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Troubles musculosquelettiques : comment les prévenir et les traiter ?

Publié le

Par Émilie Gilmer

Les troubles musculosquelettiques, aussi appelés TMS, sont aujourd’hui la première cause de maladie professionnelle en France. Un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée peuvent pourtant en réduire les conséquences.

Troubles musculosquelettiques : comment les prévenir et les traiter ?
Pour prévenir les troubles musculosquelettiques au travail, adoptez des équipements ergonomiques : chaise de bureau adaptée, bureau assis-debout, souris ergonomique et support d’ordinateur portable. © HarmonieSante

Qu’est-ce qu’un trouble musculosquelettique ?

« Un trouble musculosquelettique se manifeste par des douleurs au niveau des muscles, des articulations ou des tendons, explique le Dr Florian Bailly, rhumatologue et médecin de la douleur au sein de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. Il s’agit d’un terme générique qui englobe différentes affections : les lombalgies (douleurs au niveau du bas du dos), les cervicalgies (douleurs au niveau du cou), les tendinites des épaules, des coudes ou du genou. » On compte aussi parmi les TMS le syndrome du canal carpien, c’est-à-dire la compression du nerf médian au niveau du poignet.

Ces troubles sont en augmentation ces dernières années : selon une enquête récente de l’IFOP (1), la proportion de salariés souffrant d’au moins un trouble musculosquelettique a progressé sensiblement entre 2010 (72 %) et 2022 (86 %).

Le mal de dos reste le trouble le plus répandu (69 %), devant les douleurs liées à la nuque (58 %) et au genou (38 %). Une progression qui serait la conséquence, selon les spécialistes, d’une sédentarité croissante, notamment avec le développement massif du télétravail depuis la crise sanitaire.

Quelles sont les causes des troubles musculosquelettiques ?

Ils sont parfois favorisés par des gestes répétitifs, des efforts excessifs, des postures inconfortables ou maintenues durant de longues périodes, mais ils sont avant tout multifactoriels ! « Le mal de dos n’est pas, comme beaucoup de personnes le pensent, juste une question de "mauvaise position" ou de "dos pas musclé" mais la plupart du temps, il y a d’autres éléments qui entrent en ligne de compte : le stress, le manque de sommeil, des relations de travail délétères, etc. », souligne le Dr Florian Bailly. Le cumul de ces facteurs favorise l’apparition des douleurs mais surtout leur persistance dans le temps et leur dimension invalidante.

Tous les secteurs d’activité sont aujourd’hui concernés mais certains d’entre eux demeurent plus à risque que les autres du fait de la pénibilité du travail. « Le soin et le service à la personne exposent les salariés à des efforts excessifs, remarque Corentin Chasles (2), responsable santé et sécurité au travail au sein d’une entreprise d’agroalimentaire et formateur durant cinq années sur la problématique des TMS. Le fait, par exemple, de devoir mobiliser des patients dépendants, en surpoids, parfois dans des conditions de travail dégradées (en sous-effectif). L’industrie manufacturière et le BTP-construction sont aussi des secteurs concernés avec le port de charge, l’utilisation d’outils vibrants et un environnement de travail spécifique (souvent en extérieur) qui rend les solutions ergonomiques difficiles à mettre en œuvre. »

Quels sont les autres facteurs de risque d’apparition des TMS ?

Au-delà des contraintes mécaniques, trois types de facteurs ont été identifiés.

▪ Les facteurs personnels. Les femmes sont davantage touchées que les hommes. Selon le baromètre de Santé publique France 2021, trois femmes sur cinq et un homme sur deux déclarent des douleurs liées aux TMS. Par ailleurs, la tranche d’âge des 40-50 ans est particulièrement concernée, avec un pic autour de 50 ans pour le mal de dos. « Il existe aussi un facteur génétique, indique Corentin Chasles, responsable santé et sécurité au travail. L’état de santé général compte également : un individu qui a une masse musculaire faible parce qu’il pratique peu d’activité physique est davantage exposé. »

▪ Les facteurs psycho-sociaux. « Le stress, une mauvaise ambiance de travail ou des relations conflictuelles avec sa hiérarchie, une charge de travail trop importante ou une organisation défaillante sont des facteurs de risque clairement identifiés, ajoute l’expert. Plus globalement, le manque de considération dans le travail et/ou une rémunération jugée trop basse peuvent aussi compter dans le développement des TMS. »

L'environnement de travail. « On sait que les salariés qui travaillent dans le froid sont plus à risque, de même que ceux qui souffrent d’un manque de lumière, remarque Corentin Chasles. Un éclairage insuffisant peut en effet entraîner des postures inconfortables et une fatigue chronique. »

Comment prévenir les troubles musculosquelettiques ?

