Écrans : comment retrouver l’équilibre en famille ?
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Un enfant qui tente de raconter sa journée d’école à son parent, absorbé par la lecture de ses mails professionnels. Un adolescent qui préfère jouer à son jeu vidéo plutôt que de faire une balade en famille. Un couple qui se retrouve après le coucher des enfants pour scroller1 chacun de son côté sur son téléphone. Des scènes banales de la vie quotidienne où les écrans prennent parfois le pas sur la relation. Et si on repensait nos usages pour retrouver un équilibre en famille ?
Une définition à connaître : on parle de « technoférence » quand les écrans viennent interrompre la relation entre deux personnes, qu’ils « interfèrent » entre eux. Cela conduit souvent à ignorer celui ou celle qui se trouve en face de nous. Or lorsqu’il s’agit d’un très jeune enfant, cela pourrait affecter son développement, comme le rappelle l’Assurance maladie.
Du temps en dehors des écrans
Smartphones, tablettes, ordinateurs, télévisions… Chaque foyer français possède en moyenne 10 écrans2. Présents partout et à tout moment, ils s’invitent à table, au beau milieu d’une discussion et même dans notre lit.
D’autant plus que les écrans peuvent avoir un retentissement sur notre santé (sommeil perturbé, manque d’activité physique, santé mentale dégradée…), en particulier sur celle des enfants (lire encadré ci-dessous). « Ce qui compte le plus, c’est ce qu’on y regarde, si c’est ou non adapté à son âge, le temps qu’on y passe et avec qui on échange », rappelle Axelle Desaint, directrice d’Internet sans crainte, un programme de sensibilisation des jeunes au numérique.
Leur impact dépend aussi beaucoup de ce qu’on fait le reste du temps. Si le « besoin » d’écrans conduit à renoncer à d’autres activités qui nous faisaient auparavant plaisir, c’est peut-être le signe qu’il faut lever le pied. Et c’est vrai à tout âge.
Quels risques pour la santé des enfants ?
Un usage excessif des écrans peut avoir divers effets sur leur santé physique :
- Détérioration de la qualité et de la durée du sommeil ;
- Réduction de l’activité physique, hausse de la sédentarité et du risque de surpoids ;
- Possibles troubles de la vue tels que la myopie.
À cela pourraient s’ajouter des difficultés d’apprentissage, liées à un manque d’attention, et un retard d'acquisition du langage chez les tout-petits.
L’exposition prolongée à des contenus inappropriés (violences, pornographie…) pourrait avoir un impact sur la santé psychique :
- Mauvaise estime de soi ;
- Augmentation du stress ;
- Aggravation de troubles anxieux ou dépressifs ;
- Possibles troubles du comportement.
Sources : ministère de la Santé, rapport Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu (avril 2024) et Assurance maladie.
Des règles partagées par petits et grands
Pour tenter de modérer notre consommation, et si on se donnait des défis en famille ? « On peut dire à son ado : "Ce dimanche, on regarde notre temps d'écran hebdomadaire sur notre téléphone et, toi comme moi, on essaie de le réduire d'une heure la semaine prochaine." », suggère Axelle Desaint, directrice d’Internet sans crainte. De quoi se motiver tous ensemble.
À bien des égards, les parents sont des modèles pour leurs enfants. Ils reproduisent bon nombre de leurs habitudes, y compris lorsqu’elles sont mauvaises. « D’ailleurs, ils n’hésitent pas à nous mettre face à nos contradictions. Si, par exemple, on a partagé des photos d’eux sur nos réseaux sociaux pendant leur enfance, comment être crédible quand on va leur conseiller de ne pas dévoiler leur intimité sur leurs propres comptes ? », souligne Virginie Sassoon, docteure en sciences de l'information et de la communication.
Alors, si on leur demande de respecter des règles à la maison, peut-être doit-on s’en donner également ? Pour cela, on peut adopter une charte numérique de la famille qui consigne les quelques règles à connaître. Par exemple : jamais d’écrans avant le coucher ; au moins une activité commune dans le week-end sans téléphone ni tablette… « Les enfants ont besoin d’un cadre, mais il fonctionne mieux quand il est co-construit et surtout compris, insiste Axelle Desaint. D’où l’intérêt d’élaborer cette charte en famille. »
Il est possible de s’inspirer notamment de la règle des 4 « pas » de la psychologue clinicienne Sabine Duflo. Imaginée pour les enfants dès le plus jeune âge, pour préserver des moments et des lieux sans connexion, elle peut aussi s’appliquer aux plus grands. Le principe : pas d’écran le matin, pas d’écran pendant les repas, pas d’écran dans la chambre et pas d’écran avant de s’endormir.
