Cancer : comment accompagner ses salariés ?
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L’essentiel en 5 points :
• Un sujet délicat : l’employeur n’est pas tenu de connaître le diagnostic de cancer d’un salarié.
• Libérer la parole : des manifestations comme Octobre Rose permettent de lever le tabou de la maladie et de mieux accompagner les personnes touchées.
• Préparer le retour au travail : 1 actif sur 4 touché par un cancer a le sentiment de ne pas avoir retrouvé sa place après un arrêt.
• Des initiatives concrètes : aujourd’hui 2 malades sur 3 connaissent au moins un dispositif en entreprise.
• Un levier de performance : avec la bonne posture, un employeur peut accompagner ses salariés et même leur permettre d’exploiter de nouvelles compétences.
« Chaque jour ouvré, en France, plus de 1 200 personnes apprennent qu’elles ont un cancer. Et parmi elles, 400 sont des actifs. » Isabelle Guyomarch a fait les comptes. Présidente du groupe CCI Productions (1), cette dirigeante a revu son approche entrepreneuriale après avoir elle-même été touchée par un cancer du sein de stade 3 agressif en 2013. « Quand j’ai été malade, j’ai tout de suite parlé de ma maladie sans tabou. Je me suis très peu arrêtée, mais c’était mon choix. Quel que soit leur parcours, les malades qui vont se battre, et en grande partie survivre, doivent pouvoir retrouver leur place au travail. C’est leur droit et c’est aussi dans l’intérêt de l’employeur. »
Quelles sont mes obligations en tant qu’employeur ?
« Grâce à des manifestations comme Octobre Rose ou Movember (le mois suivant), la parole se libère davantage dans la société et au travail », observe Nathalie Presson, directrice générale de l’association Cancer@Work (2).
En attendant, la position de l’employeur reste délicate. « Légalement, il n’a aucune obligation de connaître le diagnostic de cancer d’un salarié, car les informations médicales sont personnelles et confidentielles. Sa seule obligation est d’appliquer les arrêts maladie et les injonctions de la médecine du travail. » Cependant, dès qu’il est sensibilisé, l’employeur, responsable de la santé et du bien-être de ses employés, doit leur permettre de concilier leur état de santé et leur emploi. Il doit appliquer tous les amendements possibles et combattre toute discrimination à cause de la maladie.
Pourquoi un accompagnement est-il nécessaire face au cancer ?
Face à une maladie longtemps - et parfois encore - taboue, il faut déjà pouvoir en parler. Selon le dernier Baromètre de l’association Cancer@Work, 59 % des salariés ayant eu un cancer estiment que révéler sa maladie est une étape difficile. 40 % estiment que leur emploi pourrait être menacé à cause de la survenue d’un cancer. Et 1 actif sur 4 touché par un cancer a le sentiment de ne pas avoir retrouvé sa place à son retour après un arrêt maladie…
« Il y a un vrai stress quand on reprend le travail car on voudrait trop souvent revenir au top, observe Florence Kabut (3), ex-infirmière passée par un cancer du sein et devenue coach en accompagnement au retour au travail. Or, il faudra parfois composer avec des douleurs physiques, une fatigue persistante, un certain brouillard mental. Mais avec le bon aménagement, on peut y arriver ! »
Comment profiter d’Octobre Rose pour mieux se préparer ?
Selon cette spécialiste, des manifestations annuelles comme Octobre Rose ou Movember sont l’occasion idéale de sensibiliser ses salariés, à tous niveaux. « C’est une porte d’entrée formidable avec plein de campagnes possibles », assure Florence Kabut. Elle-même a participé à une comédie musicale sur le cancer qu’elle a jouée en entreprise. « Cette mobilisation peut aussi passer par une conférence ou une exposition photo avec des témoignages. Non seulement, cela fait parler, mais cela encourage le dépistage. »
L’enjeu sera également, pour l’entreprise, de faire connaître tous les interlocuteurs possibles : médecin de travail, ressources humaines, chef de service, voire un référent maladie, s'il y en a un. C’est enfin l’occasion de rappeler qu’un salarié touché par un cancer peut déposer une demande de RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) valable 5 ans et qui lui ouvrira de nouveaux droits.
Peut-on organiser des actions internes ? Lesquelles ?
Toute l’année, de plus en plus d’entreprises testent aussi des dispositifs innovants. « Nous utilisons par exemple un questionnaire qui permet aux entreprises d’aller sonder leurs salariés et de bâtir le plan d’action le plus adapté à l’organisation », explique Nathalie Presson chez Cancer@Work.
Selon l’association, 2 actifs sur 3 (63 %) ayant eu un cancer connaissent aujourd’hui au moins un dispositif d’accompagnement contre 1 sur 3 (38 %) en 2016. Parmi ces initiatives testées figurent ainsi des réseaux de « pairs aidants » permettant par exemple de former dans des entreprises des personnes-relais entre le salarié aidant ou malade et le reste de l’organisation ».
L’employeur peut aussi faire appel à des plateformes d’écoutes extérieures. « Je sais d’expérience que, dès le diagnostic, il faut adapter ses conditions de travail et préparer son retour, abonde Isabelle Guyomarch. Depuis son cancer, cette dirigeante a multiplié les initiatives dans ses usines. « On a par exemple créé un atelier spécifique, une bulle où les salariées peuvent travailler à leur rythme, si besoin. »
Quelle posture adopter pour ne pas être intrusif ?
Selon le Baromètre 2024 de Cancer@Work, 42 % des actifs ont connaissance d’au moins un salarié touché par un cancer au sein de leur entreprise. « On est souvent désarmé car cette maladie est liée à l’image d’une mort possible et fait peur, reconnaît Florence Kabut. Face à un collègue touché, l’enjeu est de ne pas être indifférent, mais pas intrusif non plus. Souvent, le plus simple est juste de dire : "Je suis là si tu as besoin d’aide" et de laisser l’autre venir à soi si il ou elle en ressent le besoin ou l’envie. »
Comment aborder le retour progressif au travail ?
Pendant qu'elle luttait contre la maladie, Isabelle Guyomarch a eu l’idée de lancer une marque dermo-cosmétique (1) justement destinée aux personnes touchées par le cancer. « C’est un aspect dont on parle peu mais qui est réel : le cancer éveille aussi d’autres compétences ! » Au-delà de cette opportunité, cette dirigeante plébiscite les « soft skills », c’est-à-dire toutes les qualités humaines développées pendant la maladie et qui serviront aussi dans le travail.
« La maladie permet de faire le point sur son employabilité, mais aussi sur ses envies », ajoute Florence Kabut. Elle-même était directrice de crèche quand le cancer l’a touchée. « Après un bilan de compétence, j’ai compris que mon expérience pouvait me servir à aider les autres. Paradoxalement, la maladie m’a ramenée à la vie. » Il y a, souvent, une vie au travail pendant et après le cancer.
(1) Le groupe CCI Productions (250 salariés) est spécialisé dans la fabrication de parfums, de cosmétiques traditionnels et biologiques pour le compte de marques de prestige. Il comprend le Laboratoire OZALYS, une marque dermo-cosmétique engagée pour la santé de femmes.
(2) Créé en 2012, Cancer@Work est le premier Club d’entreprises dédié au sujet du cancer et des maladies chroniques au travail.
(3) Membre de l'association HOPE qui accompagne des femmes pendant et après leur cancer du sein, Florence Kabut a aussi créé le cabinet Yaka Oser.
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