Cancer de la vessie : quels sont les symptômes et les traitements ?

Publié le

Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Cancer de la vessie : quels sont les symptômes et les traitements ?
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Deuxième cancer de l’appareil urinaire après celui de la prostate, le cancer de la vessie est pourtant méconnu. Il touche plus fréquemment les hommes et est le plus souvent diagnostiqué autour de 70 ans. Chaque année, on recense entre 13 000 et 20 000 nouveaux cas. Le tabac est sa principale cause.

La vessie est située à la partie inférieure de l’abdomen, plus précisément en arrière du pubis. Chez l’homme, elle est localisée juste au-dessus de la prostate, en avant du rectum. Chez la femme, elle prend place sous l’utérus, en avant du vagin. Le cancer de la vessie touche chaque année entre 13 000 et 20 000 personnes mais il est encore trop peu connu. 

« C’est pourtant une pathologie répandue et grave qu’il faut prendre au sérieux. C’est le deuxième cancer le plus fréquent de l’appareil urinaire après celui de la prostate et un de ceux qui tuent le plus. Tout comme le cancer du col de l’utérus, il expose à une fin de vie très pénible », souligne le professeur Yann Neuzillet, urologue à l’hôpital Foch à Suresnes et secrétaire général de l’Association française d’urologie (AFU).

La présence du sang dans les urines doit conduire à consulter

Le symptôme le plus courant du cancer de la vessie est la présence de sang dans les urines. On parle alors d’hématurie. « Il faut immédiatement consulter. Ce peut être le signe d’une infection urinaire, comme la cystite, mais il ne faut pas négliger le risque d’un cancer », insiste l’urologue. 

D’autres signes peuvent également alerter comme le besoin plus fréquent d’uriner ou une évacuation douloureuse des urines. Et quand la tumeur est avancée, cela se traduit notamment par des douleurs dans le bas ventre ou encore une perte de poids. « La méconnaissance de la maladie et le fait de minimiser l’apparition de sang dans les urines font que les diagnostics sont parfois tardifs et les pronostics sombres », déplore le professeur Yann Neuzillet.

Lors de la consultation en cabinet médical, le médecin généraliste prescrira une échographie de l’appareil urinaire et une analyse des urines associée à une cytologie urinaire (1). En fonction des résultats, ce test sera complété par d’autres examens : un scanner abdomino-pelvien (2), une cystoscopie (3). S’il est fait état d’une tumeur, elle sera retirée par résection endoscopique, acte sous anesthésie générale pratiqué par un chirurgien urologue, pour être analysée, pour confirmer son caractère cancéreux (plus de 99 % des cas) et préciser son agressivité.

Mai, le mois du cancer de la vessie

Comme octobre pour le cancer du sein, et mars pour le cancer colorectal, mai est le mois du cancer de la vessie. L’Association française d’urologie (AFU) ainsi que nombre d’établissements et de professionnels de santé, se mobilisent pour faire connaître la maladie et lutter contre la minimisation de ses signes. « Par exemple, on a tendance à ne pas se méfier des polypes. Or, un polype dans la vessie, c’est à 98 % un cancer », explique le docteur Benjamin Pradère. Il n’y a aucune analogie avec les polypes dans le colon, la bouche ou les bronches. « Le fait de penser qu’un polype est inoffensif diminue parfois l’adhésion à la thérapie ou au sevrage tabagique ». 

D’importants progrès sur les traitements médicaux du cancer de la vessie ont eu lieu au cours de ces deux dernières années grâce aux avancées dans les domaines de l’immunothérapie et des thérapies génétiques. De nombreux protocoles de recherche sont en cours. « Ces innovations sont un vrai bouleversement de notre paysage thérapeutique pour nous soignants et pour nos patients. Cela donne beaucoup d’espoir même si le coût de ces thérapies peut représenter un frein pour les autorités sanitaires. N’oublions pas que sans la mobilisation, surtout des patients, nous n’aurions pas vu aboutir la commercialisation de traitements certes onéreux mais efficaces dans la lutte du cancer du sein », indique le professeur Yann Neuzillet.

Plus de 50 % des patients atteints d’un cancer de la vessie fument ou ont fumé

La cause principale du cancer de la vessie est le tabac. Les carcinogènes inhalés sont éliminés dans les urines. « Par son rôle de réservoir, la vessie les stocke durant de longues heures, ce qui leur laisse le temps d’exposer la muqueuse urothéliale à leur agressivité, d’induire des mutations et de générer du cancer », commente le docteur Benjamin Pradère, urologue et chercheur, trésorier-adjoint de l’AFU. 

La grande moitié des patients souffrant d’un cancer de la vessie ont été ou sont fumeurs. Plus la consommation de tabac est ancienne et plus le risque est élevé. La maladie touche surtout les personnes autour de 70 ans et plus d’hommes que de femmes. « Mais comme à présent, elles fument autant que les hommes, elles sont beaucoup plus exposées au risque d’un cancer de la vessie. Le ratio était de 3 hommes pour une femme auparavant contre 2 pour 1 aujourd’hui », complète le professeur Yann Neuzillet. 

