Le Wegovy, médicament contre l’obésité, désormais remboursé sous conditions
Publié le , actualisé le
Temps de lecture estimé 8 minute(s)
C’était une annonce attendue à la fois par les spécialistes et les patients concernés. Le Wegovy, traitement contre l’obésité, est désormais remboursé par l’Assurance maladie à hauteur de 65 % (sous conditions) (1). C’est effectif depuis le 15 juin 2026. Une révolution pour les personnes souffrant d’obésité, puisque le traitement montre une réelle efficacité lorsqu’il est pris dans les conditions recommandées.
Une molécule connue dans le traitement du diabète
Le Wegovy est un médicament contenant une molécule déjà utilisée dans le traitement du diabète, le sémaglutide. Cette molécule est un « analogue du GLP-1 », c’est-à-dire qu’elle est similaire à l’hormone naturellement sécrétée par le corps nommée GLP-1. Une hormone qui a notamment des effets sur la régulation du glucose et de l'appétit.
« Le sémaglutide est utilisé depuis dix ans dans les traitements donnés aux patients souffrant de diabète de type 2 car il diminue la glycémie, explique le docteur Perle Sayedoff, médecin nutritionniste à Paris et responsable d’un hôpital de jour de nutrition. Or, on a constaté que les patients qui en prenaient perdaient du poids. Le laboratoire danois qui commercialise la molécule a donc décidé de développer un médicament destiné spécifiquement à cette indication. »
Prise en charge pour des patients en obésité de grade 2 et 3
Le Wegovy est disponible en pharmacie en France depuis le 8 octobre 2024, date de son autorisation de mise sur le marché par la Haute Autorité de santé (HAS). Mais sa prescription est très encadrée. C’est aussi le cas pour sa prise en charge par l’Assurance maladie. Seuls les médecins spécialisés en endocrinologie-diabétologie ou en nutrition, exerçant dans une structure de santé impliquée dans l’accompagnement de l’obésité, peuvent rédiger la première ordonnance permettant un remboursement. Celle-ci peut ensuite être renouvelée par un médecin généraliste.
« La HAS indique que la prise en charge est possible auprès de patients qui ne souffrent pas de comorbidités et présentant un indice de masse corporel (IMC) supérieur ou égal à 40, soit en obésité de grade 3. Il faut également qu’ils n’aient pas atteint leur objectif médical par l’application de mesures hygiéno-diététiques », indique le docteur Sayedoff. Les patients en obésité de grade 2, c’est-à-dire présentant un IMC initial ≥ 35 avec au moins une comorbidité (diabète de type 2, NASH, syndrome des ovaires polykystiques chez la patiente en âge de procréer, asthme sévère en lien avec l’obésité…) peuvent également bénéficier de cette prise en charge.
La prise du médicament doit par ailleurs être intégrée dans une thérapeutique plus globale comprenant une modification de l’alimentation et de l’activité physique.
« Je ne le prescris de mon côté qu’à des personnes qui sont d’abord venues en hôpital de jour dédié à l’obésité au moins une demi-journée par mois pendant neuf mois, raconte le docteur Borges-Martins, endocrinologue, diabétologue, et membre d’un hôpital de jour dédié à l’obésité à Nantes. Ils y voient des médecins, des diététiciens, des psychologues… Le Wegovy est un coup de pouce, qui doit permettre de mettre en place un cercle vertueux par le biais d’une prise en charge complète ».
Disponible sur ordonnance sans remboursement
Depuis juin 2025, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) autorise la prescription du médicament à des patients ayant un IMC supérieur ou égal à 27 souffrant au moins d’une comorbidité (diabète, maladie cardiovasculaire…). Ils ne sont néanmoins pas remboursés.
Jusqu’à 10 % de perte du poids total en six mois
Les résultats constatés suite aux études menées avant le lancement du médicament sur le marché sont prometteurs. « Les patients peuvent perdre jusqu’à 10 % de leur poids initial en six mois dans les meilleurs cas, détaille la médecin nutritionniste Perle Sayedoff. C’est un très bon résultat, car on est plutôt autour de -5 % avec une modification du régime alimentaire associée à une activité physique régulière. »
Le Wegovy agit de plusieurs façons pour obtenir un tel résultat. L’hormone de satiété qu’il contient arrive plus rapidement au cerveau, alors que, parallèlement, la vidange gastrique (le temps que met l’estomac pour se « vider ») se fait moins vite. « Les patients ont une digestion ralentie et une sensation "d’estomac plein" pendant beaucoup plus longtemps. Ils mangent donc moins. Il y a un risque néanmoins, c’est qu’ils se mettent à sauter des repas ! »
Comment prendre le Wegovy ?
