Crises d'épilepsie : les symptômes, les traitements et les idées reçues

Publié le

Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Mains tenant un dessin de tête avec des ondes cérébrales.
© Getty Images

Sommaire

Maladie neurologique chronique, l’épilepsie se manifeste par des crises, signes d’un dérèglement soudain de l’activité électrique du cerveau. Près de 700 000 personnes en France, enfants comme adultes, sont touchées par ces crises.

Comment se manifeste l’épilepsie ? 

L’épilepsie est une maladie du cerveau. Ses cellules nerveuses, les neurones, communiquent entre elles par des signaux chimiques et électriques. En cas d’hyperactivité neuronale, le cerveau ne fonctionne plus normalement, ce qui entraîne une crise d’épilepsie imprévisible et brusque, souvent brève. En France, près de 700 000 personnes sont concernées, soit 1 % de la population.

Peut-on définir l’épilepsie comme une maladie mentale ? 

Même si elle concerne le cerveau, l’épilepsie n’est pas une maladie mentale, mais une maladie neurologique. Cette fausse croyance fait partie des préjugés autour de la maladie en raison des symptômes observés durant les crises qui peuvent s’avérer impressionnants. Cela ne signifie nullement que le patient perd la raison ni que l’épilepsie va entraîner une atteinte cérébrale et provoquer une maladie mentale.

Existe-t-il des traitements pour prévenir et soigner l’épilepsie ?

« La majorité des patients sont traités par des médicaments anti-crise. Dans certains cas précis, on peut réaliser un traitement chirurgical au niveau du cerveau. Et il existe des médicaments pour arrêter la crise si elle dure longtemps », indique le docteur Norbert Khayat, neurologue spécialiste de l’épilepsie au Médipôle Lyon-Villeurbanne. 

Certaines épilepsies se stabilisent ou disparaissent spontanément après plusieurs années. C’est le cas pour environ 60 % des patients dont les crises sont bien contrôlées par les médicaments antiépileptiques. Plus de la moitié des enfants épileptiques guérissent avant d’atteindre l’âge adulte en raison de la maturation de leur système nerveux. Le traitement sera alors progressivement arrêté.

Comment se déroule une crise de l’intérieur ?

« Ce qui se passe durant une crise d’épilepsie est propre à chacun. Les symptômes de l’épilepsie sont variables et ne se traduisent pas toujours par des convulsions », explique le neurologue. Cela peut prendre la forme d’une rigidité musculaire, de tremblements et de fourmillements jusqu’à s’exprimer par la perte de connaissance, la confusion aiguë. Le patient peut aussi être pris de vomissements, de pertes d’urine, subir un bref arrêt de la respiration. 

« Tout dépend de la zone du cerveau touchée. Par exemple si c’est la zone qui commande l’odorat ou la vue, la personne épileptique pourra sentir ou voir quelque chose qui n’existe pas », confie Tiphaine Ligutti, vice-présidente de l’association Epilepsie-France.

Le patient a-t-il conscience de sa crise lorsque celle-ci survient ?

Le mot « épilepsie » vient du grec « epilambanein » qui signifie « attaquer par surprise ». « Il n’y a pas de règle. On a une épée de Damoclès sur la tête. Rares sont ceux qui bénéficient d’une alerte d’avant crise (fourmillements, crampes, migraine…) », observe Tiphaine Ligutti. La conscience de la crise varie en fonction des personnes. « Pour ma part, je ne me souviens de rien quand cela arrive. Juste de mon réveil ». Certains épileptiques peuvent rester conscients. « Ils vont même parler et répondre aux questions mais ils ne vont pas réaliser qu’ils sont en état de crise, ce qui est assez paradoxal ».

Qu’est-ce qui entraîne cette maladie ?

Les causes d’apparition de l’épilepsie sont diverses : lésion (après un AVC notamment), malformation cérébrale, maladie infectieuse du système nerveux (méningite, encéphalite…), pathologie systémique (alcoolisme chronique…), origine génétique… « Il peut arriver aussi que la cause soit inconnue surtout chez les enfants », ajoute le docteur Norbert Khayat.

Existe-t-il plusieurs formes d’épilepsies ?

« Le mot recouvre un ensemble de formes qui peuvent varier d’un patient à l’autre. Il existe une cinquantaine de syndromes épileptiques différents », commente le neurologue. 

Les crises sont de deux types. Celles dites partielles, ou focales, touchent une zone localisée du cerveau et peuvent prendre différentes formes selon la région impliquée. « Les crises généralisées concernent l’ensemble du cerveau et impliquent une perte de conscience du patient, associée parfois à des secousses musculaires, des pertes de tonus et/ou des convulsions ».

Peut-on développer la maladie à tout âge ? 

La maladie peut débuter à n’importe quel âge. La prévalence est similaire chez les hommes et chez les femmes. L’épilepsie est plus fréquente chez l’enfant et la personne âgée. Près de 4 000 enfants sont diagnostiqués chaque année. 50 % des patients ont moins de 10 ans.

L’épilepsie est-elle une maladie héréditaire ?

Bien que l’épilepsie ne soit pas considérée comme une maladie héréditaire, il peut exister une prédisposition génétique. Cela ne concerne qu’un petit nombre de patients. L’enfant d’un parent épileptique a peu de risques de l’être lui-même.

