Sécurité des jouets : les bons réflexes pour protéger vos enfants
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Même si cela semble évident, le premier bon réflexe à adopter reste d’acheter un jouet adapté à l’âge de l’enfant, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un enfant de moins de 3 ans. « C’est pour moi un premier moyen efficace d’éviter les accidents, car nombreux sont les parents à penser que leurs enfants sont plus développés que la moyenne. Bien souvent, ce n’est pas le cas », analyse Frank Becker, médecin urgentiste, et secrétaire général de l’Amuf (association des médecins urgentistes de France). La conception des jouets répond en effet au développement physique et mental d’un âge donné. C’est donc une recommandation et un critère qu’il convient de respecter.
1-Repérer le marquage CE
Il existe par ailleurs une mention claire et simple à repérer sur les emballages garantissant un très haut niveau de sécurité des jouets : le marquage CE. Ce logo signifie que le produit répond aux règles établies par la directive européenne sur la sécurité des jouets 2009/48 /CE, soit la réglementation la plus stricte au monde en la matière. Cette dernière impose aux opérateurs économiques des obligations en termes de sécurité d’un point de vue mécanique, électrique et chimique, mais aussi en termes d’inflammabilité, d’hygiène et de radioactivité. Elle comporte des normes communes à tous les jouets et plus spécifiques à certaines typologies de produits (semi-cosmétiques, coffret du petit chimiste, etc.).
Elle est encore plus stricte pour les jouets destinés aux moins de 3 ans, qui auront tendance à tout mettre à la bouche. Ce texte est régulièrement révisé pour tenir compte des dernières connaissances scientifiques notamment sur la toxicité de certaines substances. Ainsi la présence de métaux lourds et de substances CMR (cancérogènes mutagènes et reprotoxiques) dont font partie le Bisphénol A, les phtalates et le formaldéhyde, a toujours fait l’objet d’une haute surveillance, aboutissant à une interdiction en 2013. Une nouvelle révision du texte est en cours, élargissant l’exclusion aux PFAS (per ou polyfluoroalkylées) aussi appelés polluants éternels, et à l’ensemble des bisphénols (autres que le bisphénol A) et renforçant les contrôles.
2 -Appliquer le principe de précaution
Bien que la réglementation européenne représente une protection robuste pour les consommateurs, le risque zéro n’existe pas. C’est l’avis de Ragnar Weissmann, docteur en sciences et expert en santé environnementale (1) qui rappelle que « certaines substances problématiques sont remplacées par d’autres pour lesquelles il n’y a pas encore le recul nécessaire pour affirmer leur totale innocuité ». Ou encore « que les dispositifs de sécurité valent dans le cadre d’une utilisation standardisée du jouet.
Mais qu’en est-il lorsque l’enfant l’utilise de manière très intensive, voire féroce, le suce et le mâchouille en permanence ? », s’interroge-t-il. Car si près de 4 000 substances sont dites « interdites » dans les jouets, il ne s’agit pas d’interdictions strictes mais de restrictions strictes. « Cela veut dire que le risque de migration bien que faible, car extrêmement contrôlé et encadré par la Norme EN 71-3, n’est pas totalement exclu », observe-t-il. Ainsi le spécialiste aurait tendance à conseiller les jouets qui se lavent, surtout pour les moins de 3 ans. « Les labels Oeko-Tex et GOTS peuvent d’ailleurs être intéressants à repérer sur les jouets en textile, en plus du marquage CE, car ils garantissent l’absence de substances dangereuses au-delà d’un certain seuil », estime-t-il. Et aussi les jouets en bois brut, si possible sans vernis et colle, car le bois reste un matériau peu transformé. Les labels FSC et PEFC garantissent que le bois utilisé est issu de forêts gérées durablement.
3 - Éviter les achats en ligne via des « vendeurs tiers »
Certains jouets peuvent toutefois passer entre les mailles du filet de la réglementation européenne. Il s’agit notamment de produits revendus sur de grandes plateformes de commerce en ligne qui laissent des places de marché à des opérateurs tiers. Dans une grande majorité des cas, il s’agit de vendeurs établis hors de l’Union européenne, souvent basés au bout du monde, qui font fi de la réglementation. Ces derniers sont quasi intraçables, et cela même s’ils ont une obligation de nommer un responsable légal sur le territoire européen.
