Éducation financière : les Français veulent mieux comprendre les questions d’argent

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Didier Le Gorrec

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Éducation financière : les Français veulent mieux comprendre les questions d’argent
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Les Français sont de plus en plus désemparés face aux questions d’argent. Entre les arnaques financières ou la complexité des mécanismes économiques, il n’est pas toujours simple pour eux de s’y retrouver. Pour contrer cela, un certain nombre d’initiatives voient le jour, y compris de la part d’acteurs publics.

« L’argent est partout, mais personne ne nous apprend vraiment à en comprendre le fonctionnement », résume Anne-Claire Bennevault, fondatrice de SPAK, une structure dédiée à l’éducation financière et organisatrice d’un colloque sur le sujet au printemps dernier (1). En effet, dans un contexte de disparition progressive des agences bancaires et de la montée des fraudes en ligne, les Français ne se sont jamais sentis aussi peu accompagnés. Un ressenti évalué en détails par le Baromètre de l’éducation financière 2026, réalisé par l’Observatoire de l’éducation financière SPAK - Opinion Way. Il révèle qu’un Français sur trois seulement (34 %) estime savoir quoi faire en matière d’épargne et d’investissement, contre 41 % en 2025.

Par ailleurs, 66 % des personnes interrogées déclarent avoir besoin d’informations de la part de leur conseiller bancaire ou financier pour prendre les bonnes décisions. Mais 38 % estime que leur conseiller ne les accompagne sur rien (contre 30 % en 2025). Le jargon technique et le sentiment de ne pas avoir assez d’épargne pour investir expliquent cette méfiance croissante vis-à-vis de ces sujets. Sans oublier la complexité des règles en la matière. Résultat, 95 % des personnes interrogées souhaitent mieux comprendre les questions économiques et financières. 

Connaissances financières : les femmes moins favorisées

Ce ressenti négatif touche plus particulièrement deux populations. D’une part les jeunes : 36 % des 18-24 ans et 39 % des 25-34 ans ont été victimes d’une arnaque financière, contre 1 Français sur 4 en moyenne. De l’autre, les femmes. En cas de séparation ou de décès du conjoint, seulement la moitié d’entre elles se disent tout à fait capables de gérer seules les finances du foyer, contre 65 % des hommes, constate le Baromètre de l’éducation financière 2026, même s’il ne s’agit que d’un ressenti auto-déclaré. 

La retraite est l’un des marqueurs de cette différence entre les femmes et les hommes. Ainsi, 57 % des femmes sont préoccupées par ce sujet, une proportion qui tombe à 45 % pour les hommes. « La retraite est le reflet mathématique de la carrière, commente Delphine Maisonneuve, directrice générale du Groupe VYV : moins de cotisations, plus de temps partiel, congés parentaux… Tout cela se traduit par une triple peine pour les femmes : un patrimoine inférieur à celui des hommes, une pension de retraite obligatoire plus basse et une épargne retraite complémentaire moindre. »

Mieux réguler les pratiques financières

Comment renforcer les connaissances des Français en matière économique et mieux les protéger face aux arnaques ? La question de la régulation est cruciale. Le député Stéphane Vojetta, qui a porté une proposition de loi adoptée en 2023, visant à lutter contre les dérives des influenceurs, le reconnaît : « C’est un jeu constant du chat et de la souris avec les plateformes qui promettent de s’enrichir rapidement », affirme-t-il. Et celles-ci savent très bien qu’une part élevée des jeunes est attirée par un enrichissement rapide. Une tendance que confirme le Baromètre de l’éducation financière 2026 : 45 % des plus jeunes veulent apprendre pour gagner de l’argent (contre 35 % des Français en moyenne).

Face à ces prises de risque, les avancées législatives se poursuivent. Une loi « influenceur 2.0 » est en discussion pour multiplier les contraintes auprès des plateformes aux pratiques douteuses, mais aussi pour croiser les noms de ces plateformes avec les « listes noires » de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Éducation financière : qui peut agir ?

Selon le baromètre cité plus haut, presque deux tiers des jeunes (59 % des 25-34 ans) estiment que c’est à l’école de fournir des bases en la matière. Sur ce plan, les choses avancent puisqu’à la rentrée 2026-2027, les collégiens de 4e auront droit à deux heures de cours sur la gestion de l’argent, l’épargne, le crédit et la prévention des arnaques. Une innovation qui se fonde sur l’expérience des pays nordiques, où l’éducation financière est intégrée au parcours scolaire. Par ailleurs, à défaut d’avoir été formés en classe lorsqu’ils y étaient, 65 % des actifs aimeraient que leur employeur leur propose des formations financières. Un chiffre qui monte à 79 % chez les 25-34 ans.

Innover pour mieux éduquer

L’Éducation nationale et les entreprises ne sont pas les seules à pouvoir agir. Des initiatives se font jour ci et là pour renforcer les connaissances des Français dans ces domaines :

  • Création d’un chatbot spécialisé en économie et finances par la société Odonatech. Baptisé Ariane, il est déployé sur le site La Finance pour tous (soutenu par la Banque de France). Les visiteurs peuvent lui poser des questions en « langage naturel » (sans jargon financier) pour mieux comprendre l’épargne ou les placements.
  • Mise en place sur tout le territoire de 500 Points conseil budget. Ils proposent des conseils confidentiels et gratuits pour aider les personnes rencontrant des difficultés financières à améliorer la gestion de leur budget.
  • Actions de sensibilisation vis-à-vis du grand public de la part de l’association à but non lucratif France Fintech (2). Exemple : la diffusion de fiches pédagogiques sur l’inflation ou encore sur la gestion de l’argent au sein du couple, à l’occasion de la Semaine de l’éducation financière 2026.

Mieux comprendre l’argent : le rôle clé des parents

Les parents ont eux aussi une responsabilité centrale en matière d’éducation financière. Pour Jacques Attali, le milieu familial est en effet un levier déterminant. « L’effort principal en matière d’éducation financière doit porter sur les parents eux-mêmes afin qu’ils puissent transmettre de bons réflexes à leurs enfants », affirme l’économiste et écrivain. Enseignants, employeurs, parents… Et si la clé résidait finalement dans l’union de tous ces efforts, pour faire de la maîtrise de l’argent une compétence accessible à chacun ?

(1) Les Rencontres de l’Éducation financière, organisées le 19 mars 2026 à Paris par SPAK, organisme spécialisé dans les programmes d’éducation financière.
(2) Le mot « fintech » désigne les entreprises technologiques et innovantes du monde de la finance.

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