Diabète : quelles sont les dernières innovations pour les patients ?
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Longtemps, vivre avec le diabète a signifié mesurer sa glycémie par des piqûres quotidiennes au bout des doigts, ainsi qu’une ou plusieurs injections d’insuline. Mais dans les 20 dernières années, de nouvelles technologies et médicaments, désormais remboursés par l’Assurance maladie, ont changé le quotidien d’une partie des 4,3 millions (1) de diabétiques français, surtout ceux touchés par le diabète de type 1.
L'insuline, le plus ancien traitement contre le diabète
Côté médicaments, à partir du début du XXe siècle, les injections d’insuline ont été le seul traitement contre le diabète. Ces injections remplacent l’insuline que certaines cellules du pancréas du diabétique ne produisent plus. Or l'insuline permet de réguler le taux de sucre dans le sang (ou glycémie).
« On sait maintenant que le pancréas n’est qu’un "intermédiaire" dans un fonctionnement plus global où le corps régule la glycémie », explique le professeur Michel Pinget, diabétologue et fondateur du Centre européen d’études sur le diabète (CEED). Le pancréas reçoit, sous forme d’hormones, des « messages » envoyés par le cerveau mais aussi par l’intestin, les muscles, pour lui commander de sécréter de l’insuline.
Des antidiabétiques moins contraignants et plus efficaces
« Les meilleurs médicaments dont on dispose aujourd’hui contre le diabète remplacent ces hormones sécrétées naturellement », souligne le Pr Michel Pinget, diabétologue. On les appelle des analogues du GLP 1. Ces antidiabétiques sont autorisés et remboursés depuis 2017 en France », ajoute Michel Pinget.
Le premier analogue, le liraglutide, réduit de près de 40 % le risque de mortalité cardiovasculaire chez les malades après cinq ans de traitement par rapport aux médicaments classiques. Depuis 2018, deux nouveaux médicaments de ce type sont disponibles : le semaglutide (vendue sous le nom d'Ozempic) et le dulaglutide (Trulicity).
L’avantage de ces nouveaux antidiabétiques ? « Il suffit d'une injection par semaine, contre une par jour auparavant », détaille le diabétologue. En outre, ces traitements ont aussi « un bénéfice direct sur le risque cardiovasculaire et sur le risque rénal ».
Autre type de traitement, par voie orale cette fois-ci, les glifozines (Jardiance ou Forxiga) sont autorisés en France depuis 2020. Ils permettent d'éliminer le sucre dans les urines. « L'effet est intéressant sur le contrôle du diabète mais moins qu’avec l'Ozempic. Par ailleurs, ils ont un effet de protection cardiaque et rénal très important », commente le diabétologue.
Diabète, obésité : danger de rupture pour l'Ozempic
Les médecins peuvent aussi prescrire l'Ozempic, qui est un traitement contre l'obésité, car il fait perdre du poids. « En cas de diabète, même sans obésité, on le donne à des doses relativement faibles, 1 mg par semaine », détaille le Pr Michel Pinget, diabétologue et fondateur du Centre européen d’études sur le diabète (CEED). Contre l'obésité, le laboratoire a commercialisé, une molécule à 2,4 mg avec des « résultats impressionnants », selon le médecin. Victime de son succès, l'Ozempic est très régulièrement en rupture en pharmacie, ce qui constitue un danger pour les diabétiques.
Pompe à insuline, capteur de glycémie : des outils pour mieux gérer son diabète
Le matériel technique pour aider à vivre avec le diabète a fait un vrai bond en avant, au début des années 2000, avec l’apparition de pompes à insuline et de capteurs de glycémie en continu. Ceux-ci concernent le diabète de type 1.
Le capteur de glycémie, comme un patch porté en continu sur la peau, s’installe une fois tous les six à quatorze jours seulement. Un vrai soulagement pour mener une vie plus normale. Même principe pour la pompe à insuline qui, changée tous les trois jours, vient remplacer les injections quotidiennes. « Une vraie révolution », comme la qualifient Anne et Elise, jeunes youtubeuses diabétiques.
En outre, des dizaines d’applications pour smartphones sont désormais disponibles pour gérer son quotidien : alimentation, activité physique…
Le « pancréas artificiel » ou boucle fermée
Depuis son autorisation en 2020, le système de boucle fermée, appelée à tort « pancréas artificiel », est disponible pour les diabétiques de type 1 en France. Il ne s'agit pas d'un organe artificiel, mais d’un capteur de glycémie couplé à une pompe à insuline et à un smartphone.
Une application du téléphone contient un calculateur qui ajuste au mieux et au moment nécessaire les injections d’insuline en fonction du taux de glycémie. Un vrai avantage, par exemple, pour les plus jeunes enfants dont les taux varient beaucoup. Elise, sœur jumelle d'Anne, des youtubeuses diabétiques, en est équipée.
