Les Réseaux d'échanges réciproques de savoirs, une autre façon d'apprendre ensemble

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Daria Tchemy

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Les Réseaux d'échanges réciproques de savoirs, une autre façon d'apprendre ensemble
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Être à la fois élève et professeur, c’est le principe des Réseaux d’échanges réciproques de savoirs. On peut venir y apprendre la cuisine, l’informatique, des langues… et enseigner un autre savoir à son tour. Des centaines de réseaux existent aujourd’hui en France.

L’histoire des Réseaux commence en 1971, à Orly. Enseignante à ce moment-là, Claire Héber-Suffrin (1) constate que ses élèves et leurs parents manquent trop souvent de confiance en eux. Plus largement, elle a le sentiment que toute la ville est réduite à ses difficultés, alors qu’elle regorge de compétences. « J'avais l'impression que c'était une ville bourrée de talents. Si on ne regarde les personnes qu'à travers ce qui ne va pas, on ne peut pas leur permettre de progresser », se souvient-elle.

Avec son mari Marc, avocat de métier et éducateur bénévole dans le club de prévention d’Orly, elle imagine alors une démarche simple : chacun propose un savoir et en demande un autre. En novembre 1971, une soixantaine d'habitants (voisins, commerçants, bibliothécaires, éducateurs, travailleurs sociaux ou encore enseignants) se retrouvent dans sa classe pour lancer le premier réseau d'échanges réciproques de savoirs.

Le projet se développe ensuite à Évry à partir de 1979 avec le soutien de la municipalité, avant d'inspirer de nombreuses villes. En 1987, ces initiatives se regroupent au sein du Mouvement des réseaux d’échanges réciproques de savoirs, aujourd’hui porté par l’association FORESCO (Formation Réciproque Echanges de Savoirs Créations Collectives).

Apprendre et enseigner

La singularité des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs repose sur un constat dont nous faisons un postulat : chacun est à la fois savant et ignorant donc peut se faire offreur et demandeur de savoirs. Il ne s'agit pas de cours traditionnels où les rôles seraient figés. Une personne peut apprendre à utiliser un ordinateur tout en proposant des cours de cuisine, transmettre les bases du bricolage tout en découvrant une langue étrangère.

« Il n'y a pas d'un côté ceux qui savent et qui se penchent avec bienveillance sur ceux qui ne savent pas. Chacun possède des connaissances utiles et chacun a besoin des connaissances des autres », explique Claire Héber-Suffrin. C’est aussi une façon de découvrir que ce que l’on sait a de la valeur.

Pour Claire Héber-Suffrin, cette démarche change le regard porté sur chacun. Derrière chaque personne se cachent aussi des expériences, des compétences et des envies d'apprendre.

Comment rejoindre un RERS ?

Les Réseaux d'Échanges Réciproques de Savoirs sont ouverts à tous, sans condition d'âge, de diplôme ou de niveau de connaissances. Le principe est simple : chacun vient avec l'envie d'apprendre… mais aussi avec quelque chose à partager, qu'il s'agisse d'un savoir-faire, d'une passion ou d'une expérience. Pour trouver un réseau près de chez vous, consultez l’association FORESCO, qui fédère les RERS en France.

La confiance comme moteur

Les effets des RERS dépassent largement l'apprentissage. En transmettant un savoir, chacun découvre que ses connaissances ont de la valeur et qu'elles peuvent être utiles aux autres.

Lorsqu'une personne voit ce qu'elle a transmis être compris, retenu puis réutilisé, elle gagne progressivement en confiance. « Je me suis demandé ce que cela faisait à une personne de n'être jamais attendue pour ce qu'elle peut apporter. Nous avons tous besoin d'être celui sur qui les autres peuvent compter. »

Cette reconnaissance nourrit l’estime de soi, encourage à apprendre davantage et crée une dynamique positive. Chez les plus jeunes, cette approche favorise également la réussite scolaire. Dans les Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs, les participants se rencontrent dans une relation de parité. Personne n’est placé au-dessus de l’autre. Ce fonctionnement désamorce les mécanismes de compétition ou de rivalité qui peuvent parfois freiner les relations humaines.

Au contraire, les échanges reposent sur la coopération, l’écoute et la reconnaissance mutuelle. Des personnes qui ne se seraient probablement jamais rencontrées créent des liens autour d’intérêts communs.

Une réponse à l’isolement

Pour Claire Héber-Suffrin, cette philosophie est d'autant plus importante dans un contexte où les liens sociaux se fragilisent. « Le COVID a réveillé une peur des autres. Les réseaux ont parfois plus de mal à recréer des liens. Mais c'est justement pour cela que nous avons besoin de développer ce type de pratiques. »

Aujourd’hui plusieurs centaines de réseaux existent en France. Ils fonctionnent de manière autonome et certains souhaitent rester liés entre eux pour s’enrichir réciproquement de leurs expériences, de leurs pratiques ou encore organisent des échanges entre territoires. Un réseau comme celui d’Evry peut ainsi collaborer avec celui d’Angers, enrichissant les possibilités de rencontres et de quant aux animations pratiques et de développement du réseau.

« Nous n'avons pas vraiment le choix : soit chacun reste isolé dans son coin, soit nous retrouvons et réinventons des formes de solidarité. C'est vers la coopération et la réciprocité qu'il faut aller », conclut Claire Héber-Suffrin.

Comment créer un réseau ?

Lorsqu'aucun réseau n'existe sur un territoire, il est possible d'en créer un. FORESCO accompagne les porteurs de projet, propose des formations et met en relation les nouveaux groupes avec les réseaux existants afin de partager leurs expériences. Cette dynamique d'inter-réseaux permet aux nouvelles initiatives de bénéficier de l'expérience acquise depuis plus de cinquante ans.

(1) Claire Héber-Suffrin retrace les fondements de sa démarche dans De l'École éclatée aux territoires apprenants. Une éducation partagée (Chronique sociale, 2023).

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