« Le stress, c’est mauvais pour la santé »
Vrai et faux. Tout d’abord, qu’est-ce que le stress ? Apparu dans les années 1930, ce concept a été défini pour la première fois par Hans Selye. Cet endocrinologue autrichien le décrit alors comme « une réponse non spécifique du corps à toute demande qui lui est faite ».
Selon Philippe Rodet, ancien médecin urgentiste devenu spécialiste du stress au travail (1), cette définition est toujours valable. « Que la source du stress soit physique, chimique ou psychique (bruit, pollution, inquiétude liée au travail…), le corps réagit dans tous les cas en libérant les mêmes hormones », explique-t-il. Parmi ces hormones : l’adrénaline, la noradrénaline, le cortisol et l’aldostérone. « Quand elles sont libérées de façon chronique, c’est problématique, car elles sont assez agressives pour notre organisme, poursuit Philippe Rodet. Le stress libère par ailleurs deux autres hormones, les endorphines et l’ocytocine qui sont, elles, plus protectrices pour l’organisme, mais moins puissantes que les premières. »
Réaction d’adaptation à l’environnement, le stress peut s’avérer vital quand il s’agit d’éviter un danger immédiat, en voiture par exemple. On parle alors de « stress aigu ». En revanche, « l’hyper-stress, qui est un état de stress intense et chronique, représente un facteur de risque pour la santé de l’individu », souligne Jérôme Hoessler, psychologue clinicien spécialisé dans les pathologies liées au travail. « Les manifestations d’un stress chronique varient selon les personnes », précise-t-il. Celles-ci peuvent se traduire par une perte ou une prise de poids, des troubles du sommeil, la consommation accrue de certaines substances (café, tabac, alcool, médicaments), un repli sur soi, une impatience excessive, des maladies physiques (problèmes musculosquelettiques ou cardiovasculaires) ou psychiques (symptômes dépressifs ou anxieux).
C’est là l’une des caractéristiques fondamentales du stress : nous sommes inégaux devant le stress, chacun le vit et le supporte différemment. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut apprendre à mieux le gérer (voir ci-dessous « Cinq conseils pour se protéger du stress »).
« Le stress au travail, c’est inévitable »
Vrai, mais… Le stress est une réaction physiologique qui nous aide à faire face aux imprévus et aux difficultés de l’existence. A ce titre, il est aussi inévitable dans la vie privée que dans le travail. « On parle de stress au travail quand une personne ressent un déséquilibre entre ce qu’on lui demande de faire dans le cadre professionnel et les ressources dont elle dispose pour y répondre », indique l’Institut national de santé et sécurité au travail (INRS).
S’il est normal de le ressentir de façon ponctuelle, lors d’une prise de parole ou d’un changement de poste par exemple, le stress au travail devient problématique lorsqu’il s’installe de façon chronique. S’il est dommageable pour la santé des salariés, il l’est aussi pour la santé économique de l’entreprise. Comme l’ensemble des risques psychosociaux auxquels il appartient (2), il peut se traduire par de l’absentéisme, du turn-over (3) et une dégradation de l’ambiance de travail.
Quel est l’état des lieux en France en matière de stress au travail ? Il existe peu de statistiques officielles, car relier une maladie professionnelle à un risque psychosocial est compliqué. Mais régulièrement, des sondages témoignent de l’ampleur du phénomène. Ainsi, selon l’Observatoire 2023 de la Mutualité française sur la santé au travail, 76 % des actifs citent le stress comme l’un des problèmes les plus fréquemment rencontrés dans le cadre professionnel, avec la fatigue (84 %) et la perte de motivation (72 %).
5 conseils pour se protéger du stress
Pour mieux gérer son stress, le médecin Philippe Rodet partage la recette suivante à appliquer au quotidien. « Je la suis moi-même chaque jour. Elle contribue notamment à freiner la sécrétion des hormones "agressives" du stress ».
- Marcher 30 minutes, dont 10 minutes de marche rapide.
- Monter au moins 21 marches.
- Privilégier une alimentation saine, qui fait la part belle aux anti-oxydants : melon, tomate, fruits rouges, agrumes, papaye…
- Tenir chaque soir un carnet : tracer une colonne, mettre d’un côté ce qui s’est mal passé dans la journée, et de l’autre, trois choses (même infimes) qui se sont bien passées et y penser lorsqu’on se couche. « Cela permet de s’endormir dans un état d’esprit plus positif. »
- Au dos du même carnet, noter les « petits succès », obtenus grâce à une action personnelle. « Cela n’arrive pas tous les jours, mais les écrire et les relire de temps en temps aide à développer ce qu’on appelle le sentiment d’efficacité personnelle, qui contribue à réduire les effets du stress. »
« C’est à mon entreprise d’agir contre le stress au travail »
Vrai, mais… Selon le Code du travail (article L. 4121-1), l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés. Autrement dit, il doit créer les conditions de travail qui doivent permettre à chacun de bien exercer ses missions.