Une Française sur 200 en âge de procréer souffre d’épilepsie. « Le plus grand nombre d’entre elles poursuivra une grossesse et un accouchement sans problème. Un suivi sérieux et constant s’impose et la future maman ne doit surtout pas arrêter son traitement », complète le docteur Norbert Khayat. Les médicaments les plus sûrs pour le bébé sont toujours prescrits pendant la grossesse.

Comment distinguer la crise d’épilepsie d’un AVC ?

« Dans l’épilepsie, on va avoir des mouvements du corps et d’une partie du corps. On revient généralement comme avant à la fin de la crise. Dans l’AVC, le patient va présenter un déficit, une impotence d’un membre persistant. L’imagerie cérébrale confirmera le diagnostic », différencie le spécialiste de l’épilepsie. Dans les accidents ischémiques transitoires (AIT), le patient revient à son état initial. « On peut rechercher s’il y a épilepsie dans ce cas de figure. »

Peut-on mourir de l’épilepsie ?

La crise d'épilepsie n'est en principe pas mortelle (1). Mais il se peut qu’un décès advienne de façon accidentelle (chute, noyade lors de crise…). Les formes graves d'épilepsie peuvent entraîner la mort quand elles sont mal contrôlées par les traitements.

Quels aliments et habitudes sont à privilégier en cas d’épilepsie ?

Une bonne hygiène de vie (pas d’alcool, pas trop de sucre…), des repas équilibrés sont à privilégier. Un bon sommeil est aussi capital. « Chaque patient peut avoir des facteurs individuels qui favorisent les crises, comme un stress ou les règles pour les femmes », précise le docteur Khayat. Il est conseillé de pratiquer une activité physique. Mais il faut éviter celles qui pourraient s’avérer dangereuses comme la natation sans surveillance ou les sports de combat violents.

Peut-on vivre une vie normale quand on est épileptique ?

Vivre une vie normale est tout à fait possible avec un bon suivi médical. « L’essentiel est d’avertir autour de soi des possibles réactions et risques : à l’école, au travail mais il faut aussi que ces institutions-là prennent soin des épileptiques, respectent les protocoles quand il y en a. Parfois, nous ne sommes pas accompagnés », déplore Tiphaine Ligutti, vice-présidente d’Epilepsie-France. 

Pour pouvoir être éligible à la conduite d’un véhicule, une personne épileptique doit ne pas avoir eu de crise durant un an. « Beaucoup ne peuvent donc pas se déplacer en toute autonomie en voiture. »

Y a-t-il des métiers déconseillés aux personnes épileptiques ?

L'épilepsie nécessite parfois des aménagements de poste, réalisés avec le médecin du travail. Certains métiers sont contre-indiqués ou interdits par la loi aux personnes épileptiques, même stabilisées, afin d’assurer leur sécurité et celle de leur entourage. « C’est le cas pour les professions de pilote d’engins aériens, de conducteur de poids lourds comme les métiers à port d’armes, les pompiers, la marine… », explique Tiphaine Ligutti.

Comment aider une personne qui fait une crise ? 

Le mieux est de mettre la personne en crise en position latérale de sécurité, en desserrant les ceintures, le nœud de cravate, en enlevant ses lunettes... « Même si cela peut s’avérer difficile en raison des tremblements et des convulsions », note la vice-présidente d’Epilepsie-France. Les mouvements ne doivent pas être entravés ainsi que les voies respiratoires. 

Il ne faut pas donner à boire, pas plus que porter quoi que ce soit à la bouche d’une personne en crise. « La mâchoire peut broyer ce qui est mis dans la bouche ou on peut l’avaler au risque de s’étouffer. C’est une idée reçue de penser qu’en convulsant, on peut avaler sa langue. C’est physiquement impossible », observe Tiphaine Ligutti.

Il est recommandé de noter l'heure de début de la crise de la personne épileptique et de surveiller sa durée. Ces informations ont de l’importance pour la prise en charge par les soignants. Les secours sont à appeler si la personne est en crise depuis plus de cinq minutes ou s’est blessée. 

Des événements pour la journée internationale de l’épilepsie ce lundi 10 février 2025. 

Divers événements sont organisés par les bénévoles d’Epilepsie-France en régions ce 10 février 2025. L’agenda de ces manifestations est en ligne : https://www.epilepsie-france.com/nos-actions/nos-actions-evenements-regionaux/#evenements-regionaux. 

Des webinaires avec divers intervenants sont également proposés par l’association Epilepsie-France. Ils sont à suivre en direct depuis la chaine YouTube d'Épilepsie-France :

•    Dimanche 9 février à 18 heures : La prévention des risques. 
•    Mardi 11 février à 18 heures : Les nouvelles technologies et les pistes du futur. 
•    Mercredi 12 février à 12 h 30 : L'épilepsie de la femme.

(1) L'épilepsie peut dans certains cas provoquer le décès, de manière inexpliquée. Il s'agit des Sudep (Sudden unexpected death in epilepsy) morts soudaines inattendues dans l'épilepsie.

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Victime d'un AIT en 1993 on m'a diagnostée épleptique. Depuis cette date je suis sous Dépakine Chrono 500. Ce traitement a des effets secondaires notamment chute des cheveux et troubles de l'équilibre mais je vis avec... MICHELE

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