« Cela a largement changé mon quotidien notamment au niveau de ma charge mentale, et des nuits qui se passent beaucoup mieux. » Les deux jeunes femmes attendent beaucoup des projets de miniaturisation des pompes, actuellement à l'étude.
Vers un dépistage plus précoce du diabète de type 1
Plusieurs hôpitaux français sont alliés dans un programme de recherche sur la possibilité de dépister tôt le diabète de type 1. En effet, celui-ci débute le plus souvent chez un enfant de moins de 10 ans et est diagnostiqué devant des symptômes caractéristiques. « On sait en fait que ce diabète a débuté des années avant le moment où le corps a commencé à détruire les cellules responsables de la production l'insuline sans que cela soit visible.
On appelle cela le stade 1, du diabète, celui de la réaction auto-immune. Mais c'est invisible. « Or, aujourd’hui, on sait dépister le stade 1 avec une simple prise de sang en dosant les anticorps marqueurs de cette perturbation immunitaire. Or si on proposait ce test très tôt, cela permettrait de gagner des années pour commencer à traiter l'enfant.
La greffe de cellules de pancréas pour éliminer le diabète
Depuis 2020, l'Assurance maladie prend en charge la greffe des îlots de Langerhans (les morceaux des cellules qui produisent l'insuline). « On utilise le pancréas d'une personne décédée avant d'isoler les cellules concernées et de les injecter en intraveineuse chez un patient diabétique », explique le Pr Pinget
« Dans 90 % des cas, c'est un succès. Le patient – le plus souvent avec un diabète de type 1, mais c'est envisageable aussi pour le type 2 – n'aura plus besoin d'insuline ensuite et aura une glycémie normale durant 10 à 15 ans », se réjouit-il. En revanche, comme toute greffe, elle nécessite un traitement immunosuppresseur léger, pour éviter un éventuel rejet.
Nos hormones et nos cellules, traitement d’avenir contre le diabète ?
Le futur des traitements contre le diabète réside « dans le fait de trouver dans d’autres organes (comme les muscles) les signaux envoyés au pancréas, et de les amplifier », affirme le professeur Michel Pinget. C'est précisément ce sur quoi il travaille. « Nous avons trouvé une hormone qui vient du muscle, la décorine, qui relance la sécrétion d'insuline et prévient le diabète de type 2. Les premières phases de recherche sont terminées et ont montré d'excellents résultats. Ce serait la première biothérapie curative (qui guérit).
Le patient n’aurait plus besoin de traitements », espère le diabétologue. « Une start-up travaille actuellement sur l'adaptation à l'être humain. Le bénéfice de cette molécule n'est pas uniquement de réduire la glycémie, mais aussi de limiter l'inflammation. En effet, les diabétiques ont un état d'inflammation chronique qui favorise l’apparition des complications », ajoute Michel Pinget.
En outre, la start-up française Vertex travaille avec un laboratoire pharmaceutique américain sur un projet de culture cellulaire. L'objectif ? Transformer des cellules souches en cellules productrices d’insuline, puis les transplanter chez une personne diabétique. Le projet est en phase d'essais cliniques. S'il fonctionne, il faudra toutefois attendre quelques années avant sa mise à disposition.
Cette accélération dans l'innovation sur le diabète est un enjeu de santé publique mondiale. Selon une étude récente publiée dans The Lancet (2), plus de 1,3 milliard d’individus devraient souffrir de diabète dans le monde d’ici à 2050.
Les grands types de diabète
On distingue deux principaux types de diabète :
• celui de type 1 (insulinodépendant, celui où les cellules du pancréas ne produisent progressivement plus d'insuline) touche environ 6 % des malades. Il est découvert essentiellement chez les enfants et les jeunes. Son premier (et seul) traitement est l’insuline que le corps ne produit plus du tout. Ses causes ne sont pas connues.
• celui de type 2 concerne 92 % des malades et apparaît plutôt à l’âge adulte. Il est lié en partie au surpoids et au manque d’activité physique, et en partie à un facteur génétique. Pour pallier un manque d’insuline (par inefficacité ou carence partielle), il est d’abord traité par des règles hygiénodiététiques, (une alimentation plus équilibrée, davantage d’activité physique…), puis des médicaments et enfin de l’insuline si nécessaire. Les 2 % restants correspondent à d’autres formes de diabète comme le diabète gestationnel.
(1) Chiffre officiel donné par l'Assurance Maladie. Mais il ne prend en compte que les patients traités avec des médicaments pris en charge par la Sécurité Sociale, et pas tous ceux qui ignorent avoir du diabète. Il est donc très certainement sous-estimé.
(2) The Lancet est une revue scientifique médicale hebdomadaire britannique.
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