Prothèse capillaire : tout savoir pour faire le bon choix
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Quelles sont les différentes causes d’une chute de cheveux ?
La chute de cheveux peut avoir diverses origines. « Elle peut être passagère, en lien par exemple avec une perte de poids ou une forte fièvre, observe le Dr Philippe Assouly, dermatologue et spécialiste des cheveux au centre Sabouraud de l'hôpital Saint-Louis, à Paris. Elle peut aussi s’installer dans le temps, notamment lorsqu’elle est liée à un problème de santé sous-jacent, comme un dysfonctionnement thyroïdien. »
Certaines chutes de cheveux entraînent alors une alopécie (un manque de cheveux). Parmi les causes les plus fréquentes, notons l’alopécie androgénique, favorisée par des facteurs génétiques mais aussi hormonaux. « Elle se traduit par une masse capillaire qui diminue progressivement sur le sommet du crâne, aussi bien chez les hommes que chez les femmes », précise l’expert. Dans sa forme la plus sévère, les cheveux sont transformés en duvet au sommet du crâne.
La pelade fait aussi partie des grandes causes d’alopécie. « Cette maladie auto-immune provoque l’apparition de plaques sans cheveux ou, parfois, une atteinte plus diffuse qui touche l'ensemble du crâne, voire l'ensemble de la pilosité », explique le Dr Philippe Assouly. D’autres types d’alopécies sont liés à des maladies inflammatoires comme le lupus (1) ou la folliculite décalvante (2).
Il est à noter que la majorité des pertes de cheveux sont réversibles. La chimiothérapie, par exemple, destinée à traiter un cancer, déclenche une alopécie chez la plupart des patients, sauf si un casque réfrigérant peut être porté pendant les séances. Dans la majorité des cas néanmoins, cette chute est temporaire : les cheveux repoussent dans les semaines ou les mois consécutifs à son arrêt.
Dans quel cas la prothèse capillaire est-elle recommandée ?
La prothèse capillaire, dénommée aussi perruque, est prescrite pour « des adultes ou des enfants qui ont perdu leurs cheveux de manière temporaire ou définitive, partielle ou totale, suite à une maladie ou à son traitement », apprend-on auprès de l’Assurance maladie.
Cette décision revient au professionnel de santé, qui évalue si une prothèse peut être justifiée, en accord avec le patient. Elle repose sur plusieurs éléments. « Si la perte de cheveux est prévisible, comme dans le cas d’une chimiothérapie, l’oncologue prescrit une prothèse avant même le début du traitement, souligne Philippe Assouly, dermatologue. De même, lorsqu’une alopécie est importante, difficile à dissimuler et mal acceptée par le patient, dans le cadre par exemple d’une maladie comme la pelade, le dermatologue établit une prescription. »
Si la première ordonnance est nécessairement rédigée par un spécialiste (oncologue, dermatologue), le renouvellement (au terme de 12 mois) peut être fait par le médecin généraliste.
En quoi une prothèse capillaire améliore-t-elle la qualité de vie ?
L’achat d’une prothèse capillaire représente bien souvent un grand soulagement pour les patients et les patientes. « Une alopécie est très difficile à vivre, notamment pour les femmes, car la perte de cheveux fait peur », analyse Emmanuelle Picart, prothésiste capillaire et coiffeuse dans la Somme, engagée auprès de l'association Solidhair(3).
Dans l’imaginaire collectif, l’alopécie n’a quasiment que des représentations négatives, notamment celle de la maladie. À l’inverse, la chevelure est associée à la féminité, à la sensualité, la force. « C’est pourquoi, la prothèse capillaire est un élément extrêmement important pour gagner en qualité de vie et restaurer l’estime de soi (oser sortir de nouveau, se regarder dans le miroir, affronter le regard des autres) », souligne le dermatologue Philippe Assouly.
Comment la prothèse capillaire est-elle prise en charge ?
Jusqu’à présent, les modèles de prothèse capillaire se répartissaient en deux classes avec un remboursement qui ne pouvait concerner que celles dont le prix de vente n’excédait pas 700 euros TTC. Mais la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2026 a étendu cette prise en charge.
« Non seulement, elle améliore les critères de qualité des produits proposés, mais elle crée deux nouvelles classes, qui rendent possible un remboursement pour des modèles au-delà de 700 euros », explique Emmanuelle Picart, prothésiste capillaire et coiffeuse.
« Les nouvelles classes s’adressent en particulier à des personnes qui souffrent d’une alopécie totale, souvent durable, et qui souhaitent s’orienter vers un modèle qualitatif en cheveux naturels, précise le Dr Philippe Assouly. Jusqu’à présent, elles n’avaient droit à aucun remboursement. »
Désormais, la nouvelle classification s’articule donc autour de quatre classes :
- Classe I : prothèse en fibres synthétiques, avec une surface d’implantation manuelle d’au moins 30 cm². Son prix de vente de 350 euros TTC maximum est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie obligatoire (AMO).
