Eau du robinet ou eau en bouteille : quelle eau faut-il vraiment boire ?
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« L’eau du robinet est le produit alimentaire le plus contrôlé en France, avec 1,8 million de contrôles par an, soit près de 49 000 par jour, réalisés par les agences régionales de santé (ARS). » Pour Nathalie Davoisne, directrice du Centre d’information sur l’eau (CIEau), le constat est sans appel : la consommation d’eau du robinet est sûre. Selon le Baromètre Kantar/CIEau 2025, près de quatre Français sur cinq déclarent avoir confiance dans l’eau du robinet « et ils ont raison », insiste-t-elle. Aujourd’hui, d’après le même sondage, 67 % des Français en boivent, tandis que 49 % consomment de l’eau en bouteille. « Ce sont deux produits complémentaires, avec chacun leurs avantages. L’essentiel est d’être transparent sur la qualité et les traitements », résume-t-elle.
Avant d’arriver au robinet, l’eau destinée à la consommation humaine provient d’eaux souterraines (nappes phréatiques) et d’eaux de surface (rivières, fleuves, lacs, barrages), qui doivent être rendues potables. Un processus complexe, finement encadré. Bernard Legube, professeur émérite de l’Université de Poitiers et spécialiste du traitement des eaux, décrit les grandes étapes historiques et indispensables : « D’abord, l’eau est clarifiée : on élimine les matières en suspension. Ensuite, elle est désinfectée afin d’éliminer les bactéries et micro-organismes. »
À partir des années 1980, les traitements se sont adaptés à la micro-pollution minérale (métaux lourds, arsenic, fluor, nitrates), puis plus récemment à la pollution organique (pesticides, PFAS, chlorure de vinyle monomère). « Pour cela, on ajoute des traitements d’affinage, notamment à base de charbon actif ou de membranes, comme l’osmose inverse, capables de retenir ces micropolluants », précise-t-il.
« L’eau du robinet est sûre »
Cette rigueur s’appuie sur une réglementation particulièrement stricte. « Une cinquantaine de paramètres sont définis par la directive européenne relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine, chacun avec un seuil à ne pas dépasser, c’est le seuil réglementaire », rappelle Bernard Legube.
Pour les pesticides, par exemple, la limite est fixée à 0,1 microgramme par litre, et 0,5 microgramme par litre pour leur somme. À cela s’ajoutent des seuils sanitaires, définis par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), dix à cent fois plus élevés, correspondant à un risque potentiel pour la santé. Pour Nathalie Karpel Vel Leitner, directrice de recherche au CNRS et spécialiste des dépollutions de l’eau, « en l’état actuel des connaissances scientifiques, l’eau du robinet est sûre ». Elle rappelle également que l’exposition aux polluants ne se limite pas à l’eau : « Ceux présents dans l’eau représentent environ 5 % de l’exposition totale, le reste provenant essentiellement de l’alimentation et de l’environnement. »
Avec l’amélioration constante des techniques d’analyse, de nouveaux contaminants sont désormais détectés. C’est le cas des PFAS, dits « polluants éternels ». « Leur toxicité fait encore l’objet d'études complexes en cours compte tenu de leur diversité », souligne Nathalie Karpel Vel Leitner. Or, 75 % des Français se disent préoccupés par les micropolluants (dont les PFAS).
En octobre, l’Anses a révélé une contamination quasi généralisée de l’eau potable notamment par l’acide trifluoroacétique (TFA). Ce PFAS, un sous-produit de la dégradation de certains produits chimiques, a été détecté dans plus de 92 % des échantillons analysés à l’échelle nationale. Pour la grande majorité, les concentrations de PFAS restent en dessous « de la valeur indicative sanitaire », lorsque celles-ci sont définies.
Comment connaître la qualité de son eau ?
Xavier Coumoul, professeur de toxicologie et de biochimie à l’Université Paris Cité, rappelle que l’exposition à des polluants ne dépend pas uniquement du traitement de l’eau. « Les stations de traitement n’appliquent pas toutes les mêmes procédés, car les pollutions à la source varient selon les territoires. De plus, les canalisations vétustes peuvent relarguer du chlorure de vinyle, un agent cancérigène tout de même réglementé et contrôlé. Il est donc essentiel de connaître l’état des réseaux et de s’informer localement. »
Plusieurs outils sont à la disposition des consommateurs. Les factures d’eau incluent chaque année une synthèse de la qualité de l’eau distribuée. Le site du ministère de la Santé, à partir d’un simple code postal, permet d’accéder aux bulletins d’analyses officiels. Les mairies ont également l’obligation de les afficher.
