Carences en calcium : faut-il s'en inquiéter ?

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Sandrine Letellier

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Carences en calcium : faut-il s'en inquiéter ?
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Sommaire

Indispensable à la santé osseuse, le calcium joue également un rôle clé dans le fonctionnement des muscles, des nerfs et de nombreuses cellules. Lorsque les apports deviennent insuffisants ou que l'organisme l'absorbe mal, les conséquences peuvent être multiples. Retour sur les causes, les symptômes et les moyens de prévenir une carence.

À quoi sert le calcium ?

« Près de 99 % du calcium de l'organisme est stocké dans les os et les dents, où il participe à leur solidité, explique le Dr Laurent Chevallier, médecin nutritionniste intervenant au CHU de Montpellier. Le reste circule dans le sang et intervient dans la transmission nerveuse, les contractions musculaires, la coagulation, le transfert d'informations d'une cellule à l'autre et diverses réactions enzymatiques qui génèrent de l'énergie. »

Qu'est-ce que l'hypocalcémie ?

La concentration de calcium dans le sang est principalement régulée par la parathormone (PTH), la vitamine D et, dans une moindre mesure, par la calcitonine, une hormone qui contribue à maintenir l'équilibre du calcium dans l'organisme. « En général, ces régulations sont assez stables, mais on peut assister à des dérèglements, surtout aux âges extrêmes de la vie ou en cas de pathologie avérée », analyse le Dr Laurent Chevallier.

Lorsque les apports sont insuffisants ou que l'organisme absorbe mal le calcium, celui-ci est prélevé dans les os afin de maintenir un taux sanguin stable. Ce mécanisme, indispensable à court terme, peut toutefois fragiliser progressivement le tissu osseux lorsqu'il se prolonge.

« Lorsque le taux de calcium sanguin est inférieur à 2,20 mmol/L (88 mg/L), on parle d'hypocalcémie, indique le Dr Laurent Grange, rhumatologue au CHU de Grenoble Alpes. Ces valeurs restent toutefois des repères et doivent toujours être interprétées en fonction des normes du laboratoire et du contexte clinique du patient. »

Une alimentation variée suffit généralement

Chez une personne en bonne santé, une alimentation suffisamment diversifiée permet généralement de couvrir les besoins en calcium. Les références nutritionnelles de l'ANSES tiennent désormais compte des différents âges de la vie. Elles recommandent un apport quotidien de 950 mg chez les adultes de 25 ans et plus, de 1 000 mg entre 18 et 24 ans et de 1 150 mg chez les adolescents, période essentielle à la constitution du capital osseux. Il appartient ensuite au médecin d'adapter ces repères aux besoins de chaque patient.

« Le calcium est important tout au long de la vie puisque le tissu osseux se renouvelle en permanence, précise le Dr Laurent Grange. Il l'est plus particulièrement pendant la croissance, la grossesse, l'allaitement, après la ménopause et chez les personnes âgées, périodes où les besoins évoluent. »

Le capital osseux se constitue principalement pendant l'enfance et l'adolescence, avant de diminuer progressivement avec l'âge. Après la ménopause, la baisse des œstrogènes accélère cette perte osseuse. Selon l'International Osteoporosis Foundation, à partir de 50 ans, une femme sur trois et un homme sur cinq subiront au cours de leur vie une fracture liée à l'ostéoporose. Des apports suffisants en calcium, associés à un bon statut en vitamine D et à une activité physique régulière, contribuent à préserver ce capital.

Cette période est également l'occasion de faire le point avec son médecin sur ses apports en calcium et en vitamine D, en particulier en présence d'autres facteurs de risque de fragilité osseuse.

Les principales sources de calcium

Le lait et les produits laitiers figurent parmi les principales sources de calcium, mais ils ne sont pas les seules sources. Les légumineuses, les fruits à coque, certaines eaux minérales riches en calcium, les sardines consommées avec leurs arêtes, les légumes verts (chou kale, brocoli, blettes…), le sésame ou encore le tofu préparé avec des sels de calcium permettent également de couvrir les besoins.

Les boissons végétales enrichies en calcium constituent aussi une alternative intéressante, à condition de vérifier leur composition, car toutes n'en contiennent pas naturellement. L'objectif n'est pas de miser sur un aliment "miracle", mais de varier les sources de calcium au fil de la journée.

La composition nutritionnelle des aliments peut être consultée dans la table Ciqual (consultable gratuitement sur Internet).

