Femmes enceintes au travail : quels sont vos droits ?

Publié le

Marina Al Rubaee

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Femmes enceintes au travail : quels sont vos droits ?
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En cas de grossesse, la situation professionnelle d’une salariée est strictement encadrée par la loi. Protection contre le licenciement, absences rémunérées pour les examens médicaux obligatoires, aménagement du poste, suspension du travail de nuit ou retrait du poste de travail en cas d’exposition à certains risques… Quels sont précisément ses droits et comment les faire valoir ?

Quels droits spécifiques pour les femmes enceintes au travail ?

Dès lors que l’employeur est informé de la grossesse, la salariée bénéficie d’un régime de protection renforcée qui encadre strictement toute rupture de son contrat de travail et impose à l’entreprise de tenir compte de son état de santé. « Dès l’instant où elle apporte la connaissance de sa grossesse, elle est protégée », rappelle Anaïs Leprevost, responsable juridique au Pôle Santé Travail Métropole Nord, service de prévention et de santé au travail basé à Lille.

Mais la protection ne se limite pas au licenciement. Elle concerne aussi les conditions concrètes de travail. Fatigue accrue, station debout prolongée, port de charges, exposition à des substances dangereuses : la grossesse peut rendre certaines tâches inadaptées. Dans ce cas, des solutions existent. 

Adaptation des missions, allègement des contraintes physiques, horaires aménagés, voire télétravail lorsque l’activité le permet. L’aménagement du poste doit être étudié au cas par cas. Une étude de poste peut être menée avec le service de santé au travail afin d’identifier précisément les dangers et de proposer des ajustements.

« Les préconisations du médecin du travail s’imposent à l’employeur, sauf impossibilité organisationnelle dûment justifiée », précise Anaïs Leprevost. Lorsque la femme enceinte est affectée à des risques particuliers, dont la liste est réglementairement fixée, elle est affectée temporairement à un autre emploi. Si cela n’est pas possible, la salariée bénéficie dans ce cas d’une suspension de son contrat de travail assortie d’une garantie de rémunération.

Autre spécificité : le travail de nuit ne peut être maintenu si la salariée en fait la demande ou si le médecin du travail estime ce rythme incompatible avec son état. L’affectation sur un poste de jour devient alors obligatoire. « Lorsque l’employeur est dans l’impossibilité de le proposer, le contrat de travail est suspendu mais la salariée bénéficie également d’une garantie de rémunération, comprenant une indemnisation de la Sécurité sociale complétée par l’employeur », résume Anaïs Leprevost.

Le Code du travail prévoit aussi des risques spécifiques incompatibles avec la grossesse (agents chimiques ou infectieux spécifiques, travaux en milieu hyperbare, exposition aux rayonnements ionisants en catégorie A, travaux à l’aide d’engins type marteau-piqueur…) nécessitant un reclassement et pouvant donner lieu à des indemnités spécifiques en cas d’impossibilité de poste adapté. En cas de doute, il est toujours utile d’en parler à son médecin du travail qui pourra évaluer les risques et accompagner la salariée.

Faut-il informer son employeur de sa grossesse ?

Aucune salariée n’est tenue de révéler sa grossesse dès les premières semaines. « La salariée reste libre du moment de l’annonce », souligne Anaïs Leprevost. Ce principe vaut aussi lors d’un recrutement : un employeur ne peut ni poser de question sur une grossesse, ni reprocher à une salariée de ne pas l’avoir mentionnée.

Mais pour bénéficier des protections spécifiques (contre le licenciement, autorisation d’absence pour les examens médicaux obligatoires, aménagement du poste de travail…), l’employeur doit être informé par la salariée. L’annonce peut se faire à l’oral, mais il est vivement recommandé de la formaliser par écrit par l’intermédiaire d’un recommandé avec accusé de réception, en joignant un certificat médical précisant la date présumée de l’accouchement. 

Cette démarche sécurise les droits et facilite l’organisation du congé maternité. « Sans information officielle, la salariée ne peut pas se prévaloir pleinement de la protection légale », souligne Anaïs Leprevost.

Quelle protection contre le licenciement pendant la grossesse ?

Avant le congé maternité, dès que l’employeur est informé de la grossesse, la salariée bénéficie d’une protection dite relative. « L’employeur ne peut la licencier que pour faute grave, non liée à la grossesse, ou pour impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à son état, par exemple un motif économique réel et sérieux », assure Anaïs Leprevost du Pôle Santé Travail Métropole Nord.

Ensuite, pendant le congé maternité, ainsi que durant les congés payés pris immédiatement après, la protection devient absolue. Aucun licenciement ne peut être notifié ni prendre effet pendant cette période, quel qu’en soit le motif. En cas de violation, la rupture est nulle et peut ouvrir droit à réintégration ou à des dommages et intérêts.

À l’issue du congé maternité, une nouvelle période de protection relative de dix semaines s’applique. Le licenciement reste alors strictement encadré.

Bon à savoir : La salariée enceinte dispose d’un droit spécifique à la démission. Elle peut rompre son contrat sans préavis et sans indemnité à verser à l’employeur, tout en conservant le bénéfice de son congé maternité. L’employeur ne peut en aucun cas refuser.

Quelles absences sont autorisées pendant la grossesse ?

« La salariée peut s’absenter pour tous les examens médicaux obligatoires liés à sa grossesse. Ces absences sont rémunérées et comptent comme du temps de travail effectif », explique le Dr Oriane Stadler, médecin du travail au Pôle Santé Travail Métropole Nord.

Les examens concernés :

  • les sept examens prénatals obligatoires : un avant la fin du troisième mois, puis un chaque mois à partir du quatrième ;
  • les trois échographies (une par trimestre) ;
  • l’examen postnatal, réalisé dans les huit semaines suivant l’accouchement ;
  • les entretiens prénatal et postnatal précoces sont également inclus.

Le temps de trajet aller-retour est pris en compte. Aucune perte de salaire, d’ancienneté ni de droits à congés payés ne peut être appliquée. L’employeur peut toutefois demander un justificatif attestant du caractère médical du rendez-vous.

Certaines conventions collectives prévoient des dispositions plus favorables que la loi, comme des pauses supplémentaires ou une réduction du temps de travail. « Beaucoup de femmes ne pensent pas à vérifier ces textes alors qu’ils peuvent offrir des droits supplémentaires », rappelle le Dr Oriane Stadler.

Bon à savoir : le conjoint, partenaire de Pacs ou concubin salarié bénéficie lui aussi d’autorisations d’absence pour assister à trois examens obligatoires. « La loi ne précise pas lesquels. Les couples choisissent souvent les 3 échographies obligatoires (1er, 2e et 3e trimestre), mais c’est au choix du couple », déclare Anaïs Leprevost. Elles sont rémunérées et assimilées à du temps de travail effectif, sans pour autant ouvrir automatiquement droit à un aménagement d’horaires.

Comment se passe le retour après le congé maternité ?

Au retour du congé maternité, la visite de reprise réalisée par un professionnel du service de santé au travail (médecin du travail, médecin collaborateur, interne ou infirmier santé travail) permet de faire le point sur la situation, d’évaluer la compatibilité de l’état de santé pour les postes à risque et d’envisager, si nécessaire, de nouveaux aménagements. 

Une visite de préreprise peut même être organisée à la demande de la salariée ou de son médecin traitant pendant le congé afin d’anticiper les conditions du retour.

Rédigé par

  • Marina Al Rubaee

    Marina Al Rubaee est journaliste spécialisée dans le secteur social et médico-social.

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