Enfants et écrans : les conseils du psychiatre Serge Tisseron

Publié le

Cécile Fratellini

Temps de lecture estimé 5 minute(s)

Enfants et écrans : les conseils du psychiatre Serge Tisseron
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Smartphone dès l’entrée au collège, jeux vidéo envahissants, images choquantes ou encore usage de l’intelligence artificielle… Face à ces situations du quotidien, le psychiatre Serge Tisseron propose des repères pour aider les parents à accompagner leur enfant.

Enfants et écrans : les conseils du psychiatre Serge Tisseron
© Alexandre Marchi

Les écrans font désormais partie intégrante de la vie des enfants et des adolescents. Et cela suscite souvent des questions aux parents. À quel âge offrir un premier téléphone ? Comment réagir face à une pratique excessive des jeux vidéo ? Que faire si un enfant est confronté à des contenus inappropriés ? 

À partir d’exemples concrets, le psychiatre Serge Tisseron, membre de l’Académie des technologies et du Conseil national du numérique,  donne des conseils aux parents.

Mon enfant veut un smartphone pour son entrée au collège.

Demandons-lui pourquoi : est-ce à cause de ses camarades, pour une activité précise ? À l'entrée au collège, un téléphone simple suffit. Il rassure l’enfant et aussi ses parents s’il doit prendre le bus pour se déplacer. Pour le smartphone, fixons une date en amont selon la maturité de l’enfant et nos valeurs. Et utilisons le contrôle parental pour programmer les accès et les horaires aussitôt qu’il en a un.

Mon fils devient « accro » aux jeux vidéo.

Les jeux vidéo problématiques sont surtout les jeux en réseau sur internet, car ils sont conçus pour être addictifs. Alors paramétrons une durée de jeu sur la console, même chose sur l’ordinateur. Si l’adolescent joue avec ses amis, c’est mieux que s’il joue seul ou avec des inconnus. Il est important aussi de parler avec lui de ses jeux. Et s’il est passionné, demandons lui s’il veut s’orienter vers cette profession en s’intéressant au dessin, aux mathématiques… Concernant l’âge conseillé par la norme PEGI1, un enfant de 10 ans ne doit évidemment pas jouer à un jeu 18 +. Mais selon sa maturité, à partir de 10 ans, on peut retrancher 1 ou 2 ans à l’indication. C’est aux parents d’apprécier.

Mon enfant a vu des images inappropriées (violences…).

Souvent, il n’en parle pas. Alors il faut repérer les indices : il a peur la nuit, il parle moins, il n’a plus d’appétit… Mais tous ces signes ne sont pas forcément liés aux écrans. Il peut s’agir d’un problème à l’école ou avec des camarades. Donc il faut évoquer avec lui diverses possibilités : « Tu as vu des images qui t’ont choqué ? Des camarades t’embêtent ? etc. ». En revanche, si vous regardez avec votre enfant un film que vous pensiez tout public et qu’il y a des images choquantes, vous devez lui dire que c’est difficile pour vous aussi. Le fait que le parent soit lui aussi « choqué » facilite le dialogue. L’enfant peut ainsi réagir et dire ce qu’il pense.

Ma fille de 6 ans pique une colère quand j’éteins les écrans.

Entre 4 et 6 ans, il faut choisir des programmes de qualité et fixer une tranche horaire pour les écrans. La durée doit correspondre aux programmes regardés : si un dessin animé dure 28 minutes, ne pas s’arrêter à 25 bien sûr. Et ne pas non plus laisser commencer le programme suivant si on sait qu’on n’aura pas le temps de le terminer. Et bien entendu s’intéresser à ce que l’enfant regarde. À partir de 6 ans, il faut rediscuter, en augmentant un peu le temps, l’enfant devient partenaire.

 À noter que le temps d’écran n’est pas le seul déterminant pour l’évolution de l’enfant. Selon l’étude ELFE2, le climat général de la famille, l’origine sociale et l’accompagnement des parents jouent un rôle dans le développement de l’enfant. Cela va au-delà du temps d’exposition aux écrans. Le repas du soir pris sans écrans avec les parents est primordial car les interactions sont fortes entre parents et enfants à ce moment-là.

Mon ado parle avec une intelligence artificielle.

De plus en plus d’adolescents demandent conseil à une IA pour leur vie intime. Comme pour les écrans et le principe du 3-6-9-12, j’ai établi des repères 3-6-12-18, pour l’intelligence artificielle : pas d’outil numérique avant 3 ans, pas de jouets ni d’enceinte connectée avant 6 ans, pas d'internet seul ou de chatbots généralistes avant 12 ans révolus (donc 13 ans), et pas de compagnon digital (IA qui simule une relation affective) avant 18 ans. Et à tout âge, il faut accompagner son enfant, discuter, s’intéresser à ce qu’il fait et à ce qu’il regarde. Et pour être un interlocuteur utile et crédible pour nos enfants, informons-nous sur les possibilités et les risques de ces technologies. Cela nous sera utile à nous aussi !

(1)  Les pictogrammes PEGI, présents sur les emballages des jeux vidéo, indiquent les classes d'âge : 3, 7, 12, 16 et 18.

(2) Étude longitudinale depuis l’enfance (ELFE) : plus de 18 000 enfants nés en France métropolitaine en 2011 ont été inclus dans l’étude sur une durée de vingt ans.

Rédigé par

  • Cécile Fratellini

    Rédactrice en chef adjointe d’Harmonie Santé, spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (handicap, prévention, maladies…)

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