Épargne retraite : un moyen de faire face à la baisse des revenus

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Didier Le Gorrec

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Épargne retraite : un moyen de faire face à la baisse des revenus
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Afin de rééquilibrer la perte de revenus liée au passage à la retraite, il est nécessaire de faire un choix d’épargne pertinent. Celui-ci permettra de bénéficier, le moment venu, de revenus complémentaires à sa pension.

Épargne retraite : un moyen de faire face à la baisse des revenus
Frédéric Bourdon

En passant de son revenu d’activité à sa pension, le nouveau retraité voit presque toujours son pouvoir d’achat baisser. C’est pourquoi il est utile d’épargner en vue de maintenir un certain niveau de vie à la retraite, comme l’explique Frédéric Bourdon, directeur Épargne et Retraite au sein du Groupe VYV.

Pourquoi l’épargne retraite est-elle un sujet crucial pour les Français ?

Frédéric Bourdon : L’enjeu est de compenser la perte de revenus liée à l’arrêt de l’activité professionnelle. Il est indispensable de prévoir quel sera le montant de sa future pension. En effet, ce que l’on appelle le taux de remplacement, c’est-à-dire le pourcentage des revenus d’activité que représentera l’allocation retraite, ne grimpe jamais à 100 % si l’on ne compte que sur les régimes obligatoires de retraite par répartition.

En général, ce taux est inversement proportionnel à la rémunération perçue pendant la période d’activité. Il peut avoisiner les 80 % pour les personnes dont les salaires ont été les plus modestes mais descendre en dessous des 50 % pour celles dont les revenus d’activité se situaient, à l’inverse, parmi les plus élevés. Pour les ex-travailleurs non-salariés (TNS), dont les cotisations obligatoires de retraite par répartition ont été plus faibles pendant la vie active, ce taux de remplacement se place rarement au-dessus des 50 % de leur revenu d’activité.

Le PER : la solution d’épargne retraite de référence aujourd’hui

Comment connaître à l’avance ce taux de remplacement ?

F.B. : En principe, différents portails d’information sont en mesure de vous proposer une simulation de votre future retraite. Il suffit pour cela de créer un compte sur le site de l’Assurance retraite, sur celui du GIP Union Retraite, ou bien de télécharger l’application « Mon compte retraite ». Ces différents outils consolident les informations liées à votre carrière (revenus déjà perçus), donnent l’occasion le cas échéant d’identifier très tôt des anomalies, et permettent, à partir d’hypothèses de revenus futurs, d’estimer le montant de sa future pension.

Ces simulations montrent généralement la nécessité de se constituer un capital au cours de sa vie active pour disposer d’un complément de revenu au moment de la retraite. L’enjeu est ensuite de projeter son besoin d’épargne, en s’aidant d’autres simulateurs complémentaires, disponibles en ligne.

Précisément, comment fonctionne l’épargne retraite ?

F.B. : Avant la loi Pacte de 2019 (Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises), il existait plusieurs dispositifs et il n’était pas facile de s’y retrouver : PERP, contrat Madelin, articles 83, Perco… Depuis, le plan d’épargne retraite (PER) est devenu le produit d’épargne de référence pour préparer sa retraite. En effet, tout le monde peut souscrire un PER individuel, qui offre une certaine souplesse en sortie : celle-ci peut se faire en rente (revenu versé à vie) ou en capital.

Le PER offre un certain nombre d’avantages fiscaux, en contrepartie desquels l’épargne accumulée sera bloquée jusqu’à la date du départ en retraite de son détenteur, contrairement à des livrets d’épargne comme le livret A, par exemple (épargne disponible à tout moment).
Le PER pourra cependant être débloqué de manière anticipée dans certaines situations comme l’achat de sa résidence principale, le décès du souscripteur ou de son conjoint ou encore l’expiration de droits au chômage du titulaire à la suite d’une perte involontaire de son emploi.

Se constituer une épargne retraite le plus tôt possible

En quoi consistent ces avantages fiscaux ?