Un outil à utiliser : le site gratuit FamiNum aide à créer sa propre charte numérique pas à pas, en définissant les bonnes pratiques de la famille. Il est possible de la faire évoluer si besoin et d’adapter les règles à l’âge des différents enfants.
Accompagner ses enfants sans jugement
Même lorsque les écrans sont une source de conflits, il est essentiel de continuer à s’intéresser à ce que nos enfants regardent, en essayant de les comprendre plutôt que de les juger. « Reprocher à son ado "ça fait 2 heures que tu t’abrutis sur ce jeu vidéo ou sur les réseaux sociaux" ne favorise pas le dialogue. Cela peut même lui donner envie de le faire en cachette à l’avenir, souligne Axelle Desaint. Mieux vaut lui dire : "J’aimerais beaucoup que tu me montres ce qui te plaît autant dans ce jeu ou la dernière vidéo qui t’a amusé sur TikTok". »
C’est une manière à la fois de garder le lien et de s’assurer qu’il n’est pas en danger (mauvaise rencontre, cyberharcèlement, contenus pornographiques…), pour le sensibiliser ou lui venir en aide si besoin. « Et cela reste beaucoup plus efficace qu’un outil de contrôle parental, qui peut certes être utile pour de jeunes enfants, mais qui s’avère relativement facile à contourner par des ados », estime la directrice d’Internet sans crainte.
Virginie Sassoon conseille même aux parents de faire alliance avec leurs enfants « face à des plateformes numériques qui "volent" notre temps libre et fragmentent notre attention ». Les jeunes n’ont souvent pas conscience de se faire avoir. Quant aux parents, ils sont parfois démunis face aux écrans et ne se sentent pas assez « experts » du numérique pour pouvoir accompagner leurs enfants. « En réalité, ces derniers ont juste besoin qu’on les écoute, qu’on les comprenne, rassure Axelle Desaint. Ils ont surtout envie d’entendre que, quoi qu'il leur arrive en ligne, leurs parents seront là. »
Une méthode à adopter : parents de trois enfants, Virginie Sassoon et le journaliste François Saltiel partagent la stratégie adoptée par leur famille dans leur livre Faire la paix avec nos écrans3. Leur méthode (P.L.A.Y.) repose sur 4 piliers : P pour partager la vie numérique de nos enfants ; L pour libérer du temps sans écran ; A pour accueillir les émotions ; Y pour yes or no afin de poser un cadre clair et évolutif. En clair : s’intéresser à leurs usages, faire aussi d’autres choses avec eux, ne pas minimiser ce qu’ils vivent en ligne et définir des limites.
(1) Scroller signifie faire défiler du contenu sur un écran.
(2) Source : baromètre du numérique, édition 2025.
(3) Éditions Flammarion, août 2025.
« C’est important que nous, les parents, nous donnions l’exemple »
Témoignage d’Émilie, maman de 4 enfants.
« Je n’interdis pas les écrans à mes ados de 17 et 15 ans, qui ont eu leur premier téléphone à 12 ans. Cependant, il y a des règles : pas de téléphone à table, pas de box à la maison, mais de « petits » forfaits de 20 go pour apprendre à se modérer et à utiliser les écrans. Par contre, TikTok est interdit car c’est le réseau social le plus addictif. Jusqu’à 15 ans, il y avait le contrôle parental sur leur téléphone avec pause numérique entre 22 heures et 7 heures. Maintenant, ils n’en ont plus besoin, ils ont pris l’habitude d’éteindre leur téléphone la nuit. Pour mes plus jeunes de 8 et 11 ans : uniquement 30 minutes d’écran sur une appli de jeux adapté.
C’est important de donner l’exemple, j’essaie de limiter l’usage de mon téléphone aux tâches essentielles. Les écrans peuvent avoir un effet nocif sur la santé physique et aussi mentale. C’est pourquoi, avec l’association Backados dont je suis présidente, nous essayons de sensibiliser les collégiens et lycéens, sans les culpabiliser mais en éduquant, discutant. À cet âge, les ados ont horreur des injonctions, et horreur de se sentir privés de leur liberté. »
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