« La première recommandation est d'être au maximum acteur de sa santé, en préservant son capital santé, note Corentin Chasles, responsable santé et sécurité au travail au sein d’une entreprise d’agroalimentaire. Il s’agit notamment d’avoir une bonne hygiène de vie (alimentation, sommeil, etc.) et une activité physique régulière (au moins trente minutes par jour de marche à pied, de vélo ou d’une autre activité qui nous fait plaisir). »

Dans le cadre professionnel, il est judicieux d’entamer un dialogue avec sa hiérarchie pour envisager un aménagement du poste de travail. L’objectif sera de limiter certains gestes ou de modifier certaines postures inconfortables. « Il ne faut pas hésiter à proposer des idées afin que l’employeur prenne ses responsabilités en lançant pourquoi pas une étude ergonomique en lien avec la médecine du travail », suggère Corentin Chasles.

Rappelons que les entreprises ont intérêt à prendre cette problématique en charge, afin de lutter contre l’absentéisme et le turn-over qu’elle engendre. Selon Santé publique France, les TMS constituent aujourd’hui la première cause de journées de travail perdues du fait des arrêts de travail.

Quels sont les signes d’apparition des TMS ?

Une douleur localisée qui persiste dans le temps doit amener à consulter. « Ce n’est pas tant l’intensité de la douleur qui compte (on peut avoir une douleur vive qui disparaît au bout de quelques jours) mais plutôt son retentissement sur la vie quotidienne, explique le Dr Florian Bailly, rhumatologue. Autrement dit, sa capacité à compromettre les activités habituelles (faire les courses, s’adonner à son loisir habituel, etc.) et/ou professionnelles. »

Comment traiter les troubles musculosquelettiques ?

Les TMS appellent en général une prise en charge multidisciplinaire. Le médecin traitant agit, par exemple, sur le traitement de la douleur : la prise d’antalgiques ou d’anti-inflammatoires si nécessaire. Il a aussi un rôle de coordinateur, afin d’orienter le patient vers d’autres spécialistes.

Le kinésithérapeute propose une rééducation, qui associe bien souvent des massages, de la physiothérapie (ultrasons, électrothérapie) et du renforcement musculaire. Dans certains cas, le rhumatologue peut aussi être sollicité pour guider la rééducation ou effectuer une infiltration de corticoïdes dans l’articulation touchée, ce qui en réduira l’inflammation. Enfin, une prise en charge psychologique peut aussi être engagée si une souffrance psychique est identifiée. 

« L’un des éléments cruciaux du traitement des TMS est également la reprise d’une activité physique de manière progressive et fractionnée, indique le Dr Florian Bailly, rhumatologue. Un conseil : ne surtout pas attendre que la douleur ait disparu pour se remettre en mouvement, car l’immobilisme a tendance à accentuer la douleur, de même que la peur de faire tel ou tel geste. Par ailleurs, même si l’activité physique que l’on choisit n’agit pas directement sur la zone douloureuse, elle est forcément bénéfique ! »

Travail sur écran, télétravail… Quels outils pour prévenir les troubles musculo-squelettiques ?

▪ La chaise de bureau ergonomique. Grâce à de multiples réglages, elle s’adapte à la morphologie de la personne.
▪ Les bureaux assis-debout. Ils créent du mouvement au fil de la journée en permettant d’alterner les positions assise et debout. 
▪ La souris d’ordinateur ergonomique. En maintenant l’alignement de l’avant-bras et de la main dans une position naturelle (c’est-à-dire verticale), elle réduit les rotations nocives notamment pour le coude.
▪ le support d’ordinateur portable. Il permet de surélever l’ordinateur de sorte que l’écran se situe au niveau des yeux, ce qui évite d’incliner la tête.

(1)    « Allô, Patron bobo… ». Étude Ifop pour Percko, réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 6 au 8 décembre 2022 auprès d’un échantillon de 1 004 personnes, représentatif des salariés français.
(2)    Auteur de « Mouvements répétitifs, posture au travail… Vaincre les TMS » éd. In Press, mai 2024.

Commentaires

Très intéressant. Je suis concernée et ce n'est pas facile tous les jours.
Merci pour ces informations. Maryline
Il est très important que le poste de travail soit bien adapté à la morphologie de l'individu. L'idéal c'est d'avoir recours à un spécialiste en ergonomie. Il est parfois nécessaire d'investir dans des équipements afin d'avoir un poste parfaitement adapté. Il y va de la santé de la personne. Tout le monde s'y retrouve dans cette approche : le salarié , l'employeur et la sécurité sociale. Il est bien dommage que cette vision des conditions de travail soit souvent négligée. Philippe
Bonjour,
En tant que conducteur de bus, j’observe que les troubles musculosquelettiques sont fréquents dans notre profession, ainsi que dans d’autres secteurs du transport. Un article consacré aux spécificités de ce domaine serait donc particulièrement pertinent. Par exemple, un conducteur de bus urbain passe en moyenne six heures, voire plus, par jour au volant, répétant des gestes tels que tourner le volant, accélérer et freiner. Tout cela en restant assis au poste de conduite, dont le réglage optimal est essentiel pour prévenir ces troubles. Frédéric

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