Qualité de l'air intérieur : comment l’améliorer chez soi ?
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Pourquoi faut-il se préoccuper de la qualité de l’air intérieur ?
Nous inhalons en moyenne 12 000 litres d’air par jour. « Au regard de ce chiffre, rien n’est plus important, pour notre santé immédiate, que la qualité de l’air, rappelle le Dr Suzanne Déoux, médecin ORL et spécialiste de la santé environnementale. Or, si nous nous préoccupons à juste titre de notre alimentation, nous sommes insuffisamment attentifs à l’air que nous respirons, en particulier à l’intérieur ! » Un air de mauvaise qualité peut pourtant avoir des effets sur notre santé.
À très court terme, on sait par exemple qu’un air trop confiné, faute de ventilation, engendre fatigue, maux de tête, somnolence et difficultés de concentration.
« Par ailleurs, même s’il est parfois délicat de déterminer la cause exacte d’une pathologie, il est établi qu’une exposition répétée et durable à certains polluants augmente le risque de développer une maladie chronique, notamment respiratoire », observe Anne-Sophie Gourgues, infirmière en santé environnementale au sein de la maison La Vie la Santé, au sein du CHU de Poitiers.
Il est à noter que les enfants sont particulièrement exposés, car ils inhalent deux fois plus d’air que les adultes par rapport à leur poids.
Quelles sont les sources de pollution de l’air intérieur les plus répandues ?
Il existe trois grandes familles de polluants, la première étant celle des contaminants biologiques. « Ce sont les moisissures qui prolifèrent sur les murs et les plafonds en cas d’humidité excessive (au-delà de 60 % de taux d’humidité dans l’air), tout comme les acariens, très présents dans la literie, les tapis, les moquettes », précise le Dr Suzanne Déoux, médecin ORL. Ces bio-contaminants peuvent provoquer ou aggraver certaines maladies respiratoires telles que l’asthme ou la bronchite chronique.
La deuxième famille est celle des gaz. Les Composés organiques volatils (COV), par exemple, sont très présents dans le mobilier, les matériaux de construction (peintures, vernis, colles), les produits d’entretien ou de bricolage. Certains d’entre eux sont cancérigènes (le benzène ou le formaldéhyde, par exemple). « Dans la famille des gaz, on peut aussi citer le radon, qui est un gaz radioactif présent dans les sols de certaines régions, granitiques et volcaniques notamment, souligne le Dr Suzanne Déoux. « En faible concentration dans l’air extérieur, son transfert et son accumulation dans l’air intérieur dépendent de la qualité de l’interface sol-bâtiment (fissures, passages de canalisation, cave en terre battue…). Une ventilation mécanique double-flux est conseillée pour diminuer l’exposition. » Selon l’Institut national du cancer (INCa), le radon est le deuxième facteur de risque de cancer du poumon après le tabac.
La troisième source de pollution est celle des fibres et des particules, et notamment des particules fines. « Ces dernières sont issues de la fumée de cigarette, des produits de combustion (chauffage au bois dans des cheminées ouvertes ou vétustes, encens) ou du trafic routier », précise l’experte. Là encore, une exposition répétée et durable à ces particules augmente le risque de développer un cancer du poumon.
Quels sont les bons réflexes pour réduire les sources de pollution de l’air intérieur ?
- Bannir les parfums d’ambiance. « On évite tous les produits censés assainir l’air, comme les désodorisants, les parfums d’ambiance, les bougies parfumées ou encore les bâtons d’encens, car ce sont des sources importantes de Composés organiques volatils (COV) », souligne Anne-Sophie Gourgues, infirmière en santé environnementale. « Quel que soit le message marketing affiché sur un flacon, il faut avoir à l’esprit qu’on n’assainit jamais l’air en y ajoutant une substance », précise-t-elle.
- Fumer à l’extérieur. La fumée de cigarette est une des sources de pollution de l’air les plus puissantes, car elle contient des milliers de substances chimiques et génère un pic massif et persistant de particules fines.