Le prix de ces jouets est souvent attractif, mais ils peuvent exposer l’enfant à des risques mécaniques, chimiques, électriques... La FJP (Fédération des industries jouet -puériculture) révélait l’année dernière dans un communiqué de presse, après avoir testé 100 jouets achetés par ce biais, que plus de 80 % constituaient un danger pour les enfants. En cas de problème, et en l’absence de garantie légale de conformité, il n’existe aucun recours possible contre ces vendeurs. Pas d’amalgame toutefois, un jouet « made in China », vendu en enseignes connues et reconnues et homologué CE sera sûr, compte tenu des contrôles mis en place.
DES JOUETS NON CONFORMES VENDUS SUR TEMU ET SHEIN
Fin octobre dernier, l’UFC-Que Choisir révélait avoir testé la conformité de trois types d’articles achetés sur les plateformes de e-commerce Shein et Temu, des chargeurs, des jouets et des bijoux. Le constat fut sans appel, sur 54 jouets achetés, un seul respectait les normes européennes. Principaux problèmes soulevés : des taux de substances dangereuses (formaldéhyde, nonylphénol éthoxylate) supérieurs aux normes autorisées, des compartiments pour piles s’ouvrant trop facilement et sur de nombreuses références, des petites pièces se détachant aisément.
4- Être vigilant avec les jouets de seconde main
Totalement dans l’ère du temps, les collectes de jouets se multiplient à l’approche de Noël. Ces opérations vertueuses sont souvent orchestrées par des organismes mandatés par les distributeurs de jouets, à l’image d’Ecomaison, qui les renvoient vers des structures de l’économie sociale et solidaire, chargées de les remettre en état. La seconde main professionnelle offre donc des garanties de conformité et apparaît comme sûre.
Une vigilance est en revanche de mise pour tout jouet de seconde main acheté entre particuliers, « parce qu’il est difficile de connaître l’âge du jouet, et qu’un jouet fabriqué avant 2013 est susceptible de contenir des substances aujourd’hui interdites ou restreintes. Il faut d’une façon générale éviter tout jouet ancien pour les moins de 3 ans », ajoute Ragnar Weissmann.
5-Entretenir et surveiller les jouets dans le temps
La réglementation européenne prévoit une durabilité importante des jouets toutefois dépendante du respect des instructions d’utilisation et de nettoyage indiquées par le fabricant. Ainsi un jouet lavé à 60 °C au lieu de 30 °C, pourra se dégrader, mais dans le respect des indications du fabricant, il restera en bon état.
Les jouets qui restent à l’extérieur nécessitent une certaine surveillance car ils peuvent se détériorer au gré de la météo (fortes chaleurs, périodes de gel, etc.). Il est aussi important de vérifier régulièrement que les piles et aimants, présents dans certains jouets, restent inaccessibles à l’enfant.
6- Appeler le 15 en cas de problème
La plupart des accidents avec des jouets sont dus à l’ingestion de petits éléments (billes, piles, briques de construction) par la bouche ou le nez. « Il faut dans ce type de situation, ne rien faire et appeler immédiatement le 15, explique le Dr Frank Becker. En cas d’étouffement, avec un objet plus gros, si l’air ne passe plus du tout, et si l’enfant a plus d’un an, on peut pratiquer le geste de Heimlich (compressions abdominales avec le poing, entre le nombril et l’extrémité inférieure du sternum), si on sait le faire. Sinon, on peut taper dans le dos de l’enfant, en attendant l’arrivée des secours ».
Aux urgences, l’objectif sera de localiser l’objet et, exceptionnellement, de l’extraire, car dans une grande majorité des cas, il sera évacué par les voies naturelles. « Les accidents par ingestion d’aimants, surtout par paire, sont souvent les plus graves car il y a des risques de perforation digestive, de même avec les piles boutons, qui peuvent entraîner en plus un empoisonnement », soulève Frank Becker. Les parents ne voient pas toujours l’enfant avaler l’élément. « Une toux forte et persistante peut alors être un indice, voire des nausées, vomissements et une toux sans fièvre, qui arriveraient plus tard après l’ingestion. Au moindre doute, mieux vaut alors aller aux urgences », insiste-t-il.
(1) Docteur en sciences, microbiologie, expert en santé environnementale et directeur scientifique de l’association OSE (Objectif Santé Environnement)
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