Jeûne, sommeil, vaccin… 5 exemples de fake news sur la santé
Publié le
Angélique Pineau-Hamaguchi, en partenariat avec l’Inserm
Temps de lecture estimé 7 minute(s)
La santé est particulièrement touchée par les fake news. Et c’est vrai, quel que soit le sujet abordé. Les pouvoirs présumés du jeûne pour lutter contre certaines maladies, l’intérêt des compléments alimentaires pour retrouver le sommeil ou encore le vaccin HPV qui serait réservé aux filles… Dans cet article, on démêle le vrai du faux sur 5 sujets concernant votre santé. Un décryptage réalisé en s’appuyant sur le travail des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de sa série Canal Détox, qui déboulonne les fausses informations.
Pratiquer le jeûne est-il recommandé pour lutter contre le cancer ? NON !
Le jeûne est une pratique à la mode depuis quelques années, au point d’être adopté par de nombreux Français. Y compris des personnes malades, dans l’espoir d’accélérer leur guérison. Alors jeûner est-il vraiment conseillé pour lutter contre certaines pathologies, dont les cancers ? Suffit-il d’éviter de manger pour « affamer » les tumeurs ?
La série Canal Détox de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), s'est penchée sur cette rumeur qui pourrait faire sourire. À ceci près que certains y croient. Pleines d’espoir, des personnes atteintes de cancers se mettent donc à jeûner sans avis médical ou se lancent dans des régimes très restrictifs, sans forcément penser aux risques (aggravation de la perte de poids, fonte musculaire…).
Cette théorie se base sur le fait que la plupart des cellules cancéreuses consomment beaucoup plus de sucre que les cellules saines. Mais les choses ne sont pas aussi simples, car pour combattre la maladie, le corps a aussi besoin de toute son énergie. Il n’est donc pas recommandé de jeûner lorsqu’on est atteint d’un cancer. Et de manière générale, mieux vaut éviter de s’y mettre sans avis médical, même quand on se pense en bonne santé.
Faut-il prendre des compléments alimentaires à la mélatonine contre les troubles du sommeil ? PAS SÛR !
Pour éviter les somnifères, certains préfèrent se tourner vers les compléments alimentaires à base de mélatonine, disponibles sans prescription médicale. Ils aideraient à s’endormir, limiteraient les réveils nocturnes (et lutteraient même contre d’autres maladies !). La mélatonine est une hormone synthétisée à l’arrière du cerveau « dont la fonction est d’apporter à l’organisme l’information sur la rythmicité jour/nuit, et de favoriser l’endormissement », rappelle le site de l’Inserm.
En prenant de la mélatonine de synthèse, « l’idée est de “forcer” un peu la nature ». Seulement, à ce jour, les études disponibles présentent souvent des limites méthodologiques. Et par ailleurs, elles ne confèrent pas encore toutes ces vertus à ces produits.
Alors plutôt somnifères ou compléments alimentaires pour mieux dormir ? En réalité, mieux vaut changer ses habitudes (se coucher à heures fixes et éviter les écrans) puis consulter son médecin si les troubles du sommeil persistent. En matière de santé, il est préférable de faire confiance aux experts.
Des médicaments « coupe-faim » peuvent-ils vraiment aider à mincir ? SURTOUT PAS !
Vantés par des stars ou des influenceuses, les pseudo-remèdes pour perdre du poids pullulent sur les réseaux sociaux. Avec une tendance récente, celle de « détourner » des médicaments utilisés pour maigrir, alors qu’ils sont initialement indiqués pour soigner des maladies. Des traitements à l’origine pour lutter contre le diabète de type 2 ou l’obésité, qui nécessitent une prescription médicale et un suivi régulier. Ils ne doivent donc pas être pris à la légère.
À travers sa série Canal Détox, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a creusé ce sujet et précise déjà que le terme de « coupe-faim » n’est pas approprié. Certes, ces médicaments ont pour « effet d’augmenter la sensation de satiété », mais sans pour autant faire disparaître la faim. Ils appartiennent notamment à une nouvelle classe de médicaments « qui imitent l’hormone glucagon-like peptide 1 (GLP-1) ». C’est le cas par exemple de l’Ozempic, développé dans le cadre du traitement du diabète de type 2, ou du Wegovy pour l’obésité.
Par ailleurs, l’Inserm réaffirme que « prendre un médicament pour une autre indication que celle pour laquelle il a été mis sur le marché, ici simplement pour perdre quelques kilos, comporte des risques pour la santé », avec entre autres des effets indésirables. Sans oublier qu’une perte de poids importante, sans contrôle ni suivi médical, est dangereuse. Enfin, utiliser des médicaments destinés à des personnes malades, qui en ont réellement besoin, pourrait contribuer à augmenter les pénuries en pharmacie et donc les priver de leurs traitements.
Existe-t-il des aliments « magiques » contre l’infertilité ? TOUJOURS PAS !
Adopter un régime alimentaire particulier peut-il aider à booster sa fertilité comme on l’entend parfois sur internet et les réseaux sociaux ? Manger plus de fruits, comme l’ananas, pour leurs antioxydants, ou davantage d’œufs par exemple augmenterait-il sa capacité à procréer ?
L’institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a fait le point sur la question. Verdict : il n’y a ni recette miracle ni aliment magique. À ce jour, « aucune étude n’a jamais démontré les propriétés d’un régime particulier ou d’un aliment spécifique pour prévenir l’infertilité ou augmenter les chances d’une grossesse », rappelle l’Inserm. D’autant plus que les causes de l’infertilité sont multiples et pas encore toujours bien connues. En effet, elles mêlent à la fois des facteurs sociétaux, environnementaux et bien sûr médicaux, comme l'a réaffirmé un rapport de 2022 (lire notre interview du Pr Samir Hamamah).
Ce type de fake news surfe sur la détresse des personnes concernées pour tenter de vendre des produits ou inciter à consulter des sites pour lesquels la publicité est une manne financière. Un couple sur quatre qui essaie d’avoir un enfant est touché par l’infertilité en France, précise l’Inserm sur son site. Ils sont aussi de plus en plus nombreux à recourir à l’assistance médicale à la procréation (AMP). Ainsi, 1 enfant sur 30 est conçu par AMP désormais.
Le vaccin contre le papillomavirus est-il seulement pour les filles ? NON !
Appelés aussi HPV, les papillomavirus humains sont des virus sexuellement transmissibles et très contagieux. 80 % de la population y sera exposée au cours de sa vie (hommes et femmes confondus). Certains de ces virus sont responsables de 6 000 nouveaux cas de cancers par an (de l’utérus, de la sphère ORL, de l’anus…), souligne l’Inserm sur son site.
Certes, parmi eux, les cancers de l’utérus sont les plus courants. Mais les hommes peuvent aussi être infectés par les papillomavirus et donc les transmettre lors des rapports sexuels. Heureusement, il existe un vaccin, qui est donc recommandé aux garçons comme aux filles, âgés de 11 à 14 ans, en France.
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