Acouphènes, vertiges, pertes d’équilibre : quand l’oreille interne est en cause

Publié le

Nathania Cahen

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Comment soigner les vertiges ?
© Getty images

Sommaire

Petite mais complexe, notre oreille se devise en trois parties, dont l’oreille interne. C’est dans cette dernière que se trouve le siège de fonctions précieuses : l’audition et l’équilibre. Plusieurs dérèglements et pathologies peuvent y survenir, avec des symptômes, conséquences et rétablissements divers.

L’oreille n’est pas qu’un appendice plus ou moins gracieux ! Elle se divise en trois parties complémentaires, auxquelles correspondent des fonctions et pathologies spécifiques. L’oreille externe (pavillon et conduit auditif) et l’oreille moyenne (tympan, communication avec le nez et les sinus pour la ventilation) connaissent essentiellement des problèmes d’ordre mécanique qui peuvent être résolus via l’appareillage ou la chirurgie. Mais la partie la plus profonde du système, l’oreille interne, est plus sophistiquée.

L’oreille interne est reliée au cerveau

On trouve deux organes dans l’oreille interne : une capsule osseuse très dure, la cochlée, dédiée à l’audition. Elle est remplie d’un liquide où baignent les cellules ciliées qui captent les vibrations sonores et les transforment en impulsions électriques qui seront acheminées au cerveau. 

« Il faut imaginer un immense piano enroulé sur lui-même et comptant 3 500 touches. Quand un son arrive à l’oreille externe, afin que le signal nerveux soit transmis au cerveau par le nerf auditif, il fait vibrer le tympan, les osselets, le liquide et la membrane de la cochlée », détaille le Dr Stéphane Gargula, otologiste à l’hôpital de la Conception, à Marseille.

Le second organe est le vestibule, responsable de l’équilibre. Il détecte les mouvements de la tête et envoie ces informations au cerveau via le nerf auditif.

Surdité 

D’ordre neurosensoriel, les pathologies qui affectent l’oreille interne concernent 90 % des surdités. Le principal signe d’alerte est la perte d’audition, qui peut être d’origine accidentelle (lors d’une plongée par exemple ou une exposition à un très fort bruit), vasculaire ou virale. Dans la majorité des cas, les cellules cillées seront touchées. Pathologie la plus fréquente car directement liée à l’âge, la presbyacousie peut se développer dès 50 ans. 

Les patients se plaignent de gênes liées au bruit, de la difficulté à discerner certains sons, à les séparer les uns des autres. On a tendance à taire assez longtemps ce handicap, ce qui débouche parfois sur un certain isolement social. Ou à le compenser en lisant sur les lèvres – impossible durant l’épidémie de Covid en raison du port du masque, cela a pu fragiliser plus encore certaines personnes.

La baisse d’audition est liée aux cellules cillées, qui ont la particularité, et le défaut, de ne pas se renouveler ou se régénérer. Il est cependant possible de réhabiliter l’oreille avec des appareils auditifs ou des implants.

Acouphènes

Les acouphènes, eux, concernent 10 à 15 % de la population et peuvent être associés à une perte d’audition. Il s’agit de bruits (sifflements, bourdonnements, grésillements…) que l’on entend dans les oreilles ou dans sa tête sans qu’ils soient émis par une source extérieure. « Comme une radio qui se met à grésiller quand on monte le son, illustre le Dr Gargula. Les patients s’en plaignent surtout dès lors que cela les gêne la nuit ». 

Pas de solution miracle, mais la possibilité de faire une rééducation sophrologique (avec des exercices respiratoires, oculaires ou relaxants) pour restaurer le matelas sonore, afin que le cerveau arrête de monter le son. « On sait en effet que la gêne liée à l’acouphène est fortement influencée par le stress, l’anxiété et l’hypervigilance. Dans ce contexte, des approches de relaxation comme la sophrologie pouvant aider certains patients à mieux tolérer leurs symptômes sont à mon sens bénéfiques », précise le praticien. 

D’autres approches comme l’hypnose ou l’acupuncture ont également été étudiées, mais les données restent insuffisantes pour les recommander formellement.

La perte d’équilibre et ses manifestations

Outre l’audition, l’oreille interne a une fonction d’équilibre pour laquelle elle fonctionne en coordination avec la vision et la proprioception1. Et quand une discordance entre ces différents signaux survient, on a la sensation que tout tourne autour de soi ou d’être sur un bateau. Réciproque de la presbyacousie, la presbyvestibulie peut être responsable de déséquilibre chez le sujet âgé, lorsqu’il tourne trop vite la tête ou quand sa vision est mise en défaut.