D’autres causes sont à l’origine du cancer de la vessie. Les cystites répétées en sont une. « L’exposition à des produits tels que les amines aromatiques, que l’on trouve dans les colorants, augmentent également le risque », observe le docteur Benjamin Pradère. Certaines professions sont donc plus sensibles au risque : coiffure, pressing, BTP, métallurgie, industrie du textile, du cuir, du papier… « Quant aux perturbateurs endocriniens, rien n’est pour le moment établi. On sait que certains produits pourraient avoir une incidence mais les données scientifiques sont encore trop faibles pour pouvoir l’affirmer pleinement ».

Un patient sur deux décède d’un cancer de la vessie avancé 

Il existe deux types de cancers de la vessie : celui qui touche le muscle de la vessie et celui, plus superficiel, qui n’a pas encore atteint le muscle. Quand ce dernier est pris à temps, on peut éviter les complications liées au premier. En effet, lorsque le muscle de la vessie est atteint, la profondeur de la tumeur est plus importante et donc plus compliquée à soigner. 

« Dans le cas d’un cancer de la vessie plus avancé, on considère qu’un patient sur deux décédera dans les 5 ans qui suivent le diagnostic », indique le docteur Benjamin Pradère. Quand la tumeur est superficielle, et touche les premières couches de la vessie en épargnant le muscle vésical, 80 % des patients restent en vie à plus de 5 ans de l’annonce du diagnostic. 

Si la tumeur est superficielle, elle sera enlevée après une ou deux résections endoscopiques. « Ensuite, nous procéderons à des instillations (4) pour diminuer le risque de récidive sous forme de chimiothérapie ou de BCG (5) », précise le professeur Yann Neuzillet. Le médecin espère que l’utilisation de nouvelles thérapies, telles que les immunothérapies, soit bientôt possible. « Elles ont prouvé leur efficacité mais sont en attente de validation des autorités de santé ».

Comment réduire le risque de cancer de la vessie ? 

Le tabagisme est le principal pourvoyeur de cancers de la vessie. Il est donc conseillé de ne pas commencer à fumer ou d’arrêter de consommer cigarettes, cigares, pipes et autres produits contenant du tabac. Une alimentation saine est à privilégier : riche en fruits et légumes, en évitant les aliments transformés et les graisses saturées. Boire régulièrement de l’eau est aussi salutaire. Il est, par ailleurs, conseillé de ne pas utiliser, ou à défaut de limiter l’usage, de produits chimiques sur son lieu de travail. 

Le taux de récidive du cancer de la vessie est de 40 % 

Lorsque la tumeur touche le muscle de la vessie, le traitement de référence consiste à retirer l’organe. Après l’ablation du réservoir vésical, deux options peuvent être proposées. On peut faire sortir les urines par une stomie, un orifice sur la paroi de l’abdomen. Les urines seront collectées dans une poche extérieure que le patient aura sur lui en permanence. La poche devra être vidée une fois pleine. 

Il est également possible de reconstruire un réservoir en remplacement de la vessie en utilisant un morceau de l’intestin. Cependant, elle ne communiquera pas au cerveau qu’elle est pleine. De ce fait, le patient devra se rendre régulièrement aux toilettes et la nuit faire sonner le réveil toutes les deux heures pour ne pas oublier d’uriner. « La chirurgie est conséquente et la qualité de vie peut être altérée d’où l’importance de prendre des traitements au plus tôt, notamment péri-opératoires (comme la chimiothérapie), pour réduire le volume tumoral, faciliter la chirurgie et améliorer le pronostic », confie le professeur Yann Neuzillet. 

Le cancer de la vessie a un taux de récidive de 40 %. Il est donc capital de bénéficier d’un suivi régulier. La pathologie n’est en principe pas héréditaire. « Toutefois, il existe certains cancers de la vessie qui le sont, liés au syndrome de Lynch, maladie génétique responsable d'une augmentation du risque de développer des tumeurs cancéreuses », ajoute le docteur Benjamin Pradère.

(1). Le recueil des urines se fait dans un flacon d’analyse stérile qui permet de stocker 20 à 30 ml environ d’excrétion.
(2). Ce scanner permet de visualiser en détail les organes de l'abdomen et du pelvis, y compris le foie, les reins, l'estomac, l'intestin, l'utérus, les ovaires et la vessie.
(3). Ou fibroscopie de la vessie. Elle permet sous anesthésie locale de visualiser l'intérieur de la vessie à l'aide d'un tube équipé de fibres optiques et d'une caméra.
(4). Une fine sonde urinaire est introduite dans l'urètre pour injecter directement le produit dans la vessie. 
(5). Le BCG est la même bactérie qu'on utilise pour vacciner contre la tuberculose. Il contient des bactéries vivantes qui incitent le système immunitaire à lutter contre les cellules cancéreuses et à les détruire. 

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Commentaires

article simple et bien fait, compréhensible aux profanes, merci bernard

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