnera pas. Il est donc fortement conseillé de procéder à un test de grossesse deux à trois semaines après la prise du comprimé. Pour cela, des tests urinaires sont disponibles, sans ordonnance, en pharmacie, et ils sont gratuits dans les Centres de santé sexuelle.
« La pilule d’urgence pâtit encore d’une certaine méconnaissance concernant son utilisation, souligne le Dr Joëlle Robion, gynécologue médicale et membre du Syngof, le syndicat des gynécologues et obstétriciens de France. Certaines jeunes femmes ont tendance à la prendre après chaque rapport. Or, la pilule d’urgence ne fonctionne qu’une fois par cycle et protège uniquement du rapport qui a eu lieu juste avant sa prise. »
Autrement dit, pour les rapports sexuels qui suivent le rapport non protégé jusqu’aux prochaines règles, il est nécessaire de se protéger en utilisant un préservatif.
La pilule d’urgence est à prendre le plus rapidement possible après un rapport à risque. Plus elle est prise tôt, plus elle est efficace. Cependant, « il faut savoir que le lévonorgestrel et l’acétate d’ulipristal présentent des taux d’échec respectivement de 2 % et 1,2 % », indique Joëlle Robion. D’où la nécessité, dans tous les cas, de recourir ultérieurement à un test de grossesse.
Oubli de pilule contraceptive et pilule d’urgence : que faut-il savoir ?
« Lorsque je reçois des jeunes patientes qui souhaitent démarrer une contraception, je leur demande : "Que faut-il faire en cas d’oubli de pilule ?", explique la gynécologue Joëlle Robion. Très souvent, elles me répondent : "Je fais un test de grossesse", alors que c’est plutôt : "Je vais chercher la pilule du lendemain !" »
Comment procéder ? Si vous prenez la pilule et que vous l’avez oubliée au-delà du délai acceptable (3 heures ou 12 heures selon le type de pilule), vous devez, si vous avez eu des rapports dans les 5 jours précédant cet oubli, prendre immédiatement le dernier comprimé oublié ET la pilule d’urgence, puis continuer votre plaquette jusqu’à la fin.
Pour les plaquettes avec arrêt (1), précise Joëlle Robion, « quand l’oubli a eu lieu dans les 7 derniers jours de la plaquette, il faut prendre la pilule d’urgence et enchaîner directement avec une nouvelle plaquette, sans respecter la pause habituelle de 7 jours ».
Il est par ailleurs impératif d’utiliser un préservatif (masculin ou féminin) pour tout rapport sexuel jusqu’aux prochaines règles.
Où et comment se procurer la pilule d’urgence ?
Depuis 2023, la pilule d'urgence peut être délivrée en pharmacie, gratuitement, sans prescription médicale et sans avance de frais, à toute personne mineure ou majeure (les personnes majeures doivent présenter leur carte Vitale).
Cette contraception d'urgence hormonale peut également être obtenue gratuitement :
- dans les centres de santé sexuelle
- dans les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) des virus de l’immunodéficience humaine (VIH), des hépatites et des infections sexuellement transmissibles
- dans les établissements scolaires auprès des infirmiers scolaires
- dans les services de santé universitaire
Bon à savoir : la pilule d’urgence peut être prescrite à l’avance. N’hésitez pas à en parler à votre médecin, gynécologue ou sage-femme.
Les pharmaciens aux avant-postes
En première ligne dans la délivrance de la pilule d’urgence, les pharmaciens rectifient souvent des idées fausses. « Certaines jeunes filles pensent que c’est un moyen de contraception ou que cela les protège des infections sexuellement transmissibles, alors que ce n’est évidemment pas le cas », témoigne Yorick Berger, pharmacien à Paris et porte-parole de la FSPF, la Fédération des pharmaciens d’officine.
Lors de ces échanges, le professionnel de santé constate souvent que les jeunes femmes méconnaissent le fonctionnement du cycle féminin. « Elles demandent par exemple la pilule d’urgence alors qu’elles viennent d’avoir leurs règles, raconte-t-il. Elles ne savent pas non plus qu’elles peuvent se faire poser un stérilet. Pour nous pharmaciens, délivrer cette pilule est l’occasion d’orienter les personnes non suivies vers une sage-femme pour un suivi gynécologique. Aux 18-25 ans, nous parlons également des bilans de prévention santé, pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, encore trop peu connus, et qui sont l’occasion d’aborder la santé sexuelle. »
DIU au cuivre : comment ça marche ?