- Entretenir et/ou moderniser sa cheminée. « Tout ce qui brûle émet des polluants, particulièrement lorsque la combustion est incomplète, souligne le Dr Suzanne Déoux, médecin ORL et spécialiste de la santé environnementale. C’est pourquoi il est primordial d’entretenir sa cheminée, avec un ramonage efficace. » Une autre solution est de l’équiper d’un insert, voire de la remplacer par un poêle à bois. Selon l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), un appareil performant (poêle ou insert nouvelle génération), bien utilisé, émet jusqu’à 10 fois moins de particules qu’un vieil appareil ou un foyer ouvert.
- Réduire le nombre de produits ménagers. Mieux vaut remplacer les désinfectants et autres produits ménagers par des produits naturels (savon noir, vinaigre blanc) ou par le nettoyage à la vapeur. « De façon générale, et quand cela est possible, je recommande toujours d’éviter les produits chimiques, insiste l’experte. On peut aspirer son matelas plutôt qu’utiliser un spray anti-acariens ou s’équiper de moustiquaires plutôt que de prises anti-moustique. »
- Choisir des matériaux labellisés. Rénover son logement suppose aussi des précautions. Il vaut mieux toujours, par exemple, privilégier les peintures et les vernis à l’eau (dites « en phase aqueuse ») labellisés A+. Par ailleurs, il est conseillé de beaucoup aérer pendant et après l’application des peintures, et le plus possible pendant les trois jours qui suivent, qui correspondent au pic d’émission des COV.
- Éviter les meubles en bois aggloméré. Qu’ils soient neufs ou de seconde main, mieux vaut s’orienter vers les meubles en bois massifs et/ou entièrement recouverts de bois laminé plutôt que les meubles en bois aggloméré. « Le revêtement du bois laminé bloque les émissions de COV, en particulier le formaldéhyde », explique le Dr Suzanne Déoux.
- Aérer les meubles neufs. « Il est important d’aérer tout meuble neuf pendant une quinzaine de jours minimum », souligne Anne-Sophie Gourgues. Acheter de la « seconde main » peut aussi permettre de limiter l’exposition aux polluants, même si le bénéfice reste limité. « Des études révèlent que l’émission de certains Composés organiques volatils se poursuit des dizaines d’années après leur fabrication », observe le Dr Suzanne Déoux.
Quels sont les autres réflexes à acquérir pour obtenir un air intérieur plus sain ?
« Le meilleur traitement de l'air, c'est son renouvellement, rappelle le Dr Suzanne Déoux, médecin ORL et spécialiste de la santé environnementale. L’idéal est de disposer d’une ventilation mécanique contrôlée (VMC) bien entretenue. » Un nettoyage régulier des entrées d’air et des bouches d’extraction tous les trois à six mois est par exemple nécessaire, afin qu’elles restent opérationnelles. « Attention, par ailleurs, à ne pas calfeutrer le bas des portes intérieures de son logement, souligne l’experte. Cela empêche la circulation de l’air et rend la VMC inopérante. »
Outre la ventilation, l’Ademe recommande une bonne aération : 5 à 10 minutes le matin et le soir. Mais pas seulement ! Il est aussi conseillé d’ouvrir ses fenêtres après avoir pris une douche, cuisiné, passé l’aspirateur, fait le ménage ou bricolé. « Ce réflexe est nécessaire, dans la mesure où toutes ces activités produisent de la vapeur d’eau et/ou mobilisent des poussières et des polluants », précise la spécialiste.
Si l’on vit à proximité d’une route passante, il est recommandé d’aérer aux moments de la journée où le trafic est le moins dense.
Économies d’énergie et qualité de l’air intérieur sont-elles compatibles ?
« Beaucoup de Français ont investi à juste titre, ces dernières années, dans l’isolation de leur logement afin d’éviter les déperditions de chaleur et de faire baisser la facture énergétique, observe Anne-Sophie Gourgues, infirmière en santé environnementale. Pourtant, si cette isolation du bâti ne s’accompagne pas, encore une fois, d’une ventilation suffisamment efficace, le risque est de vivre dans un air confiné et de voir les moisissures proliférer. »
Il est à noter qu’un conseiller habitat santé (CHS) ou un conseiller médical en environnement intérieur (CMEI) peut aussi être sollicité, sur prescription médicale, pour évaluer la qualité de l’air intérieur d’un logement. « Au-delà du diagnostic, l’idée est surtout de trouver des solutions ensemble afin d’assainir durablement l’air que l’on respire », précise l’experte.
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