Compte tenu de l’ampleur du stress au travail, « de plus en plus d’entreprises s’emparent du sujet, estime le psychologue Jérôme Hoessler, qui intervient dans le cadre de formations auprès des dirigeants et salariés. L’employeur ne doit pas s’arrêter à des sensibilisations ou des formations ponctuelles, mais doit actionner différents dispositifs, tout au long de l’année, et sur le long terme. » Mais les entreprises ont encore visiblement du chemin à parcourir. Selon une étude 2024 de la DARES, « en moyenne sur l’ensemble des salariés, [les risques physiques et les risques psychosociaux] sont aussi fréquents l’un que l’autre mais les employeurs font plus souvent la prévention des risques physiques (52 %) que psychosociaux (33 %) ».
Intervenant lui aussi auprès d’entreprises, le médecin Philippe Rodet a fait du « management bienveillant » son credo.
Selon lui, le monde du travail en France est marqué par « un haut niveau de stress et un bas niveau de motivation, avec 7 % des actifs seulement qui se disent engagés dans leur travail (4). Aussi, pour un manager, prendre le temps d’expliquer le sens des missions, donner de l’autonomie, instaurer de la confiance, ce ne sera jamais du temps perdu. »
Toutefois, il ne s’agit pas de tout faire reposer sur les managers, en particulier ceux de proximité. « Il ne suffit pas de former les managers à la prévention des risques psychosociaux ou à l'animation du dialogue sur le travail, prévient Nicolas Catel, chargé de mission à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT). Il faut que l’entreprise dans son ensemble soit prête à entendre ce que ces formations et espaces de discussions sur le travail font ressortir. Sinon, attention aux risques de déception ! Par ailleurs, les managers de proximité, souvent placés entre le marteau et l’enclume, sont eux-mêmes particulièrement soumis au stress… »
« Je ne peux pas faire grand-chose contre mon stress »
Faux. Lorsqu’on se sent stressé de façon chronique au travail, il faut agir. Le réflexe le plus logique est d’en parler à son manager. « Tout dépend du contexte de l’entreprise, indique Nicolas Catel, de l’ANACT. Mais lorsque l'organisation le permet, le plus simple est effectivement d’en parler, en veillant à rester autant que possible dans le champ du travail et en se concentrant sur cette question : dans l’organisation actuelle, qu’est ce qui fait que je me sens stressé et que je n’arrive pas, selon moi, à faire mon travail dans de bonnes conditions ? Il peut s’agir un problème de matériel, de formation, de désignation de deux personnes pour une même tâche, etc.
À travers ce dialogue avec son manager et son collectif de travail, il s’agit de repérer et d'analyser ce qui met sous tension pour envisager ensemble des solutions. Le fait d'aboutir à des actions concrètes et partagées peut générer un cercle vertueux et plus d’engagement ».
De son côté, le psychologue Jérôme Hoessler estime qu’en matière de gestion de stress au travail, entreprise et salarié partagent une co-responsabilité. « Certes, l’employeur joue un rôle important, mais le collaborateur ne doit pas tout attendre de son entreprise, affirme-t-il. Chacun de nous peut apprendre à mieux réguler ses émotions et à mieux faire face aux petites ou grandes adversités. De nombreux outils, pratiques ou habitudes de vie peuvent nous y aider : la méditation, l’activité physique, le fait de cultiver des relations sociales de qualité, ou encore l’acquisition de techniques d’affirmation de soi qui aident à exprimer clairement ses limites et ses besoins. Ces compétences relationnelles sont essentielles dans le monde du travail. »
(1) Philippe Rodet est également l’auteur de plusieurs livres sur le stress au travail. Le plus récent : « La bienveillance, source d’espérance », février 2024, éditions Eyrolles. Sur son site internet, une revue de presse recense d’intéressants articles sur ce thème.
(2) Les risques psychosociaux (RPS) correspondent à des situations de travail où sont présents, combinés ou non : du stress ; des violences internes commises au sein de l’entreprise par des salariés ; des violences externes commises sur des salariés par des personnes externes à l’entreprise. Source : INRS.
(3) Le turn-over désigne le renouvellement du personnel dans une entreprise.
(4) State of the Global Workplace, 2024 Report, Gallup. Dans cette étude, avec 7 % de salariés se déclarant engagés dans leur travail, la France arrive à la dernière place européenne. Par ailleurs, 37 % des salariés français interrogés indiquent se sentir stressés au quotidien. Ce niveau s’inscrit dans la moyenne européenne.
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