Tout le calcium ingéré n'est pas absorbé par l'organisme

Seule une partie du calcium apporté par l'alimentation est réellement absorbée par l'organisme. « Des aliments comme les épinards, les patates douces ou la rhubarbe limitent son absorption, selon le degré de consommation, prévient le Dr Laurent Chevallier. On absorbera donc davantage de calcium en buvant un bol de lait qu'en mangeant une assiette d'épinards, bien que ces deux aliments contiennent des quantités proches de calcium. »

L'absorption du calcium diminue avec l'âge. Elle dépend également du statut en vitamine D et de la qualité de l'alimentation. Synthétisée par la peau sous l'effet des rayons UVB ou apportée par certains aliments, la vitamine D favorise l'absorption du calcium par l'intestin et sa fixation sur l'os. Une carence en vitamine D peut donc entraîner une diminution de la densité osseuse, même lorsque les apports en calcium sont suffisants.

Une alimentation très riche en sel, en caféine ou en alcool peut également réduire l'absorption du calcium. Les personnes suivant un régime végétalien mal équilibré ou atteintes de maladies digestives responsables d'une mauvaise absorption des nutriments sont également plus exposées au risque de carence.

Quels sont les signes de l'hypocalcémie ?

Chez certaines personnes, une carence en calcium peut rester silencieuse pendant longtemps et n'être découverte qu'à l'occasion d'une prise de sang ou d'une fracture révélant une fragilité osseuse.

« L'hypocalcémie peut entraîner des crampes, des tremblements musculaires, voire une tétanie, observe le Dr Laurent Grange. À long terme, des apports insuffisants en calcium, associés notamment à une carence en vitamine D ou à la baisse des œstrogènes après la ménopause, peuvent favoriser la déminéralisation osseuse et contribuer au développement de la fragilité osseuse. Elle peut aussi provoquer des problèmes de dentition, de gencives ou des troubles rénaux. »

Une peau sèche, des cheveux ternes, des ongles fragiles, ainsi qu'une confusion mentale ou des pertes de mémoire peuvent également orienter le diagnostic. Seules des analyses de sang permettent toutefois de confirmer une hypocalcémie.

À quoi peut être due l'hypocalcémie ?

L'hypocalcémie est le plus souvent liée à une carence en vitamine D, à une insuffisance rénale, à un défaut d'absorption intestinale ou à un déficit en parathormone, par exemple après une maladie auto-immune ou l'ablation des glandes parathyroïdes lors d'une chirurgie de la thyroïde.

Un déficit en magnésium, certains médicaments (antiépileptiques, diurétiques ou inhibiteurs de la pompe à protons), ainsi que la chirurgie bariatrique peuvent également en être à l'origine.

Comment la traiter ?

« Des suppléments calciques par voie orale, parfois associés à de la vitamine D, suffisent souvent à corriger une hypocalcémie, indique le Dr Laurent Chevallier. Si une cause particulière est identifiée, elle doit bien sûr être traitée. »

Une supplémentation ne doit toutefois pas être entreprise sans avis médical. Chez la plupart des adultes en bonne santé, une alimentation variée suffit à couvrir les besoins. Les compléments sont surtout indiqués lorsque les apports sont insuffisants ou dans certaines situations particulières. À l'inverse, un excès de calcium peut également être néfaste.

Très fréquente chez les patients hospitalisés pour une maladie grave, l'hypocalcémie peut nécessiter un traitement par perfusion intraveineuse.

Des os solides reposent sur plusieurs piliers

Les apports en calcium sont indispensables à la santé osseuse, mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à prévenir les fractures liées à l'ostéoporose. Plusieurs méta-analyses récentes montrent que, lorsque les apports en calcium et en vitamine D sont déjà suffisants, prendre systématiquement des compléments de calcium, seuls ou associés à la vitamine D, réduit peu le risque de fracture.

En revanche, chez les personnes atteintes d'ostéoporose ou présentant une carence, le calcium et la vitamine D restent des éléments essentiels de la prise en charge. Il faut toutefois essayer de privilégier les apports naturels plutôt que les comprimés de calcium, qui seront prescrits en cas d'impossibilité d'atteinte des objectifs par l'alimentation seule. Ils s'inscrivent en complément des traitements spécifiques de l'ostéoporose, comme les biphosphonates, d'un apport suffisant en protéines et d'une activité physique régulière.

« Pour préserver la solidité des os, le calcium seul ne suffit pas, rappelle le Dr Laurent Grange. Un apport suffisant en vitamine D, obtenu grâce à l'alimentation, à une exposition raisonnable au soleil lorsqu'elle est possible ou à une supplémentation lorsque celle-ci est indiquée, reste indispensable. Une activité physique régulière, notamment la marche rapide, la randonnée, la danse ou la montée des escaliers, contribue également au maintien de la densité osseuse. »

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