La cigarette électronique est-elle sans danger ?
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La cigarette électronique, aussi appelée vaporette ou vape, est commercialisée en France depuis le début des années 2000. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), en 2023, 42 % des adultes de 18 à 75 ans déclaraient avoir déjà vapoté. Le vapotage quotidien concernait plus de 8 % d’entre eux, soit près de 5 millions de personnes.
La vaporette délivre de la nicotine à travers un liquide chauffé et inhalé sous forme de vapeur. Contrairement aux patchs ou aux gommes nicotiniques, produits autorisés et vendus en pharmacie, la cigarette électronique n’est pas un substitut thérapeutique au tabac. Elle n’est pas soumise à une autorisation de mise sur le marché par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).
C’est un produit de consommation classique, vendu en boutiques spécialisées et en ligne. Toutefois, les essais cliniques menés auprès de fumeurs montrent qu’elle a une efficacité intéressante. « Dans les essais thérapeutiques de sevrage tabagique, la probabilité d’arrêter de fumer des personnes qui utilisent la cigarette électronique, pendant six mois, est d’environ 70 % de plus que pour celles qui s’en passent », souligne le docteur Ivan Berlin, médecin tabacologue à la Pitié-Salpêtrière.
Moins toxique que le tabac mais pas sans danger
La cigarette électronique comprend une batterie, un réservoir et une résistance chauffante. Le liquide qu’elle contient associe généralement nicotine, arômes, propylène glycol et glycérine végétale. Certains liquides sont sans nicotine mais ils sont peu utilisés par les fumeurs. « Ces derniers, addicts, ont besoin de leur dose de nicotine. Il est rare qu’ils choisissent des liquides qui n’en contiennent pas », précise le docteur Ivan Berlin.
La vaporette peut aider à se libérer des substances issues de la combustion du tabac (goudrons, monoxyde de carbone), mais la dépendance à la nicotine demeure. Si la vape est moins nocive que la cigarette traditionnelle, elle n’est pas sans risque : son aérosol contient des composés potentiellement toxiques.
Elle comporte moins de substances dangereuses que le tabac, mais comparée à une absence totale de consommation (tabac et vape), elle expose à des risques encore mal connus. « On ne sait pas si elle est cancérigène (1), faute de recul. Il a fallu 70 ans pour connaître de façon certaine les méfaits du tabagisme », rappelle le médecin.
L’attrait de la cigarette électronique auprès des jeunes inquiète
La qualité des liquides est très variable. Si l’étiquetage de la teneur en nicotine est obligatoire, les contrôles sont rares. « On a déjà vu des fioles indiquant “sans nicotine” alors qu’il y en avait », déplore le tabacologue Ivan Berlin. Le marché en pleine expansion attire des fabricants parfois peu scrupuleux.
L’industrie du tabac, confrontée à la baisse des ventes de cigarettes, investit massivement dans la vape dont le design, les arômes et l’image « moins nocive » séduisent les jeunes. Les professionnels de santé appellent à un encadrement renforcé de la composition des liquides et de la publicité ciblant les mineurs. Depuis octobre 2024, les puffs, cigarettes électroniques jetables, très prisées des adolescents, sont interdites car elles incitent à fumer et présentent un risque important pour la santé.
« Toutes les vapes devraient être interdites aux non-fumeurs. Quand on n’a jamais rencontré la nicotine, il ne faut surtout pas commencer », insiste le docteur Berlin. La nicotine est une substance hautement addictive. L’exposition précoce conduit souvent à une dépendance durable. « Celui qui commence devient tôt ou tard vapoteur chronique ou fumeur », observe le médecin. Les études confirment que les jeunes vapoteurs ont trois fois plus de risques de fumer par la suite comparés à ceux qui ne vapotent pas.
Des risques encore mal connus
Même sans fumée, la vaporette émet des particules très fines qui expose l’entourage. « Vapoter dans une pièce fermée entraîne une inhalation passive. Des analyses d’urine pratiquées sur l’entourage du vapoteur peuvent le démontrer », avertit le docteur Ivan Berlin. La nicotine se dépose aussi sur les tissus, les meubles et les vêtements, ce qui peut nuire aux tout-petits. « Un bébé qui rampe au sol peut en absorber. »
Le médecin recommande de vapoter uniquement à l’extérieur. « Aérer la pièce où l’on a vapoté ne suffit pas. » Les effets du vapotage sur certaines populations, notamment les femmes enceintes, restent mal documentés. « Nous manquons d’études fiables sur ses effets sur la grossesse ou le développement du fœtus », reconnaît le tabacologue.
Certaines recherches évoquent des effets cardiovasculaires ou respiratoires liés au vapotage intensif, mais les données demeurent insuffisantes. D’autres suggèrent un risque d’inflammation gingivale et des impacts sur la santé bucco-dentaire.
Une réglementation en construction et des recherches en cours
Depuis le 1er octobre 2017, la loi de modernisation du système de santé interdit l’usage de la cigarette électronique dans les lieux de travail fermés, les écoles, les transports publics et les structures accueillant des mineurs. Dans certains lieux comme les chambres d’hôtel, l’autorisation dépend du règlement interne.
Vapoter au volant peut également être sanctionné, car la cigarette électronique, tenue à la main, peut gêner la conduite.
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) conseille, lors d’achats en ligne de produits de vape, de vérifier la clarté des informations (nom, fournisseur, précautions, quantité). Elle préconise aussi de se laver les mains après manipulation des recharges qui doivent être gardées hors de portée des enfants.
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) étudie les cigarettes électroniques et autres produits de vapotage vendus en France afin de mieux comprendre leurs effets et les risques pour la santé. Elle publie régulièrement leurs caractéristiques et signale les données erronées fournies par les fabricants.
(1) Le formaldéhyde, cancérigène connu, est présent dans certains liquides de cigarettes électroniques. De même que l’acroléine, et un grand nombre d’autres produits chimiques, utilisé comme désherbant, également présent dans la vapeur des vaporettes.
Les recommandations de l’Anses sur la vape
En février 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié un rapport sur les dangers potentiels de la cigarette électronique afin de mieux comprendre ses impacts sur la santé. La vape ne provoque certes pas de combustion, mais elle n’est pas pour autant sans conséquence. En effet, les aérosols inhalés contiennent différentes substances possiblement nocives, comme des composés irritants, toxiques ou cancérogènes, pouvant affecter les voies respiratoires, le système cardiovasculaire et la santé globale à long terme.
L’agence sanitaire souligne que les risques augmentent avec la fréquence et la durée d’utilisation. Ils existent même en l’absence de nicotine. Elle alerte sur l’usage de la cigarette électronique chez les jeunes et les non-fumeurs. Le vapotage peut entraîner chez eux une dépendance et favoriser ensuite le passage au tabac. Si, dans certains cas, la vape peut aider des fumeurs à réduire ou arrêter leur consommation de cigarettes, l’Anses rappelle qu’il s’agit d’un outil de sevrage temporaire qui doit s’inscrire dans une démarche accompagnée par des professionnels de santé.
Elle appelle à appliquer les interdictions de publicité et de promotion, ainsi que de vente aux mineurs. Il est aussi nécessaire selon elle d’informer au mieux le grand public.
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Commentaires
dominique
14 novembre 2025 à 10h11
Gilbert
14 novembre 2025 à 15h11