Pourquoi les facteurs psychosociaux favorisent-ils aussi les troubles musculosquelettiques ?
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- L’apparition d’un trouble musculosquelettique (TMS) associe le plus souvent un facteur lié aux contraintes physiques du travail et un facteur psychosocial (stress, perte de sens, charge de travail…)
- Le facteur psychosocial favorise les évolutions vers des TMS chroniques, s’il n’est pas traité
- Agir sur l’organisation du travail aide à réduire le facteur de TMS.
Les troubles musculosquelettiques (TMS) ne touchent pas seulement les manutentionnaires ou les ouvriers. Ils concernent aussi des salariés qui travaillent devant un ordinateur toute la journée. Pourquoi ? Parce que les contraintes physiques n'expliquent plus, à elles seules, l'apparition de ces pathologies. « Qui n’a pas déjà ressenti, devant son ordinateur, des tensions dans la nuque, sans exposition physique particulière ? », questionne Clément Duret, chef d’unité du service de pathologies professionnelles de l’hôpital de Garches. Le stress, la charge mentale ou encore l'organisation du travail jouent également un rôle déterminant.
Pourquoi la santé mentale est-elle aussi un facteur de risque ?
Depuis une vingtaine d'années, les travaux de recherche montrent que les facteurs psychosociaux participent, eux aussi, à l'apparition des TMS. Charge de travail élevée, manque d'autonomie ou perte de sens interagissent avec les contraintes physiques et augmentent le risque de développer ces pathologies. « Il y a toujours un facteur biomécanique (port de charge, gestes répétitifs…) quand il y a TMS, explique Alexis Descatha, médecin du travail au CHU d’Angers et chercheur à l’Inserm. Mais il peut, lui-même, être déterminé par d’autres facteurs qu’il faut caractériser ». Lors du diagnostic, il ne suffit donc pas d'identifier la cause immédiate de la lésion. Il faut également rechercher ce qui a conduit à cette situation.
Comment le stress favorise les troubles musculosquelettiques
Le stress a deux impacts sur les TMS :
- Le premier est un effet sur la qualité de nos mouvements. « Si vous travaillez en augmentant la cadence, mais aussi sous tension psychologique, vous travaillez avec plus de crispation », résume Clément Duret. Cette crispation permanente augmente les contraintes exercées sur les muscles, les tendons et les articulations. Autrement dit, le facteur psychosocial influe de manière incidente sur le déclenchement du trouble musculosquelettique.
- Le second a une influence directe sur l’inflammation chronique car « Les RPS favorisent les mécanismes inflammatoires, eux même lié aux TMS », ajoute le médecin.
À retenir : qu'est-ce qu'un TMS ?
Les troubles musculosquelettiques (TMS) regroupent des atteintes des tendons, muscles, articulations ou nerfs, liées en partie au travail. Ils touchent notamment l'épaule, le coude, le poignet, la main, mais aussi le rachis, c'est-à-dire la colonne vertébrale. Les TMS représentent près de 9 cas sur 10 des maladies professionnelles reconnues chaque année en France. De l’agriculture au travail de bureau en passant par la logistique et l’industrie, la plupart des secteurs d’activité sont concernés.
Pourquoi les facteurs psychosociaux favorisent les TMS chroniques
Le rôle du stress ne s'arrête pourtant pas à l’apparition du trouble musculosquelettique. Les recherches montrent qu'il influence également son évolution, une fois la douleur installée. Alexis Descatha prend l’exemple d’un patient soigné pour une lombalgie : « Si vous avez de bonnes conditions de travail, des collègues vous aident, vous pouvez reprendre le travail après le traitement et tout devrait bien se passer. Mais si votre hiérarchie ne vous soutient pas ou que les sources de stress existent toujours, alors vous êtes dans la situation pour rendre vos douleurs chroniques en revenant au travail. »
Les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) identifient plusieurs facteurs qui augmentent le risque de chronicisation d'une lombalgie. Parmi eux figurent notamment :
- Les indicateurs psychosociaux : dépression, rapport à la douleur, RPS liés au travail
- Les facteurs liés aux représentations perçues du travail et de l’environnement par le travailleur : charge physique élevée, manque d’autonomie, manque de soutien social…
Ces facteurs doivent être évalués par le médecin afin d’affiner la prise en charge du patient. Cela augmentera les chances de guérison totale et écartera le risque de désinsertion professionnelle.
Prévenir les troubles musculosquelettiques pour en limiter le coût social et économique
Le coût de la prise en charge des TMS est très élevé. Plus de 40 000 nouveaux cas sont déclarés maladie professionnelle chaque année. 20 % des accidents du travail sont liés à des problèmes de dos (lombalgies) et un sur deux sont liés à des ports de charge manuels. Les TMS et les lombalgies reconnues au titre des accidents du travail occasionnent plus de 20 millions de journées perdues, selon l’Assurance maladie - Risques professionnels.
Pour les entreprises, agir sur les causes liées au travail reste le levier le plus efficace. Cette prévention primaire évite des arrêts de travail, les formes chroniques et limite les risques d'inaptitude et de perte de compétences. « Les chariots élévateurs ont déjà profondément transformé la prévention des TMS, explique Clément Duret. D'autres innovations restent à inventer. Mais il faut aussi agir sur l'organisation du travail : diversifier les tâches, éviter des cadences trop contraintes et redonner davantage de marges de manœuvre aux salariés. »
Prévenir les TMS : un rôle partagé par toute l'entreprise
Pour Alexis Descatha, un TMS ne concerne jamais uniquement le salarié qui souffre. C'est aussi une information précieuse sur le fonctionnement de l'entreprise. Chaque nouveau cas doit conduire à se poser quatre questions :
- Comment aider ce salarié qui développe des douleurs chroniques ? « En s’adressant à la cellule Prévention de la désinsertion professionnelle, de son service de prévention et de santé au travail. Ces cellules PDP regroupent différents professionnels (médecin, ergonome, assistant social) qui envisagent toutes les solutions pour sécuriser le maintien en emploi. De l’adaptation du poste à la reconversion professionnelle.
- D’autres salariés sont-ils exposés ? L’entreprise a tout intérêt à « détecter chez les collègues assurant les mêmes tâches, si l’un ou l’autre n’est pas atteint ». Cette détection précoce (on parle de prévention secondaire) peut éviter aux équipes de subir une réelle épidémie de TMS.
- Que révèle ce TMS sur notre organisation ? On retrouve là le levier de la prévention primaire. En agissant sur l’organisation du travail, l’entreprise préserve la santé mentale et physique des salariés, même des plus jeunes. Elle réduit le risque professionnel à la source.
- Les salariés adoptent-ils les bons comportements ? Respecter les consignes de prévention, signaler rapidement les douleurs et participer aux démarches de prévention. « Cela fait partie des obligations des salariés que de respecter les consignes de prévention », rappelle le professeur d’université. Cela inclut de suivre les formations proposées, participer aux démarches de prévention et signaler rapidement les douleurs à un médecin du travail, si elles apparaissent.
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