Pour connaître précisément la composition de l’eau du robinet et sa qualité, il est également possible de consulter des plateformes en ligne comme Dans mon eau, l’UFC-Que Choisir met également à disposition une carte interactive. On peut aussi se référer à l’étiquette personnalisée proposée par le Centre d’information sur l’eau, qui fournit toutes les informations essentielles sur l’eau distribuée dans sa commune.
Eau en bouteille : minérale ou de source ?
Parmi les eaux embouteillées, il en existe deux catégories : les eaux minérales et les eaux de source. « Les eaux minérales ne sont pas traitées et n’ont pas à l’être. Elles sont parfois considérées comme médicinales en raison de leur teneur élevée en minéraux », étaye Bernard Legube. Leur composition doit rester stable dans le temps, mais certaines peuvent contenir des concentrations élevées de fluor, sodium ou sulfates. Il est intéressant de consommer une eau pauvre en sodium dans le cadre d'un régime sans sel ou des eaux riches en magnésium pour les problèmes de transit. « Cependant, ces eaux sont peu adaptées à une consommation quotidienne prolongée, il n’est pas conseillé de boire tout le temps la même eau », explique le scientifique.
Les eaux de source, issues de nappes souterraines naturellement protégées, répondent aux mêmes critères de potabilité que l’eau du robinet, mais elles ne subissent pas de traitement de désinfection. Leur composition minérale peut varier en fonction de la source et des saisons, ce qui rend important de lire régulièrement les étiquettes pour vérifier les teneurs en minéraux.
Nourrissons, carafes filtrantes et eau chaude
Les récents scandales impliquant Nestlé Waters ont rappelé que les sources d’où proviennent les eaux en bouteille ne sont pas à l’abri des pollutions environnementales. « De plus, il faut noter qu’il existe aussi un risque de contamination par des perturbateurs endocriniens ou des microplastiques liés aux contenants », souligne Xavier Coumoul, sans oublier l’impact écologique. Nathalie Davoisne atteste : « L’eau en bouteille est plus chère et très émettrice de gaz à effet de serre. L’eau du robinet est 100 % locale, sans déchet ni transport. Deux litres d’eau du robinet coûtent environ un centime. »
Pour ceux qui souhaitent encore se rassurer concernant la qualité de l’eau du robinet, les carafes filtrantes représentent une option, à condition de respecter scrupuleusement les règles d’utilisation. Il est crucial de changer les filtres régulièrement, de procéder à un nettoyage rigoureux et de conserver la carafe au frais. En effet, une cartouche mal entretenue peut relarguer des polluants dans l’eau, comme le rappelle l’Anses dès 2017 dans son avis sur les carafes filtrantes. « Une cartouche mal entretenue peut relarguer des polluants », confirme également Xavier Coumoul, professeur de toxicologie. Toutefois, il insiste sur le fait que « l’eau du robinet est tout à fait consommable pour les nourrissons », soulignant ainsi que, dans l’ensemble, l’eau du robinet reste une option sûre et accessible, tant que les bonnes pratiques sont respectées.
A noter qu’il existe un autre système de filtration : l’osmoseur d’eau qui peut être ajouté directement sous le robinet de la cuisine par exemple. L'eau osmosée est bonne car l'osmose est un procédé de filtration. On ajoute une couche supplémentaire dans le traitement de l'eau, un peu comme une carafe filtrante. Cela va retenir les résidus infimes de pesticides, de nitrates, ou de plomb… mais aussi purifier totalement l'eau et enlever les sels minéraux, calcium et magnésium. Des éléments nécessaires à l'organisme.
Il faut faire plus attention à l’eau chaude du robinet. « Elle arrive du réseau et est chauffée par un ballon, ou autre élément extérieur. Deux phénomènes peuvent alors arriver. Le premier est un aspect corrosif : il peut y avoir des particules drainées lors du passage. Le second est la possibilité que l’eau stagne et cela favorise la prolifération de bactéries. C’est pourquoi il est recommandé de ne pas boire l’eau chaude du robinet, ni de l'utiliser pour cuire des pâtes ou directement dans un thé. », conseille Nathalie Davoisne. Après une absence prolongée, il est également conseillé de laisser couler l’eau froide quelques minutes avant de la consommer. Et pourquoi pas arroser les plantes avec ?
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Commentaires
Marc
24 février 2026 à 09h02
elisabeth
25 février 2026 à 06h02
La rédaction
25 février 2026 à 14h02
En réponse à (sans sujet) par Anonyme (non vérifié)
Joël
25 février 2026 à 09h02