Réseaux sociaux : quels sont les risques pour la santé des adolescents ?
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L’usage quotidien des réseaux sociaux (Instagram, Snapchat, YouTube, TikTok, etc.) est une pratique de plus en plus fréquente et répandue. Selon le baromètre du numérique 2025 du Crédoc*, 42 % des adolescents de 12 à 17 ans passent entre deux et cinq heures par jour sur leur smartphone, et 9 % y passent plus de 5 heures. Par ailleurs, 58 % d’entre eux déclarent consulter quotidiennement les réseaux sociaux.
Face à ce constat, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a choisi de passer au crible plus de mille études scientifiques publiées à travers le monde. « Pour évaluer les effets des réseaux sociaux sur la santé, il était important d’aller plus loin que le temps passé, et de considérer ce que font réellement les adolescents sur les réseaux sociaux, leurs motivations et leur engagement émotionnel », précise Olivia Roth-Delgado, coordinatrice de l’expertise, dans un communiqué publié sur le site de l’Anses.
Cinq ans de travaux menés par différents spécialistes (biologistes, pédopsychiatres, chercheurs en science de l’information et de la communication) ont ainsi abouti à un rapport d’expertise (« Usages des réseaux numériques et santé des adolescents ») unique par l’ampleur de ses données. Celui-ci a été rendu public le 13 janvier 2026.
Comment les réseaux sociaux parviennent-ils à capter l’attention des adolescents ?
Le rapport met d’abord en lumière la manière dont les plateformes captent l’attention et la maintiennent le plus longtemps possible à des fins commerciales. Leur modèle économique est en effet basé sur la vente d’espaces publicitaires et de données concernant les préférences et les habitudes des internautes.
Les experts de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) soulignent l’existence de « dispositifs incitatifs puissants ». Il s’agit, par exemple, du « scroll infini », qui incite à faire défiler les pages sur son smartphone sans aucune limite ou de l’enchaînement automatique des vidéos.
Le rapport pointe aussi les techniques manipulatrices, appelées « dark patterns », utilisées par les plateformes. Celles-ci influencent le comportement des usagers avec des messages culpabilisants ou trompeurs (« Voulez-vous vraiment quitter cette page ? », « Plus que deux articles en stock », etc.).
L’Anses évoque enfin « l’effet spirale », qui consiste à proposer des contenus ultra-personnalisés, enfermant l’usager dans une bulle dont il est difficile de s’extraire.
Pourquoi les adolescents sont-ils particulièrement sensibles à ces stratégies ?
Plusieurs facteurs expliquent le fait que les jeunes soient plus sensibles que les adultes à ces dispositifs. Le premier est d’ordre cognitif. « Les adolescents ont moins de capacités de régulation émotionnelle et comportementale, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux effets délétères des réseaux sociaux », expliquent les experts de l’Anses.
Par ailleurs, l’adolescence est une période cruciale de construction identitaire durant laquelle les besoins en matière d’interaction sociale, de reconnaissance des pairs, de sensations fortes, sont exacerbés.
Or, comme le souligne le rapport, « les réseaux sociaux tels qu’ils sont conçus aujourd’hui exploitent les vulnérabilités propres à cet âge ». La quête effrénée de likes, de commentaires et/ou de nouveaux abonnés (les followers) répond, par exemple, à ce besoin de validation sociale, pouvant tourner à l’obsession et devenir une source puissante d’anxiété.
Quels sont les effets potentiels sur la santé des adolescents ?
L’Anses a recensé les possibles conséquences sur la santé. Elles sont nombreuses et documentées :
- La dévalorisation de soi. « Les échanges de contenus visuels centrés sur l’apparence physique, au travers d’images retouchées ou non, peuvent altérer l’image du corps », écrivent les experts. Cela constitue « un terrain fertile pour l’émergence de symptômes dépressifs ». De plus, les normes de beauté et les injonctions à s’y conformer peuvent exacerber des troubles des conduites alimentaires (TCA).
- L’adoption de comportements à risques. Les algorithmes de personnalisation (qui repèrent les préférences des usagers et suggèrent des contenus toujours plus ciblés) peuvent amplifier l’exposition à des contenus problématiques, en lien par exemple avec l’automutilation, la consommation de drogues, les tentatives de suicide, la participation à des défis dangereux, etc. Le risque est celui d’une « banalisation de ces comportements, voire leur imitation », indique le rapport.
- L’altération du sommeil. « En maximisant le temps passé sur les réseaux sociaux, l’heure du coucher est retardée et le processus d’endormissement peut être perturbé », rapporte l’Anses. Or, une privation de sommeil engendre, notamment, une irritabilité, des troubles de la concentration, une perte d’énergie et peut favoriser, là encore, l’apparition de symptômes dépressifs.
Quels sont les profils les plus vulnérables ?
L’expertise montre que les filles sont globalement plus impactées que les garçons. Cela s’explique par le fait qu’elles sont plus présentes sur les réseaux sociaux, notamment ceux fondés sur « le partage d’images et sur la mise en scène de soi », notent les experts de l’Anses. Elles semblent aussi accorder plus d’importance aux contenus, avec « un engagement émotionnel plus marqué ».
Par ailleurs, les filles subissent davantage de pression sociale liée aux stéréotypes de genre et elles sont plus souvent cyberharcelées que les garçons.
Ces cyberviolences prennent différentes formes (insultes, diffusion de rumeurs, exclusion, chantage ou diffusion d’images intimes sans consentement) et peuvent avoir de graves répercussions sur la santé mentale.
(1) Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie.
« Responsabiliser les plateformes » pour protéger les adolescents
À l’issue de son travail d’enquête, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) recommande « d’agir à la source » pour que les mineurs accèdent uniquement aux réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé.
Seule une « responsabilisation des plateformes » permettra, selon elle, d’atteindre cet objectif, via « des mesures réglementaires et des actions de contrôle robustes ». Elle préconise :
- Une vérification de l’âge des usagers avec la mise en place « de systèmes fiables et de recueil du consentement parental », en accord avec la réglementation européenne. Rappelons qu’une inscription n’est possible qu’à partir de 13 ans, avec une validation parentale entre 13 et 15 ans.
- Une modération drastique, avec entre autres l’interdiction de diffuser des contenus qui présentent des risques pour la santé (conduites à risques, jeux d’argent, régimes alimentaires extrêmes, contenus violents, pornographiques, haineux, harcèlement, etc.).
- Une éducation au numérique et un accompagnement, notamment parental. Pour l’Anses, ces actions de prévention doivent être co-construites avec les adolescents. « Les dispositifs de sensibilisation seront d’autant plus efficaces que les adolescents seront impliqués dans leur élaboration », estime-t-elle.
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