Bronchiolite du nourrisson : prévenir pour mieux protéger

Publié le , actualisé le

Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Bronchiolite du nourrisson : quelle prise en charge ?
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Redoutée par les jeunes parents dès l’automne, la bronchiolite touche chaque année près de 30 % des enfants de moins de deux ans en France. Si elle est le plus souvent bénigne, elle reste la première cause d’hospitalisation chez les petits de moins d’un an. La prévention est plus que jamais une priorité de santé publique.

La bronchiolite est une infection provoquée par le virus respiratoire syncytial (VRS) qui enflamme les petites bronches – ou bronchioles – des nourrissons. Près de 30 % des enfants de moins de deux ans sont touchés chaque année par cette infection respiratoire saisonnière. Elle débute généralement à la mi-octobre, atteint un pic en décembre, et se termine à la fin de l’hiver. La période et l’intensité de l’épidémie peuvent toutefois varier d’une saison à l’autre.

Chez l’adulte ou l’enfant plus âgé, le VRS se manifeste souvent par un simple rhume, très contagieux. Chez le nourrisson, il peut provoquer une gêne respiratoire parfois impressionnante. La bronchiolite est la première cause d’hospitalisation chez les enfants de moins d’un an.

Un vaccin disponible pour les femmes enceintes

Chaque saison hivernale, 2 à 3 % de nourrissons sont hospitalisés et plusieurs centaines d’entre eux sont pris en charge en soins critiques. « Il faut surveiller les très jeunes bébés de moins de deux mois, plus fragiles », alerte le professeur Christèle Gras-Le Guen, cheffe du service des urgences pédiatriques du CHU de Nantes. Elle précise que la bronchiolite est bien prise en charge : « Les décès sont très rares. »

La campagne nationale de prévention contre la bronchiolite 2026-2027 a débuté le 14 septembre et se poursuit jusqu’au 28 février 2027. Le vaccin Abrysvo – destiné aux femmes enceintes – est remboursé à 100 % par l’Assurance maladie. Il s’administre entre la 32e et la 36e semaine d’aménorrhée (1).

« Il a été démontré que le vaccin maternel était d’autant plus efficace lorsqu’il était administré tôt dans la grossesse, idéalement dès 32 semaines. Cela laisse le temps aux anticorps maternel d’être transmis à l’enfant », indique le médecin.

Le vaccin peut être prescrit et réalisé par un médecin, une sage-femme, un infirmier ou un pharmacien.

Des traitements préventifs pour les jeunes enfants

Une immunisation préventive est aussi possible chez les bébés. Deux anticorps monoclonaux (2) sont disponibles : le nirsevimab (commercialisé sous le nom de Beyfortus) et le clesrovimab (Enflonsia). Ils sont destinés à protéger les nouveau-nés et les nourrissons contre les infections des voies respiratoires inférieures dues au VRS, au cours de leur première saison de circulation du virus.

Un troisième anticorps monoclonal, le palivizumab (Synagis), est réservé aux nourrissons particulièrement vulnérables, notamment ceux présentant un risque élevé de forme grave de bronchiolite comme les grands prématurés. Il est administré une fois par mois pendant la période de risque par injection intramusculaire (3).

Il en est de même pour le Beyfortus et le Enflonsia avant ou pendant la première saison de circulation du VRS. Ils peuvent être réalisés à la maternité, avant ou après la sortie du nouveau-né, ou dans un cabinet médical.

Une protection rapide qui dure au moins cinq mois

Depuis le 31 août 2026, Beyfortus et Enflonsia sont pris en charge à 65 % par l’Assurance maladie lorsqu’ils sont délivrés en cabinet. À la maternité, ils le sont à 100 %.

Chez certains enfants qui restent vulnérables à une infection sévère due au VRS, la prise en charge de Beyfortus peut être étendue jusqu’à l’âge de 24 mois, lors de leur deuxième saison de circulation du virus.

La protection que diffuse l’anticorps monoclonal est rapide, soit quelques jours après l’injection, et dure au moins cinq mois, couvrant toute la saison hivernale. « Cet anticorps bloque le processus de pénétration cellulaire du virus. Les formes les plus graves de la bronchiolite sont ainsi limitées », observe le professeur Gras-Le Guen.

Les études menées ont confirmé l’efficacité de cette protection. La saison 2025-2026 a été moins intense que la précédente, notamment chez les bébés de moins de 6 mois. Et cela pourrait s’expliquer par la bonne couverture des nouveau-nés par ces traitements préventifs.

Reconnaître les symptômes de la bronchiolite

Le professeur Christèle Gras-Le Guen recommande aux parents de rester prudents. « En période d’épidémie hivernale, dès la sortie de la maternité et pendant les deux ou trois premiers mois du bébé, je conseille de limiter les visites aux adultes, malades ou non, et d’éviter les endroits bondés : transports en commun, supermarchés, fêtes familiales… ».

