Santé au travail : le plan du gouvernement pour réduire l’absentéisme
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L’essentiel
- Un outil d’auto-diagnostic de l’absentéisme doit être mis en ligne pour les entreprises sur le site du ministère du Travail.
- Le plan Santé Travail 2026-2030 sera publié au mois de mai 2026
- L’Assurance maladie va renforcer sa campagne d’accompagnement des entreprises ayant un fort taux d’absentéisme.
« Endiguer la hausse » de l’absentéisme. Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, a résumé ainsi l’objectif du plan présenté le 9 avril aux côtés de Stéphanie Rist, ministre de la Santé et de David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics. Les représentants du gouvernement n’ont pas donné d’objectif chiffré à leur plan. Que ce soit sur la baisse du taux d’absentéisme, autour de 5 % depuis le Covid, ou sur les indemnités journalières versées par l’Assurance maladie (18 milliards d’euros en 2025) qui ont augmenté de 45 % depuis 2019.
Agir sur les causes conjoncturelles de l’absentéisme
« Les arrêts courts sont de plus en plus nombreux et ils déstabilisent l'entreprise, (et) les arrêts longs sont très coûteux pour l'Assurance maladie (…) Notre objectif, est de répondre de façon très pragmatique à chacun de ces deux enjeux », a développé Jean-Pierre Farandou. Quelques mesures concrètes ont été présentées, mais les ministres présents souhaitent passer par l’étape du dialogue social pour développer les meilleures solutions. « Ma doctrine sur tous les sujets sociaux et législatifs, c’est de passer par le dialogue social. Le gouvernement n’entend pas décider tout seul dans son coin », a souligné le ministre du Travail.
Des raisons structurelles expliquent la hausse des arrêts de travail et du montant des indemnités journalières (voir Les chiffres clés) : l’augmentation de la population active, le vieillissement de la population, la hausse du SMIC qui sert de référence pour le calcul des indemnités journalières. Le Gouvernement souhaite agir sur des raisons plus conjoncturelles :
- Contrôle des arrêts pour détecter les comportements abusifs
- Améliorer l’accompagnement durant un arrêt long, pour en réduire la durée
- Améliorer la prévention de la santé au travail en entreprise.
Les chiffres clés de la hausse des arrêts maladie
- 9,1 millions d’arrêts en 2024. Le nombre d’arrêts indemnisés a augmenté de 10 % depuis 2019, selon l’Assurance maladie. Le montant des indemnités journalières a augmenté de 45 % sur la même période.
- Les arrêts courts (< 8 jours) représentent 4 arrêts sur 10. Ils ont augmenté de 2% depuis 2019.
- Ce sont les arrêts de plus de 90 jours qui augmentent le plus (+4 % en 6 ans). S’ils ne représentent que 7 % des arrêts, ils couvrent aujourd’hui 45 % des indemnités journalières, versées par la Sécurité sociale.
Quelles mesures pour les entreprises ?
Les entreprises sont directement concernées par trois mesures du plan présenté par le Gouvernement.
Un outil d’auto-diagnostic de l’absentéisme. Le site web du ministère du Travail propose un « kit clé en main » pour les entreprises, qui intègre un outil d’auto-diagnostic. Ce kit est constitué de ressources documentaires et aide à orienter les entreprises vers les bons interlocuteurs pour agir efficacement contre l’absentéisme.
Le ministère du Travail mènera, par ailleurs, cette année, une campagne pour promouvoir la charte de la santé mentale en entreprise, qui avait été lancée officiellement en novembre 2025.
L’Assurance maladie va développer son programme d’accompagnement des entreprises affichant un taux d’absentéisme atypique, c’est-à-dire beaucoup plus élevé que la moyenne de leur branche. Ces entreprises sont contactées directement et doivent s’engager dans une démarche d’amélioration en s’appuyant sur cette offre d’accompagnement. Un millier d’entreprises de plus de 200 salariés ont déjà été accompagnées ces deux dernières années, générant une réduction de l’absentéisme équivalente à 30 millions d’euros d’indemnités journalières.
Le Plan Santé Travail (PST) pour la période 2026-2030 sera annoncé en mai. Ce document, élaboré avec les partenaires sociaux (organisations d’employeurs et syndicats de salariés) établit les axes prioritaires pour renforcer la prévention en santé dans les entreprises. Il contiendra plusieurs dizaines d’actions pour réduire les accidents du travail, développer les démarches d’amélioration de la qualité de vie et des conditions de travail ou encore renforcer le maintien en emploi.
Réduire la durée des arrêts longs
Stéphanie Rist et Jean-Pierre Farandou ont exprimé leur volonté « d’investir dans des parcours de réadaptation et de réhabilitation » pour les salariés en arrêt long. Des parcours qui restent à construire, mais qui nécessitent de « sortir des logiques de silo qui existent entre médecins libéraux, médecins conseils de l’Assurance maladie et médecins du travail », assure la ministre de la Santé. Le gouvernement s’en remet au dialogue avec les partenaires sociaux pour concevoir ces parcours.
Le dispositif expérimental SOS IJ va être progressivement généralisé à tout le territoire. Il répond en partie à cet enjeu de « sortir des logiques de silo ». Ce dispositif offre au médecin libéral un accès direct et rapide à un médecin conseil ou à un service de médecine du travail lorsqu’il en ressent le besoin (cas clinique complexe, pression du patient pour être arrêté…). « C’est un bouton d’alerte que le médecin peut utiliser pour être aidé », résume Stéphanie Rist.
Encadrement et suivi des arrêts de travail
Stéphanie Rist a confirmé la volonté d’empêcher les abus. Par exemple, un arrêt de travail prescrit en téléconsultation ne peut dépasser trois jours. La mise en place d’un formulaire Cerfa sécurisé pour la prescription, aurait contribué à une baisse de 10 % des fraudes aux indemnités au dernier trimestre 2025.
La ministre de la Santé a, par ailleurs, confirmé la publication prochaine des décrets d’application de certaines dispositions votées dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Par exemple, le décret précisant les conditions de la limitation de la durée des arrêts initiaux à un mois et à deux mois pour les renouvellements est annoncée pour juillet. Ces nouvelles règles seront appliquées à partir du 1er septembre.
Le décret fixant la durée maximale de versement des indemnités journalières pour les accidents du travail et maladies professionnelles sera publié en octobre, pour une application à partir de 2027.
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