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Travail : que faire en cas de fortes chaleurs ?

Publié le

Par Damienne Gallion

Alors que nos étés sont de plus en plus marqués par de fortes chaleurs, ces conditions climatiques peuvent entraîner des risques sanitaires. Le Code du travail ne fixe pas de température au-delà de laquelle un salarié doit arrêter son activité, mais les employeurs sont tenus à plusieurs obligations.

En France, les périodes de fortes chaleurs ne sont plus des événements isolés. Elles s’avèrent de plus en plus longues, répétées et intenses. L’été le plus chaud depuis 1900 dans l’Hexagone a eu lieu en 2003. Les trois suivants, en ordre décroissant de température, sont intervenus plus récemment, en 2022, 2025 et 2018. (1)

L’activité physique augmente les risques liés à la chaleur

Le monde du travail ne peut plus ignorer les risques sanitaires liés à la chaleur. Selon l’INRS (2), ces derniers interviennent « au-delà de 30°C pour une activité sédentaire, et de 28°C pour un travail nécessitant une activité physique ». Ils vont de la simple déshydratation au « coup de chaleur » (voir ci-dessous), en passant par l’insolation ou par des effets indirects comme la somnolence qui, en situation de travail, peut entraîner de graves conséquences. En 2024, la Direction générale du Travail a répertorié sept accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur (3). 

En France, entre 14 % et 36 % des travailleurs seraient particulièrement exposés à ces nouveaux risques sanitaires (4). Parmi eux, les professionnels travaillant de façon plus ou moins permanente à la chaleur (dans l’industrie, la boulangerie, les métiers du textile…), mais aussi ceux du bâtiment et des travaux publics, l’agriculture, le transport… Enfin, avec l’augmentation des températures estivales, les personnes travaillant dans les bureaux sont, elles aussi, de plus en plus concernées. 

L’employeur doit prendre en compte les risques liés à la chaleur

À l’heure actuelle, notre Code du travail ne fixe pas de température au-delà de laquelle un salarié pourrait s’arrêter de travailler. Cependant, l’employeur est tenu d’assurer la santé et la sécurité de ses salariés. À ce titre, il doit lister les risques liés aux ambiances thermiques dans un « document unique d’évaluation des risques ». Il est également tenu d’adopter les mesures de prévention et protection nécessaires.

Le décret du 27 mai 2025 est venu renforcer les obligations des entreprises en cas de fortes chaleurs, en les reliant aux seuils de vigilance définis par Météo France. Il s’agit des seuils jaune (pic de chaleur d’un ou deux jours), orange (période de canicule) et rouge (canicule exceptionnelle par sa durée, son intensité, son ampleur géographique). Concrètement, dès lors que le dispositif de Météo France passe en niveau jaune, l’employeur doit prendre des mesures adaptées à la situation et veiller notamment à : 

  • Utiliser des procédés de travail ne nécessitant pas d'exposition à la chaleur (ou nécessitant une exposition moindre).
  • Renouveler l’air de façon à éviter les élévations exagérées de température dans les locaux de travail fermés.
  • Mettre à disposition de l’eau potable et fraîche (3 litres minimum pour le secteur du BTP).
  • Adapter les horaires de travail et suspendre les tâches pénibles aux heures les plus chaudes.
  • Aménager les postes de travail et mettre en place des dispositifs filtrants, occultants, de ventilation ou de brumisation.
  • Fournir aux salariés des moyens de protection contre les fortes chaleurs et/ou de rafraîchissement (par exemple des vêtements de travail de couleur claire, ce qui suppose des commandes en amont).
  • Informer les salariés.
  • Prendre en compte les situations particulières, celles liés aux postes de travail mais aussi celles des personnes particulièrement vulnérables : les femmes enceintes, les personnes souffrant de pathologies chroniques ou en situation de handicap.

Dans le cas où une telle liste de mesures ou actions de prévention n’est pas définie, l’inspection du travail peut mettre en demeure l’employeur de l’établir.

Les chaleurs extrêmes imposent de repenser le travail

Les épisodes de chaleur du printemps 2026 ont suscité une plus forte mobilisation des pouvoirs publics. Depuis le 22 mai, l'Inspection du travail a réalisé 1 645 contrôles, soit déjà un tiers de ceux effectués en 2025. 102 entreprises ont été mises en demeure d’agir, afin de respecter le décret du 27 mai 2025.

Face à la multiplication des épisodes de chaleur, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a annoncé la création d’un groupe de travail avec les partenaires sociaux pour adapter durablement l'organisation du travail « sans mettre à l'arrêt le pays ».

Chacun doit prendre ses précautions

Face aux risques liés à la chaleur, chacun doit également prendre ses précautions. Il est important d’informer son employeur de son éventuelle vulnérabilité à la chaleur (voir plus haut). Le Ministère du Travail et des Solidarités met en avant les recommandations suivantes : 

  • Surveiller la température.
  • Boire régulièrement (en évitant les boissons alcoolisées).
  • Porter des vêtements légers qui permettent l’évaporation de la sueur (ex. : vêtements de coton), amples, et de couleur claire si le travail est à l’extérieur.
  • Signaler à son employeur si ses vêtements et équipements de protection individuelle sont sources d’une gêne supplémentaire.
  • Protéger sa tête du soleil.
  • Adapter son rythme de travail à sa propre tolérance à la chaleur.
  • Demander à son employeur d’organiser le travail de façon à réduire la cadence, notamment en aménageant les plages horaires de travail.
  • Réduire ou différer les efforts physiques intenses. 
  • Faire des repas légers et fractionnés.
  • Se montrer particulièrement vigilant en cas d’antécédents médicaux ou de prise de médicaments. 

Enfin, si l’on peut télétravailler, il faut peser le pour et le contre entre les inconvénients liés aux transports sous la chaleur et la possibilité de profiter de locaux de travail qui sont souvent climatisés.

Comment réagir face au coup de chaleur ?

Rare mais mortel dans 15 % à 25 % des cas, le coup de chaleur intervient en cas d’exposition prolongée à des températures élevées et est souvent associé à un effort physique. Comme il s’agit d’une urgence vitale, il est important, pour soi ou ses collègues, de savoir en reconnaître les signes : maux de tête, pouls et respiration rapide, fatigue inhabituelle, propos incohérents, perte de connaissance.

Il faut alors appeler les secours (en composant le 15), rafraîchir la personne en la transportant à l’ombre ou en l’aspergeant d’eau, et alerter l’employeur.

Pour aller plus loin :
•  Chaleur et canicule au travail, Ministère du travail et des Solidarités
•  Dossier sur le travail à la chaleur sur le site de l’INRS.

(1)   L'été 2025 au 3ème rang des étés les plus chauds, Météo France.
(2)    INRS : Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles.
(3)    Chaleur et santé. Bilan de l'été 2024, Santé Publique France.
(4)    Chiffres cités dans la note de France Stratégie « Le travail à l’épreuve du changement climatique », juin 2023.     

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