Activité physique : comment donner le goût du mouvement aux enfants ?
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Le constat est sans appel. Les enfants bougent moins qu'autrefois. Les trajets en voiture, les écrans et un mode de vie plus sédentaire grignotent peu à peu les occasions de se dépenser. Pourtant, le mouvement joue un rôle essentiel dans leur développement. Il construit leur corps, mais aussi leur cerveau, leur confiance en eux et leur santé future. Encore faut-il distinguer activité physique et pratique sportive, deux notions souvent confondues.
Bouger, ce n'est pas forcément faire du sport
Beaucoup de parents pensent qu'un enfant est suffisamment actif parce qu'il pratique un sport, une ou deux fois par semaine. Or, ce n'est pas la même chose. « L'activité physique, c'est tout le mouvement corporel. Le sport, lui, est structuré, planifié, avec des règles et souvent un objectif de performance », distingue le docteur Bruno Burel, vice-président du Syndicat national des médecins du sport santé (SNMS-Santé).
Aller à l'école à pied, monter les escaliers, jouer à cache-cache, courir dans la cour ou aider au jardin… toutes ces activités sollicitent les muscles, entretiennent le système cardiovasculaire et participent au développement de l'enfant. « On peut faire de l'activité physique toute la journée, alors que le sport se pratique à des moments spécifiques. » Autrement dit, un enfant n'a pas besoin d'être inscrit dans plusieurs clubs sportifs pour être en bonne santé. En revanche, il a besoin de bouger tous les jours.
Le mouvement fait grandir le corps… et le cerveau
Les bienfaits de l'activité physique dépassent largement la simple dépense énergétique. Lorsque les muscles travaillent, ils libèrent des substances appelées « myokines ». Ces dernières agissent sur de nombreux organes, mais aussi sur le cerveau. « Quand on fait fonctionner ses muscles, on fait bien plus que brûler des calories », reprend le médecin du sport.
Ces substances favorisent notamment la production d'endorphines et de dopamine, des hormones impliquées dans le bien-être. On développe alors moins de stress, un meilleur sommeil, davantage d'énergie et une meilleure estime de soi. « L'activité physique est un parfait antidépresseur. Ce n'est pas une formule, c'est démontré. »
Les neurosciences ont montré que le cerveau est mieux irrigué pendant l'activité physique. Les enfants actifs présentent souvent une meilleure concentration, une mémoire plus efficace et davantage de facilités pour apprendre notamment à l’école.
Avant 6 ans, le plus important est de jouer
Chez les plus petits, inutile de rechercher la performance ou la spécialisation précoce dans un sport. Le docteur Bruno Burel, médecin du sport, insiste avant tout sur la découverte du mouvement. « Jusqu'à cinq ou six ans, on va plutôt faire de l'activité physique que du sport. » Ramper, grimper, sauter, courir, lancer une balle, franchir des obstacles… Toutes ces expériences développent la coordination, l'équilibre, la motricité et la confiance.
Baby-gym, bébé nageur ou parcours de motricité sont d'excellents supports, mais les occasions de bouger existent aussi à la maison ou au parc. « L'objectif, c'est la découverte de son corps dans l'espace. » Le spécialiste encourage également les parents à laisser les enfants explorer leur environnement plutôt que de vouloir tout contrôler. Il ne faut pas les contraindre à limiter leurs mouvements. Il faut les stimuler.
Quelques égratignures font partie des apprentissages. « Ce n'est pas grave de s'écorcher. Il y a beaucoup plus de risques pour la santé à ne pas bouger qu’à se faire de petites blessures. » Avec quelques précautions, comme le port du casque à vélo, les bénéfices dépassent largement les petits bobos du quotidien.
Le bon sport est celui qui donne envie d'y retourner
À partir de 6 ans environ, les enfants peuvent découvrir différentes disciplines. Mais là encore, le plaisir doit rester la priorité. « Il faut que ce soit le choix de l'enfant, que ça corresponde à ses envies », insiste le médecin du sport. Ce dernier met en garde contre les ambitions des parents qui souhaitent parfois voir leur enfant opter pour un sport qu’ils auraient eux-mêmes voulu pratiquer.
Tous les enfants n'ont pas les mêmes aptitudes, ni les mêmes goûts. Certains s'épanouiront dans les sports collectifs, d'autres préféreront la natation, l'escalade, le tir à l'arc ou la randonnée. L'essentiel est qu'ils aient envie de continuer. « Il ne faut pas dégoûter un enfant de l'activité physique en le poussant dans le sport. »
Changer de discipline d'une année sur l'autre n'a rien d'inquiétant. Les envies d’un enfant peuvent évoluer et c'est normal. Le médecin résume cette idée en une formule : « On n'est pas obligé d'avoir un enfant sportif. Mais on est obligé d'avoir un enfant actif ».
Les écrans sont un problème mais la sédentarité aussi
Passer plusieurs heures assis est néfaste, même chez les enfants qui pratiquent un sport. « La sédentarité, ce n'est pas l'absence d'activité physique. Ce sont deux concepts différents », rappelle le docteur Bruno Burel. En effet, un enfant peut aller au football deux fois par semaine et rester assis le reste du temps. Cette sédentarité a, elle aussi, des effets négatifs sur la santé.
Le meilleur réflexe consiste donc à multiplier les occasions de bouger au quotidien : marcher jusqu'à l'école, jouer dehors, faire du vélo, interrompre régulièrement les longues périodes passées devant un écran ou sur une chaise.
Les moins de 3 ans doivent bouger plusieurs heures par jour en explorant, rampant et jouant, tandis que les 3-5 ans devraient pratiquer au moins 3 heures d'activité physique quotidienne. « Jusqu'à 5 ou 6 ans, on va plutôt faire de l'activité physique que du sport », rappelle le Dr Bruno Burel. Entre 6 et 17 ans, les enfants devraient pratiquer au moins une heure d'activité physique d'intensité modérée à soutenue chaque jour. « Le quotidien reste le premier terrain de jeu de l'activité physique ».
Les parents sont les premiers modèles
Pour donner envie aux enfants de bouger, le discours ne suffit pas. « L'exemplarité est essentielle », souligne le vice-président du SNMS-Santé. Une balade après l'école, une sortie à vélo le week-end, une promenade en forêt ou quelques jeux au parc sont autant de moments simples qui donnent naturellement le goût du mouvement. Et ces activités coûtent peu, voire rien du tout.
Enfin, le médecin rappelle que les habitudes prises pendant l'enfance construisent le capital santé de l'adulte. « Donner le goût du mouvement à un enfant, c'est lui offrir des boucliers pour sa vie d'adulte. » Des os plus solides, un meilleur équilibre, une meilleure condition physique, un moral plus stable. Tout commence dès les premières années. « Il faut apprendre à nos enfants que le mouvement, c'est un plaisir. Et pas une punition ».
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