« Je suis bipolaire, tu m'invites ? » : un documentaire pour briser les tabous

Publié le

Julie Kermarrec

Temps de lecture estimé 5 minute(s)

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© Léa Vigier

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Traverser la France sans argent, avec une pancarte « Je suis bipolaire, tu m’invites ? », c’est le défi que s’est lancé Léa Vigier en juin 2025. Diagnostiquée en 2024, l’aventurière a choisi de ne pas s’enfermer dans la maladie. Un documentaire retrace son périple à la rencontre de l’autre pour briser la honte qui entoure encore cette maladie mentale.

« Être bipolaire, c'est nager dans un océan entre les mers chaudes des Caraïbes et les cinquantièmes hurlants [...] Bipolaires, c'est mourir dans l'océan et pas n'importe lequel. Cet océan a un nom bien particulier. L'océan de la honte. Honte d'être instable, honte d'avoir un problème dans sa tête, honte d'être malade mentale, d'être vue comme une serial killeuse, honte de ne pas réussir à se lever le matin. » 

En introduction de l’avant-première de son documentaire retraçant son tour de la France en stop « Je suis bipolaire, tu m’invites ? » réalisé par Marc Bravo et Laura Spiteri (1), Léa Vigier, 33 ans, a slamé ces mots. Un texte puissant écrit par Romain Brouard, alias Dix mille du podcast Avenirs souhaitables qui met en lumière la honte persistante entourant la maladie mentale.

Diagnostiquée bipolaire il y a deux ans, en février 2024, la jeune femme a décidé d’en parler ouvertement pour faire avancer la cause. Pour cela, elle enchaîne les aventures. La dernière en date : dix jours à sillonner les routes françaises, en s’invitant dans les voitures et chez des inconnus, comptant uniquement sur leur hospitalité pour manger et dormir. Le tout avec une pancarte indiquant à la manière de l’émission J’irais dormir chez vous : « Je suis bipolaire, tu m’invites ? ».

« Un Pékin Express de la bipolarité » 

De Marseille à Bordeaux, en passant par Pau et Toulouse, « c’était un Pékin Express de la bipolarité », s’amuse-t-elle. À l’écran, son énergie positive, son humour et sa joie de vivre ne laissent rien paraître, alors qu’elle confie avoir vécu « l’expérience la plus dure, mais aussi la plus riche de sa vie ». Pourtant, Léa Vigier n’en est pas à son coup d’essai. 

Avant ce périple, il y a eu l’ascension du pic Lénine, à plus de 7 000 mètres d’altitude, au Kirghizistan, en août 2024, lors d’une expédition de dix-huit jours. Et encore avant, une tentative dans l’Himalaya et une traversée de l’Europe avec un euro. « Cette fois, c’était encore plus challengeant, car je me suis confrontée à des réactions dures et péjoratives sur ma maladie. On m’a dit que j’étais instable, folle, que je ne devrais pas faire ça. J’ai rencontré plein de personnes qui me décrivaient les bipolaires comme étant lunatiques. »

Or, la bipolarité est bien différente d’un simple trait de caractère. Intervenant dans le documentaire, le psychiatre Vincent Fournel rappelle que ce trouble se caractérise par « une alternance de phases d’exaltation, avec une humeur très gaie, et des phases dépressives, marquées par une incapacité à agir ». Les deux pouvant durer plusieurs jours et/ou mois. Il souligne aussi une erreur fréquente : « la tendance à traiter la bipolarité comme une dépression, avec des antidépresseurs qui ne sont pas adaptés et qui prolongent l’errance médicale ». La littérature évoque entre huit à dix ans pour poser un diagnostic de trouble bipolaire.

Mieux vivre avec la maladie : un équilibre à construire

« C’est une maladie dont on ne guérit pas », rappelle Léa. Mais on peut mieux vivre avec. Le médecin évoque à ce titre un trépied essentiel : le médical (avec un traitement adapté), le psychologique (être accompagné pour mieux comprendre la maladie) et l’environnement, (incluant les proches et le style de vie). Autant de paramètres que Léa aborde sans filtre dans le film. 

On la voit méditer sur une aire d’autoroute, faire le point avec sa psychiatre par téléphone, veiller à respecter un nombre d’heures de sommeil suffisant. « J’ai mis en place tout un tas d’outils qui m’aident au quotidien à me réancrer, à me réécouter et à mieux gérer les phases, voire à les atténuer, explique-t-elle. J’ai, par exemple, un diagramme de l’humeur que je remplis tous les jours, j’écris aussi comment je me sens le matin dans mon carnet, et je marche vingt à trente minutes quotidiennement. »

Elle évoque également son traitement, des médicaments régulateurs de l’humeur, avec les personnes qui l’accueillent. « J’ai fait des rencontres formidables et bienveillantes, comme Vanessa, en Haute-Savoie, qui m’a emmenée faire des activités, de la photo subaquatique, de la plongée dans le lac du Bourget. J’ai aussi rencontré des personnes concernées par la maladie ou des aidants, qui m’ont raconté ce qu’ils vivent. Ça me donne de l’espoir en l’humain et de la force, car il y a vraiment quelque chose à faire, et je me rends compte qu’il va falloir changer les mentalités. »

Ambassadrice de l’association HopeStage, Léa Vigier a réalisé ce projet dans le but de collecter des fonds et de financer des programmes de psychoéducation, dont elle a elle-même bénéficié. Quinze mille euros ont été récoltés, à ce jour. Elle espère désormais pouvoir emmener le documentaire partout en France, le faire diffuser dans un maximum de salles (il sera également disponible sur YouTube) et poursuivre son périple dans les régions non explorées lors de ce voyage. Elle souffle aussi son envie de partir ailleurs, plus loin cette fois, vers les deux pôles, Nord et Sud, pour devenir la première bipolaire… bi-polaire.

L’association HopeStage, mieux vivre avec la bipolarité 

Créée en 2022 par et pour les personnes vivant avec un trouble bipolaire, HopeStage réunit une association loi 1901, Les Étapes de l’Espoir, et une entreprise à impact social. Son objectif : aider les patients et leurs proches à mieux comprendre et accepter la maladie, en proposant des outils concrets de rétablissement. 

L’association développe des formations, des programmes de psychoéducation et une plateforme hebdomadaire en ligne pour favoriser le rétablissement. Avec plus de 7 000 membres et 4 000 personnes formées, HopeStage accompagne chacun étape par étape vers un mieux-vivre durable et soutient la sensibilisation à la bipolarité dans la société.

(1) « Je suis bipolaire, tu m’invites ? », documentaire de Léa Vigier, réalisé par Laura Spiteri et Marc Bravo, janvier 2026.

Légende photo : Le documentaire de Léa Vigier “Je suis bipolaire, tu m’invites” a été diffusé en avant-première ce lundi 12 janvier, à Paris. De gauche à droite : Laura Spiteri, réalisatrice, Léa Vigier, Marc Bravo, réalisateur et Julien Duplouy, pair-aidant et responsable de projet de l’association HopeStage.

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