Plus souvent, pour environ un tiers des consultations pour cause de vertige, il s’agit d’un VPPB (vertige paroxystique positionnel bénin), lié à un déplacement des cristaux (ou otolithes). Ressemblant à des grains de sable, ils sont présents par milliers et ont en quelque sorte une fonction de fil à plomb pour nous maintenir à la verticale. Posés sur une plaque, ils peuvent toutefois s’en détacher - à la suite d’un choc, à cause d’une carence en vitamine D ou pour une raison indéterminée – et se déposer dans un canal inapproprié, ce qui va occasionner des vertiges. La sensation peut passer au bout de quelques minutes ou perdurer. 

Quand tout ne rentre pas naturellement en ordre, il faut alors se tourner vers un kinésithérapeute vestibulaire, « pour libérer le canal par des manœuvres, comme pour vidanger et évacuer les cristaux de l’endroit où ils gênent ».

Névrite vestibulaire, maladie de Ménière et neurinomes

La névrite vestibulaire est une atteinte virale, liée à la réactivation d’un virus de la famille des herpès. Elle se caractérise par une crise soudaine de vertige, une sensation de rotation de la pièce et des objets, un déséquilibre intense et des nausées. « C’est très impressionnant, très gênant et continu. Cela affecte assez souvent des patients jeunes, souvent l’hiver, comme un bouton de fièvre », indique le Dr Gargula. La plupart du temps, ces personnes se rendent aux urgences où on les perfuse et on leur administre un traitement anti-vertigineux. Les symptômes s’estompent en quelques jours, mais une rééducation chez le kinésithérapeute est nécessaire pour une bonne récupération.

Pathologie chronique dont les causes demeurent inconnues, la maladie de Ménière se traduit par des crises de vertige, des nausées, des bourdonnements et une perte progressive de l’audition. Le diagnostic repose sur la description des symptômes, des examens physiques, un test auditif, voire une IRM cérébrale. Avec le temps et les récidives, la surdité peut se dégrader jusqu’à devenir irréversible. Le premier traitement est médicamenteux, avec de la cortisone notamment. En cas d’échec, le recours à la chirurgie permet d’empêcher le retour des crises, « soit pour conserver le nerf de l’équilibre, soit pour le sectionner », précise le Dr Gargula. Avant d’imager : « Mieux vaut en effet une lumière éteinte qu’une lumière qui clignote ».

Enfin le neurinome vestibulaire (ou schwannome) est une tumeur bénigne qui représente 8 % des tumeurs intracrâniennes. Son apparition survient derrière l’oreille interne, sur un nerf crânien, et provoque un déficit de l’audition, un déséquilibre, parfois des vertiges. Une IRM permettra de confirmer le diagnostic. La prise en charge relève de la radiochirurgie (technique ciblée de radiothérapie en une à trois séances) ou de la chirurgie pour les lésions plus volumineuses. Les lésions fonctionnelles sur l'audition et l'équilibre sont en revanche irréversibles dans la majorité des cas. Leur réhabilitation s’effectue avec de la kinésithérapie vestibulaire et des techniques d'appareillage auditif.

Des exercices de rééducation adaptés 

Pour la majeure partie des pathologies de l’oreille interne provoquant vertiges, instabilités ou troubles de l’équilibre, les otologistes et médecins ORL prescrivent des séances de kinésithérapie sur ordonnance.

C’est le cas pour les VPPB (vertige paroxystique positionnel bénin). « Il s’agit d’abord d’identifier le canal impliqué grâce à l’observation du mouvement des yeux. Puis, pour corriger l’erreur d’aiguillage et remettre les cristaux en place, il convient de manœuvrer plus ou moins sèchement la tête et le corps du patient », explique Clément Martin, kinésithérapeute vestibulaire à Marseille. La manœuvre est rapide et d’autant plus efficace que le patient se laisse bien diriger. Une séance suffit souvent, deux sont parfois nécessaires.

Pour la névrite, « le ligament croisé du kiné », le pronostic d’évolution là encore est bon. Il faut cependant compter de 20 à 40 séances, à organiser dès que le patient est en mesure de se déplacer. « Au début, cela se résume souvent à l’encourager à marcher, car ayant peur de bouger la tête, le patient aura tendance à se mouvoir un peu comme un pingouin », indique Clément Martin.

Puis il va falloir stabiliser le regard en travaillant la coordination, en pratiquant des mouvements rapides de la tête à différentes vitesses. S’y ajoutent des exercices de proprioception pour asseoir l’équilibre et renforcer les muscles et fonctions concernées. Le protocole est quasiment la même pour une rééducation après un neurinome.

En revanche, il est très différent pour la maladie de Ménière. « Les personnes affectées sont souvent très anxieuses et émotives, pointe le professionnel. Avec elles, il faut procéder avec psychologie et douceur, pour des exercices de rééducation adaptés à la forme du moment, et au long cours ».

(1) Capacité du corps à percevoir sa propre position dans l’espace, sans recourir à la vue.

Rédigé par

  • Nathania Cahen

    Journaliste spécialisée dans les sujets société et économie.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.
Tous les champs sont obligatoires.

Ce site utilise un système anti- spams pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A lire aussi