F.B. : Sur le plan fiscal, le PER offre la possibilité de déduire les montants versés de son revenu imposable. Cette déduction doit se faire dans la limite annuelle du « plafond épargne retraite ». Celui-ci est mentionné sur son avis d’imposition. Il est également possible de ne pas déduire ses versements volontaires de son revenu imposable.

Selon le cas (déduction ou non des versements), l’imposition en sortie (rente ou capital) sera de nature différente. Le portail du ministère des Finances procure des informations détaillées à ce sujet. Le choix en faveur d’une déduction des versements est particulièrement intéressant pour les contribuables assujettis à des tranches d’imposition supérieures (> 30 %), susceptibles, dans la phase de retraite, d’être soumis à des tranches plus basses compte tenu de la baisse des revenus.

À noter : les employeurs peuvent également mettre à disposition de leurs salariés un PER (PER obligatoire ou PER collectif), dans le but de contribuer à l’effort d’épargne de leurs collaborateurs en vue de la retraite (lire encadré).

À quel âge conseillez-vous d’ouvrir un PER ?

F.B. : Le plus tôt possible. Pour un même revenu à la retraite, l’effort d’épargne mentionné plus haut (versements réguliers sur un PER) sera moins fort si l’on commence plus tôt : le montant de ces versements peut être moins élevé — et donc moins contraignant — que si l’on commence plus tardivement à épargner. En outre les intérêts produits seront plus importants sur une longue durée d’épargne.

Dans les faits, nous constatons que l’âge moyen de souscription se situe un peu au-dessus de 40 ans, ce qui correspond au moment où le particulier commence à se projeter. Pour autant, rien n’interdit de commencer avant 40 ans, bien sûr, ni même après. Il n’est jamais trop tard pour commencer à épargner, même si les intérêts produits seront forcément moindres.

L’assurance vie : une solution complémentaire

Le PER constitue-t-il la solution unique pour épargner en vue de la retraite ?

F.B. : Pas tout à fait. Malgré ses avantages fiscaux, le PER demeure un produit « tunnel » : les sommes épargnées demeurent indisponibles jusqu’à la retraite. Je conseille donc aux épargnants de s’y engager dès lors qu’ils disposent d’une épargne disponible de précaution permettant de faire face aux imprévus.

De plus, l’assurance vie, même si elle ne bénéficie pas de la déductibilité des versements du revenu imposable, demeure une solution complémentaire à considérer également pour le long terme. Une solution qui reste liquide, c’est-à-dire dans laquelle on peut puiser à tout moment.

Alimentés régulièrement, les deux dispositifs — assurance vie et PER — constituent des solutions complémentaires permettant de bénéficier de leurs avantages respectifs, dans le cadre d’une stratégie d’épargne équilibrée et adaptée à son cas.

En conclusion, c’est en évaluant bien sa propre situation, au regard d’éléments clés — que sont le futur taux de remplacement, le taux d’imposition et le besoin en épargne disponible — que l’on alimentera son PER à un rythme et un niveau optimisés.

Les PER en entreprise : PERO et PERCOL

La loi Pacte de 2019 a institué deux nouveaux dispositifs d’épargne retraite en entreprise, en remplacement des dispositifs précédemment en vigueur.
Le PER Obligatoire (PERO) vient remplacer le régime de retraite complémentaire (ou « article 83 »). Le PERO doit bénéficier à une « catégorie objective » de salariés ou à l’ensemble de ceux-ci. Les cotisations, comme son nom l’indique, sont obligatoires et déductibles du revenu imposable.

Le PER Collectif (PERCOL) vient remplacer quant à lui l’ancien PERCO. Alimenté notamment avec des versements issus de l’épargne salariale, il conserve de nombreuses similitudes avec ce dernier mais présente de nouveaux avantages dont la déductibilité des versements volontaires complémentaires des salariés, dans la limite d’un plafond. Il doit être mis à disposition de toute l’entreprise mais chaque salarié demeure libre d’y souscrire.

Rédigé par

  • Didier Le Gorrec

    Journaliste spécialisé dans les sujets mutualistes et ESS ainsi que dans les problématiques liées à la prévoyance.

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