À quel âge donner un téléphone à son enfant ?

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Peggy Cardin-Changizi

Temps de lecture estimé 4 minute(s)

À quel âge donner un téléphone à son enfant ?
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À l’approche du collège, la question du premier téléphone s’invite dans de nombreuses familles. Entre pression des camarades, besoin de rester joignable et inquiétudes liées aux écrans, les parents cherchent des repères. Conseils.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’existe pas de règle universelle. « Je ne crois pas qu’il y ait un âge idéal, parce qu’un téléphone n’est plus seulement un outil de communication », explique Diane Salomon, docteure en psychologie clinique et directrice adjointe du 3018, numéro national pour les jeunes victimes de violences numériques.

Appels, messages, réseaux sociaux, vidéos : l’objet concentre aujourd’hui de multiples usages, qui sollicitent fortement l’attention de l’enfant.

La maturité de l’enfant compte plus que son âge

Dans ce contexte, la maturité de l’enfant reste le critère déterminant. Mais encore faut-il la définir. Elle ne se limite pas à l’âge : elle implique la capacité à différer ses envies, à respecter des règles et à comprendre les risques liés aux usages numériques. « Le téléphone répond à plusieurs besoins, qui varient selon le développement de l’enfant », rappelle Diane Salomon du 3018.

Un repère pourrait toutefois être l’entrée au collège. « Cela semble être le moment le plus adapté », indique le Dr François-Marie Caron, pédiatre à Amiens et membre de l’AFPA (Association française de pédiatrie ambulatoire). À cet âge, les enfants gagnent en autonomie, tout en ayant encore besoin d’un cadre structurant.

Un téléphone adapté aux besoins réels

Un téléphone portable ne signifie pas forcément un smartphone avec accès libre à internet. « Il faut que ce soit un téléphone sans accès aux réseaux sociaux ni à internet », recommande le pédiatre. L’objectif est de répondre au besoin de communication, sans exposer trop tôt l’enfant à un usage intensif et à des contenus inadaptés. Il existe des alternatives, comme les téléphones simplifiés ou les appareils avec contrôle parental.

Ce choix doit aussi répondre à un besoin précis : rester joignable, organiser les trajets ou rassurer les parents. « Les parents prennent parfois des décisions pour les mauvaises raisons », observe Diane Salomon, du 3018.

Un cadre à construire avec l’enfant dès le premier équipement

La question n’est donc pas seulement de savoir à quel âge équiper son enfant, mais surtout dans quelles conditions. « Il faut que cela s’accompagne de règles, de discussions et d’un cadre clair, souligne le pédiatre François-Marie Caron. Le pire est de lui donner un smartphone et de le laisser seul avec. » L’enjeu est d’accompagner l’enfant dans ses usages, en restant présent, disponible et impliqué.

Limiter le temps d’utilisation, éviter les écrans le soir, laisser le téléphone hors de la chambre la nuit ou encore préserver des moments sans écran, notamment pendant les repas, font partie des repères essentiels.

Mais ces règles ne suffisent pas si elles ne s’inscrivent pas dans une relation de confiance. « Le plus important, c’est d’établir un contrat avec l’enfant et de le faire adhérer aux règles », insiste Diane Salomon, directrice adjointe du 3018.

Quelle place pour les parents ?

Les parents peuvent aussi être confrontés à certaines contradictions : vouloir protéger leur enfant tout en lui laissant une forme d’autonomie. « Les parents confondent souvent autonomie et indépendance », souligne la psychologue Diane Salomon.

D’autant que les adultes eux-mêmes ne sont pas toujours à l’aise avec ces outils. « Les parents n’ont pas forcément intégré l’éducation numérique dans leur manière d’accompagner leur enfant », conclut-elle. Avant de fixer des règles, il est souvent nécessaire de s’informer sur les usages et les risques, pour pouvoir en parler de façon adaptée.

Cela passe aussi par une réflexion sur ses propres pratiques : les parents sont un modèle, et l’usage qu’ils font eux-mêmes du téléphone influence directement celui de leur enfant.

Téléphone et enfant : les effets à surveiller

L’usage du téléphone peut avoir plusieurs répercussions chez l’enfant :

  • Sommeil perturbé : l’utilisation le soir retarde l’endormissement et altère la qualité des nuits. Il est recommandé d’éviter les écrans avant le coucher et de ne pas laisser le téléphone dans la chambre. Un sommeil de mauvaise qualité peut entraîner des répercussions sur l’humeur, l’attention et les apprentissages.
  • Difficultés de concentration : une utilisation régulière peut rendre plus difficile l’attention en classe ou lors des devoirs.
  • Attention fragmentée : les notifications et sollicitations constantes interrompent les activités et empêchent de rester concentré sur une tâche dans la durée.
  • Gestion du temps compliquée : « Pour un enfant, un quart d’heure ou deux heures, c’est souvent la même chose », rappelle Diane Salomon, directrice adjointe du 3018 (numéro national pour les jeunes victimes de violences numériques).

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