Comment se manifeste et se traite l’andropause ?
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L’andropause, dont l’appellation médicale appropriée est « déficit androgénique lié à l’âge » (DALA), se traduit chez l’homme par une baisse de la testostérone. Cette hormone, produite principalement par les testicules, joue un rôle essentiel. Elle participe au développement des organes génitaux, au maintien du désir sexuel, à la production des spermatozoïdes et à la fertilité. L’andropause n’est pas une maladie mais la conséquence d’un processus physiologique normal de vieillissement.
Si l’on compare souvent ce phénomène à la ménopause féminine, le parallèle est trompeur. « L’andropause est fréquente mais pas automatique. Elle ne concerne pas tous les hommes à la différence de la ménopause qui touche toutes les femmes. Avec l’âge, chez l’homme, la diminution de production de testostérone est progressive et inconstante », explique le docteur William Akakpo, chirurgien urologue, andrologue, membre du comité d’andrologie et de médecine sexuelle à l’Association française d’urologie.
Le risque d’andropause dépasse le 30 % chez les diabétiques après 60 ans
La testostérone baisse en moyenne de 1 à 2 % par an dès la quarantaine. 3 à 5 % des hommes sont concernés par l’andropause après 50 ans. Ce taux passe de 6 à 8 % après 60 ans et atteint 10 à 15 % au-delà de 70 ans. Certaines comorbidités favorisent cette baisse hormonale : l’obésité, le diabète ou encore le syndrome métabolique, caractérisé par un excès de cholestérol et des troubles de la glycémie. « Le risque dépasse 30 % après 60 ans chez les hommes diabétiques ou présentant un syndrome métabolique », détaille le docteur William Akakpo.
Les premiers signes apparaissent souvent de manière insidieuse. « La baisse de la libido est le motif le plus fréquent de consultation. Certains patients constatent une perte ou un dysfonctionnement des érections matinales », indique le spécialiste. Ce symptôme reflète un affaiblissement du pic de testostérone normalement observé le matin (entre 6 et 10 heures).
Mais d’autres troubles peuvent alerter :
• fatigue persistante,
• humeur dépressive,
• perte d’énergie,
• prise de poids surtout abdominale,
• diminution de la masse musculaire,
• troubles du sommeil
• difficulté de concentration
• pertes de mémoire.
À long terme, la baisse de testostérone peut également entraîner une diminution de la densité osseuse, cause d’ostéoporose.
Le diagnostic repose sur un ensemble d’éléments cliniques et biologiques
Certaines pathologies peuvent aussi provoquer ou aggraver l’andropause : « Un cancer de la prostate traité par hormonothérapie, certains médicaments anti-VIH, ou encore des atteintes testiculaires, qu’elles soient congénitales ou chirurgicales, peuvent induire un déficit androgénique », indique le docteur William Akakpo.
Le diagnostic repose sur un ensemble d’éléments cliniques et biologiques. « On recherche d’abord quels sont les symptômes que présente le patient », précise l’urologue andrologue. Une prise de sang à jeun, effectuée le matin quand le pic de testostérone est au plus haut, permet d’en mesurer le taux. Si celui-ci est en dessous du seuil recommandé (1), un second dosage est nécessaire pour confirmer le diagnostic.
Un outil comme le questionnaire ADAM (2) évalue en dix questions la probabilité d’un déficit hormonal avant la consultation. Enfin, le médecin consulté s’attache à identifier les causes possibles de cette baisse : pathologie chronique, traitement médicamenteux, mode de vie inadapté… « On peut en parler à son généraliste, qui orientera vers un urologue, un andrologue ou un endocrinologue (3), à même de prendre en charge le patient et de lui prescrire le bon traitement », précise le docteur William Akakpo.
Un traitement hormonal substitutif peut être envisagé
La prévention repose avant tout sur l’hygiène de vie : un bon sommeil, la gestion du stress, une alimentation équilibrée… « Il faut lutter contre la sédentarité en pratiquant une activité physique régulière, maintenir un poids de forme et éviter les maladies chroniques comme le diabète », insiste l’urologue andrologue.
Lorsque l’andropause est confirmée, un traitement hormonal substitutif peut être envisagé. « C’est un complément de testostérone administré sous forme de gel ou de crème à appliquer quotidiennement au niveau des épaules. On peut aussi pratiquer des injections intramusculaires toutes les trois à quatre semaines, voire tous les deux à trois mois. »
Ce traitement administré à vie doit être surveillé de près. « On peut être amené à l’interrompre si le patient présente un déséquilibre hormonal, un excès d’hématocrite augmentant la viscosité du sang, avec un risque de phlébite ou de thrombose, ou encore en cas de cancer de la prostate », observe le médecin. D’où l’importance d’un suivi régulier avec analyses et examens adaptés.
L’andropause reste un sujet tabou
Malgré sa fréquence, l’andropause reste un sujet méconnu et peu abordé. « Les hommes n’ont pas de parcours de suivi comparable à celui des femmes. Ces dernières consultent un gynécologue à toutes les étapes de leur vie de la contraception à la ménopause, en passant par la grossesse », déplore le docteur William Akakpo.
Ce manque de sensibilisation entraîne un retard de diagnostic et une sous-prise en charge. « Beaucoup de généralistes, et même certains urologues, redoutent encore les traitements de complément en testostérone qu’ils associent à un risque accru de cancer de la prostate », poursuit le spécialiste. Or, les études montrent que ce risque est mal compris et doit être évalué au cas par cas.
Briser le silence sur l’andropause, mieux informer, dépister plus tôt et accompagner les hommes dans cette étape physiologique améliorerait leur qualité de vie, leur équilibre psychologique et leur santé globale.
(1). Le taux de testostérone varie en fonction de l’âge, de la période de l'année (elle est généralement plus élevée en été). Chez l'homme adulte, le taux de testostérone total se situe environ entre 3 et 10 ng/ml ou 10,4 et 34,7 nmol/l.
(2). ADAM de l’anglais « Androgen deficiency in aging male », qui se traduit par « Déficit androgénique lié à l’âge ».
(3). L’urologue est le spécialiste du système urinaire masculin et féminin. L’andrologue s’intéresse au système sexuel et reproductif masculin. Quant à l’endocrinologue, il est spécialisé dans les hormones et leurs effets sur le fonctionnement du corps.
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Commentaires
Georges
20 février 2026 à 12h02