Les premiers signes de la bronchiolite sont très typiques. Le nourrisson a d’abord le nez qui coule, parfois un peu bouché. Puis, il se met à tousser. « Dans certains cas, le jeune enfant développe une gêne respiratoire. Sa respiration devient rapide et sifflante. Le thorax se creuse entre les côtes », indique la pédiatre. À ce stade, l’enfant peut avoir du mal à s’alimenter. « Il a parfois de la fièvre, jusqu’à 39 °C, mais pas toujours. »

Les symptômes s’atténuent d’eux-mêmes. Ils disparaissent généralement en cinq à dix jours. Une toux résiduelle peut parfois persister jusqu’à quatre semaines.

Ces symptômes sont le signe d’une bronchiolite quand il s’agit du premier épisode chez un enfant de moins d’un an. « Devant un deuxième épisode rapproché chez le nourrisson de moins de 12 mois, il est nécessaire d’envisager d’autres diagnostics, de prendre en compte d’autres paramètres tels que l’âge, les antécédents (asthme, allergies), les symptômes associés », rapporte la Haute Autorité de santé.

La plus grande vigilance dans les premières 48 heures

Certains signes sont à surveiller, surtout dans les 48 premières heures de symptômes respiratoires, période pendant laquelle l’état de santé du nourrisson est susceptible de s’aggraver.

Il est conseillé aux parents de consulter un médecin (pédiatre ou médecin traitant, maison médicale de garde, SOS médecin selon les cas) pour confirmer le diagnostic et évaluer la gravité de l’infection, si :

  • l’enfant semble fatigué, moins réactif ou au contraire très agité ;
  • sa respiration est devenue plus rapide et son thorax se creuse ;
  • l’enfant boit moins bien sur plusieurs repas consécutifs malgré les désobstructions du nez.

En cas de difficulté importante à respirer, de pauses respiratoires, de malaise, de coloration bleutée autour de la bouche ou de somnolence inhabituelle, il faut appeler sans tarder le 15 ou le 112. 

En dehors des signes de gravité et/ou d’une fragilité initiale (enfant de moins de deux mois, prématurité, maladie chronique, enfant immunodéprimé, tabagisme passif…), la bronchiolite est une maladie dont le suivi se fait « en ville », et plus précisément par le médecin habituel de l’enfant.

Bronchiolite chez l’enfant de moins de 6 semaines : une évaluation hospitalière nécessaire

Lorsque l’enfant a moins de 6 semaines, qu’il a le nez qui coule, qu’il tousse et/ou a de la fièvre, une évaluation médicale, généralement à l’hôpital, est nécessaire.

Avant l’âge de 6 semaines, le nourrisson est plus fragile, il se fatigue vite et a moins de réserves pour faire face aux problèmes d’alimentation. « À l’hôpital, il sera pris en charge pour passer le cap "aigu" de la maladie le plus confortablement possible », explique la cheffe de service des urgences pédiatriques et pédiatrie générale au CHU de Nantes.

La prise en charge à l’hôpital est symptomatique. « On ne dispose pas de traitement spécifique contre le virus. On prend en charge de manière plus générale les symptômes de la maladie. » En cas de gêne respiratoire, on apporte de l’oxygène au nourrisson, voire une assistance respiratoire. S’il a du mal à s’alimenter, le lait peut être administré directement dans l’estomac à l’aide d’une sonde.

En cas de fièvre et/ou douleur, du paracétamol est administré. « Si l’enfant souffre de surinfection bactérienne (ce qui est assez rare), on donne un traitement antibiotique », poursuit la pédiatre. La durée moyenne d’hospitalisation pour une bronchiolite est de deux à cinq jours. « Le temps de passer le plus dur de la maladie. »

La kinésithérapie respiratoire de désencombrement bronchique n’est pas recommandée systématiquement lors d’un premier épisode de bronchiolite.

(1)    Absence de règles chez les femmes en âge d’être réglées.

(2)    Les anticorps monoclonaux sont des anticorps fabriqués en laboratoire, conçus pour reconnaître une cible très précise dans l’organisme.

(3)    C’est une injection faite directement dans un muscle.

Conseils aux parents face à la bronchiolite

Même si la prévention immunitaire représente un grand progrès, les gestes d’hygiène restent essentiels pour limiter la transmission du virus.

  • Bien se laver les mains avant de s’occuper du bébé.
  • Nettoyer tétines, jouets et doudous fréquemment.
  • Porter un masque en cas de rhume.
  • Effectuer régulièrement un lavage de nez au sérum physiologique.
  • Veiller à ce que l’enfant soit bien hydraté et qu’il ait ses repas comme d’habitude, éventuellement fractionnés s’il mange moins.
  • Aérer la chambre et maintenir une température autour de 19-20 °C.
  • Ne pas fumer à proximité du bébé.
  • Limiter les contacts avec les personnes enrhumées ou présentant des symptômes respiratoires et éviter, particulièrement avant l’âge de 3 mois, les lieux clos et très fréquentés.
  • Dès les premiers signes de bronchiolite, surveiller attentivement l’évolution des symptômes, notamment la respiration, l’alimentation et l’état général, et demander un avis médical en cas d’aggravation.

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Patricia Guipponi

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