Cancer : comment bien manger pendant les traitements ?

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Natacha Czerwinski

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Cancer : comment bien manger pendant les traitements ?
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Pour les patients atteints d’un cancer, éviter la dénutrition est essentiel. Or, aussi bien la maladie elle-même que sa prise en charge médicamenteuse peuvent entraîner d’importants désordres alimentaires. Toutefois, des solutions existent.

C’est une menace insidieuse qui plane au-dessus de la tête des malades. La dénutrition est une complication fréquente des cancers et de leurs traitements. Elle se caractérise par une perte de poids de 5 % en un mois ou de plus de 10 % en 6 mois. Selon les études, environ 40 % des patients atteints de cancers sont dénutris (1), c’est-à-dire que leurs apports énergétiques sont insuffisants pour couvrir les besoins de leur organisme. Et cette situation n’est pas sans conséquences.

« La dénutrition peut gêner ou empêcher le protocole de soins, explique Annaëlle Reiser, diététicienne-nutritionniste et chargée de mission "actions pour les personnes malades et les proches" au Comité du Nord de la Ligue contre le cancer. Un patient dénutri va moins bien supporter les traitements et la réponse thérapeutique peut également être moindre. Le risque de mortalité est également plus élevé. »

« La dénutrition entraîne une dégradation de l’état général plus ou moins intense, une grande fatigue et une maigreur marquée, renchérit Philippe Pouillart, docteur en immunopharmacologie et enseignant-chercheur en pratiques culinaires et santé à l’Institut polytechnique UniLaSalle. La qualité de vie s’en trouve impactée et cela pèse aussi sur l’image de soi et le moral. »

Poids, appétit, goût, quels sont les effets du cancer ?

Les causes de ce déséquilibre nutritionnel sont multiples. « 70 % des cancers sont hypermétaboliques, c’est-à-dire qu’ils brûlent beaucoup d'énergie, indique Philippe Pouillart. Cela signifie que tous les nutriments ingérés (protéines, lipides, glucides) vont être d’abord détournés par le cancer qui n’a qu’un seul but : se développer. Cela concourt donc à la perte de poids. Le stress du diagnostic et la peur de l’avenir peuvent également amplifier l’anorexie cancéreuse. À cela s’ajoute malheureusement une autre problématique, celle des effets secondaires des traitements. »

Perte d’appétit, nausées, dégoûts, déviance du goût et de l’odorat, difficultés à mastiquer et/ou à avaler, inflammation buccale ou encore problèmes digestifs (constipation, diarrhées, ballonnements)… Chez de nombreux patients, la prise en charge médicamenteuse provoque en effet d’importants désordres au niveau alimentaire. « Les traitements contre le cancer – en particulier la chimiothérapie – sont tellement puissants qu'ils vont aussi agir sur les cellules saines du corps », souligne Annaëlle Reiser.

Revoir l’organisation de la cuisine et « donner envie »

Comment, alors, se « réconcilier » avec la nourriture pendant cette épreuve ? Philippe Pouillart, qui vient de consacrer un livre (2) à la question et qui anime le site web de référence « Vite fait bienfaits », préconise tout d’abord de « se simplifier la vie en cuisine ».

« Nos enquêtes ont montré que c’est une pièce de la maison que 32 % des malades du cancer n’osent plus fréquenter, détaille le spécialiste. Une réorganisation de l’espace peut donc être bienvenue. Commencez par libérer un tiroir ou un petit placard pour stocker ce dont vous aurez besoin : couverts adaptés, ustensiles faciles à manipuler et à nettoyer (le couteau en céramique est ainsi conseillé pour les personnes fatiguées et souffrant de fourmillement dans les mains). Consacrez également une étagère du frigo à vos produits – qui ne sont pas forcément les mêmes que ceux du reste de la famille – et installez un siège qui vous permettra de travailler à hauteur confortable par rapport au plan de travail. »

Certaines odeurs alimentaires peuvent être particulièrement incommodantes quand on est malade. Manger froid est alors une astuce, tout comme se tourner vers la cuisson au micro-ondes ou en papillote – celles-ci dégagent en effet moins d’effluves que les grillades ou la friture. « En cas de nausées/vomissements, misez également sur des textures mixées ou molles (soupes, purées, flans…) qui limitent les brassages dans l’estomac », précise Annaëlle Reiser de la Ligue contre le cancer.

