Sport et santé en entreprise : vers une nouvelle économie du bien-être ?

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Didier Le Gorrec

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Sport et santé en entreprise : vers une nouvelle économie du bien-être ?
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L’activité physique et sportive joue aujourd’hui un rôle déterminant pour la santé publique. En partenariat avec les complémentaires santé, les entreprises occupent une place centrale dans ce combat en faveur du sport santé.

Bien plus qu’une mode passagère, c’est un véritable phénomène : le marché mondial du bien-être pèse aujourd’hui plus de 5 150 milliards d’euros et progresse de 8 à 10 % chaque année (1). Une tendance marquante, à laquelle le salon BIG (organisé par Bpifrance) a souhaité dédier en octobre 2025 une table ronde. Sébastien Bequart, fondateur d’Egym Wellpass (qui propose un abonnement sport et bien-être aux entreprises pour leurs salariés), Bérénice Marmonnier, fondatrice d’EXO (plateforme numérique dédiée à la pratique sportive) ainsi que Mounir Benchanaa, directeur régional d’Harmonie Mutuelle, y ont participé. Catherine Touvrey, directrice générale d’Harmonie Mutuelle a contribué à d’autres prises de parole lors de ce salon. Constat unanime des intervenants : en France, cette dynamique du bien-être se traduit par l’explosion du nombre de salles de sport (en l’occurrence +10 % par an depuis 2021(2)). Parmi les facteurs qui expliquent cet essor : la pratique du sport en tant que salarié. Un usage renforcé par un texte de loi de décembre 2020 qui introduit la possibilité d’une exonération des cotisations sociales pour les avantages liés au sport en entreprise (3). Cette incitation légale marque un véritable tournant. Comme le souligne Sébastien Bequart, « il y a dix ans, un DRH nous aurait dit que le sport ne relevait pas de son domaine. Aujourd’hui, 2 000 entreprises clientes plus tard, le changement d’état d’esprit est profond ».

Inciter et fidéliser à la pratique sportive 

Mais ce mouvement se heurte à un paradoxe : selon Sébastien Bequart, 70 % des abonnés à une salle de sport résilient leur contrat chaque année, faute de motivation durable. Le défi n’est donc plus seulement d’inciter à la pratique, mais de fidéliser les pratiquants. C’est sur ce terrain que la « gamification » (utilisation des mécanismes du jeu) constitue une réponse innovante. Bérénice Marmonnier en a fait le cœur de sa stratégie. « Nous récompensons chaque séance, créons des classements, des défis et une communauté, détaille-t-elle. On reste motivé parce que le jeu parle à tout le monde. » Et ça marche : l’application compte déjà 600 salles partenaires et 100 000 utilisateurs en France, Suisse et Belgique.

Le sport-santé, un levier de prévention 

Au-delà de la motivation individuelle, le sport devient aussi un enjeu collectif et économique. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’inactivité physique coûte 54 milliards d’euros par an dans le monde. La pratique du sport, ou du sport-santé, au titre de la prévention pourrait clairement contribuer à endiguer cette tendance. « Notre système de santé, à bout de souffle, consacre seulement 2 % de ses dépenses à la prévention, alerte Mounir Benchanaa. Il faut basculer vers un modèle qui reconnaisse le sport comme un déterminant majeur de santé. »
C’est tout le sens du mouvement d’Eco-santé lancé par Harmonie Mutuelle : « agir plus tôt, plus vite et autrement pour prendre soin de sa santé », en tissant des partenariats entre complémentaires santé, entreprises, branches professionnelles et acteurs du sport. L’idée : inscrire la prévention dans le quotidien des salariés via des « rituels » (séances collectives, “Health Day” annuel, coaching digital). « À travers ce mouvement de l’Eco-santé, nous souhaitons miser sur le triptyque "éviter, atténuer, compenser" en accompagnant nos premiers partenaires, en l’occurrence les entreprises », confie Catherine Touvrey. Atténuer, par exemple, passe par le développement de réflexes prévention auprès des salariés grâce à l’intervention de l’employeur, en particulier sur l’activité physique ou la nutrition.

Rattraper le retard français 

Reste à mesurer les retombées économiques d’une telle démarche. Les entreprises réclament souvent un ROI (retour sur investissement) précis, mais la valeur du bien-être se calcule-t-elle toujours en euros ? Pour Sébastien Bequart la réponse est non. Le co-fondateur de Egym Wellpass préfère parler de ROE, (« retour sur engagement »). En effet, une approche de prévention peut ne pas rapporter de bénéfices mais éviter des coûts futurs. Une analyse que partage Mounir Benchanaa : « Pour un euro investi dans la prévention, le retour est de deux à quatre euros en coûts évités. » La comparaison européenne révèle aussi le retard français en la matière. « En Allemagne, l’incitation fiscale pour le sport en entreprise est cinq fois plus élevée, et 30 % des salariés pratiquent une activité physique régulière grâce à leur employeur, poursuit Sébastien Bequart. Si j’avais une baguette magique, j’alignerais la France sur ce modèle. » De son côté, Bérénice Marmonnier plaide pour « plus d’investissements dans la Sport Tech ». Son souhait rejoint celui de Catherine Touvrey : que l’activité physique et sportive puisse être considérée comme un investissement durable au service à la fois de la santé et de l’économie.

(1)    Source : Global Wellness Institute 2023.
(2)    Source : Index Presse – Delphes, étude Fitness France 2023. Par ailleurs, selon une étude 2024 Ipsos- Fédération française d’éducation physique et de gymnastique volontaire (FFEPGV), plus de 2 Français sur 3 (68 %) pratiquent une activité sportive. Une augmentation de 14 points en 12 ans. 
(3)    Loi n° 2020 1576 du 14 décembre 2020 de financement de la sécurité sociale pour 2021, article 18.

Rédigé par

  • Didier Le Gorrec

    Journaliste spécialisé dans les sujets mutualistes et ESS ainsi que dans les problématiques liées à la prévoyance.

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