Impact de l’environnement sur la santé : il est temps d’agir

Publié le

Didier Le Gorrec

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Impact de l’environnement sur la santé : il est temps d’agir
© Cercle de Giverny

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On le sait désormais : l’environnement influence notre santé. Pour autant, comment mesurer de façon précise cette influence ? Et quelles politiques publiques peuvent être mises en œuvre face à ce phénomène ?

Pollution de l’air, bruit, lumière nocturne, stress au travail… L’environnement qui nous entoure agit en permanence sur notre organisme. Réunis lors du forum Giverny de la Santé (1) 2025, plusieurs experts de la santé publique, du monde politique, de la recherche et du droit ont débattu de ce sujet désormais incontournable : les effets de l’environnement sur notre santé

À l’heure où les crises climatiques et sanitaires se multiplient, cette table ronde a permis de faire un point sur les connaissances, les blocages persistants et les pistes d’action. Avec un constat partagé : il est capital de mieux comprendre les interactions complexes entre les différentes sources de pollution pour agir efficacement en prévention.

Une menace environnementale bien réelle

Tout d’abord le constat. Robert Barouki, directeur de l’Institut thématique de santé publique à l’Inserm (2), l’affirme sans détour : « Oui, il y a un impact évident de l’environnement sur la santé ». Cette affirmation fait aujourd’hui consensus au sein de la communauté scientifique.

Ainsi, la pollution de l’air est désormais reconnue comme un des premiers facteurs de mortalité, tandis que le bruit, par exemple, augmente les risques de maladies cardiovasculaires et que l’exposition à la lumière artificielle dérègle notre horloge biologique. Ces risques multiples pour la santé, souvent simultanés, sont d’autant plus préoccupants qu’ils peuvent interagir entre eux, rendant leur effet plus difficile à mesurer.

Une approche globale : la notion d’exposome

Pour appréhender ces interdépendances, les chercheurs s’appuient sur un concept-clé : l’exposome. Il désigne l’ensemble des facteurs environnementaux (pollution, alimentation, conditions de vie, stress…) auxquelles une personne est confrontée tout au long de sa vie.

Ce concept complète l’étude du génome (3) : « Tout ce qui n’est pas génétique relève de l’exposome », résume Robert Barouki de l’Inserm. En intégrant à la fois les effets nocifs et les facteurs protecteurs (espaces verts, qualité du lien social), l’exposome permet une approche plus globale, plus réaliste et sans doute plus productive pour guider les politiques publiques.

Avoir des données de santé fiables : une nécessité

Mais pour agir efficacement, il faut pouvoir s’appuyer sur des données fiables. C’est là que le bât blesse. Sonia de La Provôté, sénatrice et médecin, alerte : « La data, c’est un rêve, mais aussi une illusion si elle n’est pas maîtrisée ».

Elle plaide pour un registre national exhaustif des cancers et pour une relance de la médecine du travail. Celle-ci lui paraît trop marginalisée, alors qu’elle pourrait offrir des données cruciales sur les expositions professionnelles. Ces dernières étant souvent longues à révéler leurs effets (comme pour l’amiante), il est essentiel de suivre les populations sur la durée. D’où l’importance des cohortes épidémiologiques. Ces études de grande ampleur consistent à suivre pendant plusieurs années un très grand nombre de personnes pour observer l’évolution de leur santé en lien avec leur environnement.

Le projet Philomène, actuellement en préparation, en est un exemple prometteur. Il prévoit de suivre 100 000 couples parents-enfants en France, pour mieux comprendre l’impact de l’environnement dès les premières années de vie, sur des pathologies comme l’asthme ou l’obésité. « Il s’agit d’un effort national pour lequel nous avons déjà lancé les étapes préparatoires », précise Robert Barouki.

Une coordination à améliorer entre le politique et le scientifique

Si les connaissances scientifiques progressent, la prise en compte de ces sujets par le politique, elle, peine à suivre. Le sénateur Bernard Jomier déplore ainsi un manque de coordination en matière de santé environnementale, constatant qu’en France « la transversalité est un mot qui fâche ». Les arbitrages entre ministères (santé, agriculture, économie, environnement) se font souvent au détriment de la santé publique, dénonce-t-il.

Bernard Jomier appelle à renforcer les instances d’expertise indépendantes et propose la création d’un IHU (Institut Hospitalo-Universitaire) dédié à la santé environnementale. « Ce qu’il manque, c’est une gouvernance claire, des responsabilités identifiées et un lien fort avec l’opinion publique », ajoute-t-il.

Le système de santé, acteur et victime du changement climatique

Il existe une réalité moins visible mais tout aussi essentielle : le système de santé lui-même génère des pollutions. Il représente ainsi 8 % des émissions de gaz à effet de serre du pays.

Thomas Fatôme, directeur général de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), rappelle qu’il s’agit d’un « secteur prioritaire pour la décarbonation » et donne des exemples concrets de pistes à explorer : limitation du gaspillage de médicaments, transport sanitaire partagé, meilleure adaptation des prescriptions… Il évoque même l’idée d’un « bilan carbone du médicament » pour sensibiliser prescripteurs et patients.

Pour Thomas Fatôme, la décarbonation est aussi une opportunité. « Il s’agit d’un levier pour transformer notre système de santé vers plus de sobriété et d’efficacité », souligne-t-il.

Il est temps d’agir… vraiment

Tous les intervenants s’accordent sur une idée simple : nous avons suffisamment d’informations pour agir, mais trop souvent ces données ne sont pas prises en compte.

« Nous savons beaucoup de choses, mais nous n’avons pas envie de les voir », regrette Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement et avocate associée du cabinet Hugo Lepage Avocats. Elle rappelle que le lien entre l’amiante et le cancer avait été identifié dès 1896, mais que la France a attendu un siècle pour l’interdire.

Ces freins n’empêchent pas de formuler un certain nombre de recommandations. Les intervenants de la table ronde du Giverny de la Santé préconisent d’agir dans les directions suivantes :

•    mieux exploiter les registres de santé ;
•    soutenir la recherche en santé environnementale ;
•    développer l’expertise indépendante ;
•    intégrer les données d’environnement dans les politiques publiques ;
•    et, surtout, placer la prévention au cœur de notre système de santé.

Comme le souligne le sénateur Bernard Jomier : « Il faut arrêter de discuter les faits, nous devons passer aux décisions ». Dont acte.

(1)    Événement organisé par le Cercle de Giverny le 26 mars 2025 et rassemblant des acteurs incontournables du secteur de la santé.
(2)    Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale.
(3)    Ensemble des chromosomes et des gênes d’une espèce ou d’un individu.

Rédigé par

  • Didier Le Gorrec

    Journaliste spécialisé dans les sujets mutualistes et ESS ainsi que dans les problématiques liées à la prévoyance.

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