Dirigeants : comment éviter le rush toxique de fin d’année

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Philippe Chibani-Jacquot

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Clôture des comptes, rush commercial, objectifs à boucler … avant la trêve des confiseurs il y a le pic d’activité de fin d’année. Il faut anticiper pour hiérarchiser les urgences et prévoir des périodes de récupération qui évitent les effets du rush toxique.

L’essentiel

  • Un pic d’activité n’est pas nécessairement toxique s’il est délimité dans le temps et porteur de sens.
  • L’impact du rush toxique se fait sentir sur le taux d’absentéisme et donc sur la productivité de l’entreprise.
  • Planifier l’alternance des pics d’activité, et des périodes plus reposantes pour anticiper le risque d’un rush toxique.

La fin d’année est une période aussi stimulante qu’animée dans les entreprises. Des projets aboutissent et les promesses d’une nouvelle année se font jour. Mais c’est aussi la période où tout devient urgent. Clôture comptable, finalisation du reporting, rush commercial… c’est le dernier coup d’accélérateur de l’année. Mais attention, le risque du rush toxique n’est pas loin. 

Qu’est-ce que le rush toxique ? 

« Rush toxique » est une expression utilisée dans le milieu des ressources humaines et de la prévention depuis une dizaine d’années. Le terme désigne un pic d’activité intense qui ne peut être régulé (pas d’arbitrage des urgences, ni de priorisation possible) et qui n’est pas suivi par des périodes de récupération. Le rush devient alors nocif pour la santé des salariés, aggrave le risque d’arrêt de travail et donc la performance économique de l’entreprise. 

Le rush toxique n’est pas une fatalité dès qu’un pic d’activité se présente. « Relever des défis peut être un bienfait pour notre santé mentale, explique Camy Puech, psychologue du travail et fondateur de Qualisocial. La surcharge de travail nous amène à un dépassement de soi dont on pourra être fier. » Il ajoute : « La question est de savoir comment chacun perçoit la surcharge à laquelle il doit faire face. Pour être positif, il faut que le dépassement satisfasse un autre besoin majeur : donner du sens à ce que l’on fait. »

Quand l’urgence devient permanente

Françoise François, psychologue du travail, a fondé la Maison souffrance et travail 78 qui affiche 8000 consultations en moyenne par an. Elle relève « une recrudescence systématique des consultations sur le mois de décembre ». « Nous recevons des personnes en pré burn-out, parce qu’elles cumulent la fatigue de l’année et la surcharge de cette période particulière. Il faut prendre des décisions rapides et efficaces, répondre à toutes les urgences et tout cela va être noté. » Ces patients travaillent souvent dans « des entreprises qui sont à la peine. La surcharge permanente a déjà usé les équipes et ceux qui ne sont pas en arrêt cumulent le travail de plusieurs », explique-t-elle. « On se dit que le pic de décembre est normal, qu’on se reposera pendant les vacances, mais elles ne suffiront pas à se réparer, décrit Françoise François. C’est cette surchauffe qui n’est pas normale. Il ne faut pas que le rush de janvier succède au rush de décembre. » 

Comment distinguer le pic d’activité acceptable du rush toxique ?

Pour distinguer le pic d’activité supportable du rush toxique, Camy Puech, propose de répondre à trois questions : 

1. Le pic d’activité a-t-il un début et une fin bien délimités ?

2. Existe-t-il une période d’activité normale entre deux pics d’activité ? 

3. Peut-on établir clairement le sens que l’on donne au rush ?

Si la réponse est « oui » aux trois questions, alors le risque est contenu. « Un sportif sait qu’après une compétition, il faut une période de récupération. La question du temps de récupération est déterminante. »

Comment anticiper le rush toxique ?

Face à cette tendance, la première démarche pour se prémunir des effets du rush toxique est de « réaliser une évaluation de son modèle d’entreprise. S’il passe par une culture de l’urgence permanente, du rush chronique, il faut restructurer le modèle car, quoiqu’il en soit, il n’est pas viable », relève Camy Puech. 

Pas si simple. Les premiers résultats de l’Enquête européenne sur les conditions de travail (EWCS 2024), publiés en septembre dernier, confirment « une intensification du travail » à l’échelle européenne. Une nouveauté : « Les femmes sont désormais plus nombreuses à déclarer des niveaux élevés d’intensité au travail. »

« Le principe même de faire face à des tensions, d’être en situation de "crise" , fait passer l’idée que, pour un temps, il faut en faire plus avec moins. Mais si les pics d’activité s’enchaînent, sans possibilité de récupération, la crise n’a plus de fin.  Dans ce cas, le dirigeant doit en prendre conscience et planifier le repos », explique le psychologue du travail. Planifier le repos consiste à prévoir des périodes de calme dans l’activité « tout comme on planifie les projets, les moments conviviaux, les séminaires », ajoute Camy Puech.

Observer les signaux d’alerte

Pour Françoise François, l’observation des signaux d’alerte s’applique autant à soi (que l’on soit salarié ou dirigeant), que par l’attention portée aux autres. « On arrive plus tôt et on repart plus tard que d’habitude. On ne fait plus de pause. On dort mal. On cherche ses mots, ou bien on ne termine plus ses phrases » liste, entre autre, la psychologue.

Pour réagir, elle prône la « bienveillance, évidemment, mais il faut aussi savoir se regarder au travail et pouvoir dire à son chef qu’on est en surchauffe. Ça ne devrait pas poser de problème et cela devrait ouvrir la voie à revoir la planification du travail.  Se fixer des petites pauses, par exemple, pour qu’au retour, on puisse être un peu plus réfléchi. »

Des indicateurs à suivre

Camy Puech apporte d’autres outils de détection utiles au dirigeant.

Tableau des congés : Commencez par regarder le volume de congés disponibles. Un salarié qui ne les prend pas est dans une logique du « quand ce sera possible ». C’est un indicateur de déséquilibre.  

Surveiller le volume horaire : « Si en période dite normale un salarié commence à 8 heures et finit à 20 heures, il n’a déjà plus de marge en cas de pic », relève-t-il. 

Le fonctionnement en clan : « Quand les salariés travaillent, sortent ensemble, font du sport ensemble, cela peut être très positif. Mais la durabilité d’une personne tient aussi au fait d’avoir différentes passions, différents cercles sociaux. Ceux qui tiennent mieux durant des moments difficiles sont ceux qui ne sont pas refermés sur un seul clan et continuent à faire coexister cercle amical, professionnel et familial. »

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