- Classe II : prothèse contenant au moins 30 % de cheveux naturels ou en fibres synthétiques avec une surface implantée manuellement supérieure à 100 cm2. Son prix de vente de 700 euros TTC maximum est intégralement remboursé par l’AMO et la complémentaire santé.
- Classe III : prothèse contenant au moins 50 % de cheveux naturels, avec une surface implantée manuellement supérieure à 50 cm². Son prix de vente de 1 000 euros TTC maximum est remboursé par l’AMO à hauteur de 350 euros et le reste peut être en partie pris en charge par la complémentaire santé, selon le contrat souscrit.
- Classe IV : prothèse 100 % naturelle. Elle bénéficie elle aussi d’une prise en charge par l’AMO de 350 euros complétée éventuellement par la complémentaire santé, toujours en fonction du contrat. « La fourchette de prix pour ces modèles est très large, 1 600 à 5 000 euros, voire au-delà », précise la prothésiste Emmanuelle Picart.
Quel est le rôle du prothésiste capillaire ?
Pour être pris en charge, un premier achat doit nécessairement se faire en boutique, auprès d’un prothésiste capillaire agréé. L’Institut national du cancer (Inca) propose un moteur de recherche sur son site, afin de localiser un professionnel près de chez soi.
« Notre rôle est de nous adapter au mieux à l’attente des patients, qui sont des patientes dans l’immense majorité des cas, explique Emmanuelle Picart, prothésiste capillaire et coiffeuse. Nous les aidons à prendre des décisions : préfèrent-elles une prothèse ou un accessoire (couronne de cheveux, turban, bandeau) ? Si leur choix se porte sur une prothèse, souhaitent-elles se rapprocher de leur coupe de cheveux d’avant l’alopécie ou, au contraire, changer de style ? Notre mission est aussi de dédramatiser et de donner des informations : expliquer comment la porter, rassurer sur le fait que la prothèse ne peut ni glisser ni tomber. »
Ce premier rendez-vous dure au minimum une heure et n’entraîne pas nécessairement d’achat. « Il faut que la personne se sente en confiance, souligne l’experte. Si elle a le sentiment que la dimension commerciale prend le pas sur la dimension humaine, elle peut prendre un autre rendez-vous chez un autre professionnel. »
Comment choisir une prothèse adaptée à son visage et à son mode de vie ?
Le choix de la prothèse repose sur plusieurs critères. « Les modèles 100 % naturels conviennent plutôt à des personnes qui ont l’habitude de prendre soin de leurs cheveux, explique la prothésiste Emmanuelle Picart. Car ces prothèses demandent beaucoup d’efforts : lavages et soins réguliers suivis d’un brushing, etc. »
La question du coût reste, elle aussi, déterminante. « Si l’on sait que l’alopécie est réversible, les professionnels recommandent plutôt les fibres synthétiques car les fibres naturelles restent onéreuses », observe le Dr Philippe Assouly, dermatologue. À noter qu’un accessoire est remis avec la prothèse capillaire (généralement un bonnet pour la nuit).
Néanmoins, la sensibilité de chacun est à prendre en compte. « Pour certaines personnes, par exemple, il est inconcevable de porter du synthétique car cela va à l’encontre de leurs convictions », remarque Emmanuelle Picart.
Comment vivre cette étape le mieux possible ?
« Je dis à mes clientes que l’on n’a pas le pouvoir, certes, d’empêcher leur chute de cheveux mais que l’on a les moyens de retrouver une apparence avec laquelle elles se sentent bien », souligne la prothésiste Emmanuelle Picart. Les fabricants ont d’ailleurs réalisé d’immenses progrès en termes de qualité.
« Certaines prothèses issues d’un mélange synthétique/naturel donnent un résultat très beau, avec des nuances dans les couleurs, des effets racines, des effets méchés », poursuit la professionnelle. Ces modèles répondent ainsi à la double demande des patientes : faire oublier qu’elles portent une prothèse et les aider à vivre une vie normale.
(1) Le lupus est une maladie auto-immune qui provoque une inflammation de la peau et parfois du cuir chevelu. Dans ce cas, le lupus peut entraîner une chute de cheveux diffuse, voire ciblée (par plaques).
(2) La folliculite décalvante est une maladie inflammatoire, chronique et rare, probablement d’origine infectieuse. Elle entraîne la formation de pustules ou de croûtes sur le cuir chevelu et détruit les follicules pileux. Sans traitement, elle peut entraîner une alopécie cicatricielle (définitive) dans les zones concernées.
(3) Cette association collecte des mèches de cheveux pour les vendre à des perruquiers dans le théâtre et le cinéma. L’argent est ensuite redistribué aux personnes atteintes d’un cancer ou de pelade universelle (la forme la plus sévère de pelade) et en difficultés financières, partout en France, afin de leur offrir une prothèse de qualité.
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