Afin de vous ouvrir l’appétit, ne négligez pas les vertus d’une « belle assiette », bien présentée. « L’environnement, l’organisation de la table, la convivialité : tout est important pour donner envie, sans compter que le plaisir de manger, de goûter à de nouvelles saveurs et de partager ces moments-là a des effets positifs sur l’état psychologique », insiste l’enseignant-chercheur Philippe Pouillart.

Privilégier les petites portions et fractionner les repas

Le découpage de la journée alimentaire mérite également d’être revu. « Favorisez un petit-déjeuner copieux, car c’est le démarrage de la journée et la meilleure tranche horaire pour assimiler les aliments riches en protéines, indique Philippe Pouillart. Le soir, mieux vaut manger léger pour essayer d'avoir un sommeil correct. »

Afin d’éviter l’écœurement et de faciliter la digestion, il est particulièrement recommandé de privilégier les petites portions et de fractionner ses repas. « Au lieu d’en faire trois gros par jour, faites-en 5-6 petits, décrit la diététicienne-nutritionniste Annaëlle Reiser. Prévoyez des collations dans la matinée et dans l’après-midi à base, par exemple, de fruits secs, barres de céréales, mini-quiches, tartines de pain avec du fromage ou encore milk-shakes. »

Pour accroître le nombre de calories ingérées sans pour autant augmenter le volume des portions, pensez à enrichir vos plats. Vous pouvez ajouter une cuillère de crème fraîche ou du gruyère à une purée ou encore agrémenter une compote avec du miel ou du caramel. « Avoir une alimentation équilibrée est important bien sûr mais, pendant cette période compliquée, il ne faut pas se forcer ni se priver, résume la représentante de la Ligue contre le cancer. Ce qui compte, c’est que le patient mange et qu’il ne perde pas trop de poids. Il fera de nouveau attention à varier ses apports quand il s’en sentira capable. »

Gingembre, coriandre et menthe poivrée peuvent être des alliés

À noter que certaines épices et herbes aromatiques peuvent également être de précieuses alliées, à la fois pour relever des plats qui paraissent fades mais aussi pour combattre quelques effets indésirables. Ainsi, le gingembre et la menthe poivrée soulagent les nausées et les vomissements. Les feuilles de basilic et les graines de fenugrec, quant à elles, agissent contre les déviances du goût et de l’odorat. Les propriétés anti-inflammatoires naturelles de la coriandre aident également à réduire certaines douleurs articulaires et digestives.

À l’inverse, certains aliments sont à bannir. Le pamplemousse, notamment, est connu pour interagir avec certains médicaments en augmentant la fréquence et la gravité de leurs effets indésirables. Mieux vaut donc s’abstenir d’en consommer, aussi bien sous forme de fruit que de jus. Certains compléments alimentaires et produits à base de plantes, comme le millepertuis, peuvent aussi perturber ou diminuer l’efficacité des traitements anticancéreux. « Demandez toujours conseil à votre oncologue avant de prendre un produit de ce genre », rappelle Annaëlle Reiser.

Par ailleurs, « les régimes alimentaires stricts – tels que ceux qui favorisent les lipides et suppriment les glucides – ne sont pas recommandés, insiste Philippe Pouillart. Le jeûne est également extrêmement dangereux pour un patient sous traitement, car le médecin utilise l’alimentation comme transporteur du médicament. Il est clair qu’on ne sauvera pas quelqu’un uniquement grâce à l’alimentation. Mais elle n’en reste pas moins essentielle, car elle est le prolongement de la prescription médicale. Se nourrir est aussi un soin. »

(1)    Un patient en surpoids ou en situation d’obésité peut lui aussi être dénutri.
(2)    Soigner son assiette pour mieux vivre pendant un cancer, éditions Privat, 2025, 25,90 euros.

Rédigé par

  • Natacha Czerwinski

    Journaliste spécialisée dans les sujets de société (éducation, famille, environnement, initiatives positives...)

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