Le Wegovy se présente sous forme injectable. La boîte contient un stylo (similaire à celui pour une injection d’insuline) et quatre aiguilles. Le stylo contient l’équivalent de quatre doses. Le patient doit s’injecter une dose une fois par semaine en sous-cutané, dans la cuisse ou le ventre. L’injection n’est pas douloureuse lorsqu’elle est bien réalisée.
Nausées, vomissements, douleurs… des effets secondaires fréquents
Si le médicament semble avoir démontré son efficacité, il n’est néanmoins pas sans effets secondaires. « Un très grand nombre de patients les ressentent », témoigne le docteur Sayedoff. Les plus fréquents sont digestifs : maux de ventre, constipation ou, au contraire, diarrhées ou nausées, voire vomissements. Des effets qui s’estompent néanmoins normalement avec le temps.
« Si on augmente la dose progressivement, comme il est recommandé, et si on écoute bien son sentiment de satiété, on ne doit normalement pas souffrir de troubles digestifs importants », précise le docteur Liliane Borges-Martins, endocrinologue et diabétologue. La persistance des effets secondaires est en effet souvent liée à un problème d’alimentation : trop grasse, trop sucrée, ou en trop grande quantité. « Il faut une bonne alimentation pour bien supporter ce traitement. C’est l’occasion pour le médecin de corriger ces erreurs auprès des patients et de rééquilibrer l’alimentation. »
De dangereux détournements du Wegovy
Le Wegovy n’est donc pas un médicament destiné à être prescrit à des personnes souhaitant juste perdre quelques kilos. « Aux USA, des influenceurs ont détourné le produit à des fins esthétiques », rapporte Perle Sayedoff, médecin nutritionniste. Son mauvais usage a été source de problèmes de santé sérieux, voire d’hospitalisations dues à des effets secondaires trop importants.
« En France, le problème est un peu différent. Pendant une période, on ne trouvait plus d’Ozempic dans les pharmacies. » L’Ozempic est ce médicament contre le diabète contenant la même molécule, mais moins dosée. On a alors soupçonné des personnes de détourner le traitement afin de perdre du poids. Or, le sémaglutide ne doit être pris que dans le cadre d’un suivi médical régulier. « Certains patients sont tentés d’obtenir une ordonnance à l’étranger, voire d’acheter des produits vendus sur internet. C’est très dangereux, car ils peuvent ne pas contenir du tout ce qu’ils indiquent », prévient le docteur Borges-Martins.
Une avancée majeure
Les deux spécialistes s’accordent sur le fait que le Wegovy est une avancée thérapeutique lorsqu’il est prescrit dans les bonnes conditions. « On note également une baisse des maladies cardiovasculaires chez les patients.
Le principal risque est de reprendre du poids à l’arrêt du traitement, qui dure au minimum six mois, et qu’il faut plutôt prendre sur du long terme. Un risque qui peut être modéré par une bonne hygiène alimentaire », explique le docteur Sayedoff.
Reste la problématique du prix lorsqu’il n’est pas pris en charge. Son tarif est élevé, puisqu’il coûte environ 300 € par mois. Il faut donc compter au moins 2 000 € pour les patients qui ne remplissent pas les conditions de prise en charge par l’Assurance maladie.
« Mais cette première décision de remboursement dans certains cas est une avancée majeure dans la prise en charge de l’obésité. En effet, soigner l’obésité, c’est faire de la prévention de nombreuses autres pathologies ! Et il faudra continuer à bien accompagner les patients pour éviter toutes les complications que peut entraîner la prise du médicament. »
(1) La prise en charge de l’Assurance maladie peut être complétée par celle d’une complémentaire santé.
Le Mounjaro également remboursé sous conditions
Le tirzépatide, vendu sous le nom de Mounjaro®, est un traitement également utilisé pour la perte de poids. Il agit sur les deux récepteurs du GLP-1 et du GIP (Glucose-dependent Insulinotropic Polypeptide), ce qui lui confère une action double sur la régulation de la glycémie et de l’appétit.
Comme le Wegovy®, le Mounjaro® s’administre une fois par semaine via un stylo injectable. Il est lui aussi remboursé dans les mêmes conditions que le Wegovy. En cas de diabète de type 2, tout médecin sera autorisé à le prescrire.
A lire aussi
-
Vrai/faux sur l’obésité
Maladies et traitements
-
Traitement de l’obésité : quel est le rôle des interventions non médicamenteuses (INM) ?
Maladies et traitements
-
Jeûne, sommeil, vaccin… 5 exemples de fake news sur la santé
Accès aux soins
Commentaires