À côté de la pilule d’urgence, il existe un autre mode de contraception d’urgence, plus efficace mais moins connu. Il s’agit du dispositif intra-utérin (DIU) au cuivre. Il empêche la fixation, sur la muqueuse de l’utérus, d'un ovocyte fécondé et rend également les spermatozoïdes inactifs. Une fois posé, il peut servir de moyen de contraception pendant 5 à 8 ans.
« Il est efficace à plus de 99 %, indique la gynécologue Joëlle Robion. C’est une excellente contraception d’urgence, mais elle est peu utilisée, car y avoir accès rapidement peut s’avérer compliqué. » En effet, il faut prévoir 2 rendez-vous en urgence auprès d’un médecin généraliste, d’un gynécologue ou d’une sage-femme.
Lors de la première consultation, le professionnel de santé délivre l’ordonnance et vérifie l’absence de contre-indications. Lors du second rendez-vous, il pose le DIU, après évaluation de la forme et de la sensibilité de l’utérus. La pose dure 2 minutes, elle est généralement peu ou pas douloureuse. Il n’est pas nécessaire d’avoir déjà eu des enfants pour se faire poser un DIU.
Le DIU au cuivre en urgence coûte 30,50 €, il est pris en charge à 65 % par l’Assurance maladie, et à 100 % pour les femmes de moins de 26 ans. Si vous avez plus de 26 ans, renseignez-vous auprès de votre mutuelle pour savoir si elle complète cette prise en charge.
À noter : la pose d’un DIU est contre-indiquée en cas de rapport non protégé avec un partenaire récent et en cas d’abus sexuel. En effet, si une infection sexuellement transmissible est en cours, la pose d’un stérilet peut aggraver cette infection.
Existe-t-il des risques à utiliser une contraception d’urgence ?
L’utilisation d’une contraception d’urgence ne présente pas de risques particuliers. Mais, comme pour tous les médicaments, en particulier hormonaux, leur prise n’est jamais anodine. Concernant le DIU, n’hésitez pas à vous reporter à notre article « Vrai/faux sur le stérilet ».
La pilule d’urgence (lévonorgestrel ou acétate d’ulipristal) peut être prise chaque fois qu’il y a un risque de grossesse non souhaitée. Elle peut provoquer quelques effets secondaires légers (maux de tête, saignements légers, nausées). Elle ne doit pas être utilisée en contraception régulière : elle n’est pas conçue pour cela et ne fonctionne qu’une fois par cycle.
« Les craintes relatives à la pilule d’urgence, alimentées par les rumeurs sur les réseaux sociaux, sont les mêmes que celles qui circulent sur la pilule classique, observe la gynécologue Joëlle Robion. Elle ferait grossir, augmenterait le risque de cancer, rendrait stérile, etc. La pilule d’urgence, certes, peut provoquer des troubles du cycle, mais n’induit aucun de ces risques. Reste que, dans l’idéal, sa prise doit rester exceptionnelle. »
(1) Les plaquettes avec arrêt désignent les pilules contraceptives qui prévoient une semaine d'arrêt entre les deux plaquettes.
Et en cas de grossesse ?
Que faire si, malgré la prise de la pilule d’urgence, vous découvrez que vous êtes enceinte ? Dans ce cas, il est toujours possible de recourir à une interruption volontaire de grossesse (IVG). « Si la patiente décide en revanche de poursuivre sa grossesse, il n’y a pas de risque d’anomalie ou de malformation du fœtus », affirme Joëlle Robion.
L’acétate d’ulipristal a pu susciter des interrogations. Il s’agit d’un médicament récent, mis sur le marché en Europe en 2009. Par conséquent, peu d’études ont été publiées à son sujet. Sur son site internet, le CRAT, Centre de référence sur les agents tératogènes (1), indique que « les données publiées chez les femmes exposées à l’ulipristal acétate en cours de grossesse sont peu nombreuses mais [qu’] aucun effet malformatif, fœtal ou néonatal attribuable à l’ulipristal acétate n’a été rapporté à ce jour ».
(1) Tératogène signifie « susceptible de provoquer des malformations fœtales ».
A lire aussi
-
Vrai/faux sur le stérilet
Maladies et traitements
-
10 idées reçues sur la pilule contraceptive
Maladies et traitements
-
Vrai/faux sur la grossesse
Maladies et traitements
Commentaires