Otite : soulager la douleur et éviter les récidives

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Sandrine Letellier

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Otite : soulager la douleur et éviter les récidives
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Douleur à l’oreille, sensation d’oreille bouchée, fièvre… L’otite est fréquente et souvent douloureuse, chez l’enfant comme chez l’adulte. Mais comment la reconnaître et surtout la soulager rapidement ? Le point sur les traitements possibles, les bons réflexes à adopter et les solutions pour éviter les récidives.

« À 2 ans, mon fils enchaînait les otites. Il se réveillait en pleine nuit en pleurant, se touchait l’oreille, avait parfois de la fièvre… C’était très impressionnant et surtout épuisant pour lui comme pour nous », raconte la maman d’Élio. De nombreux parents, mais aussi des adultes, se retrouvent démunis face à ces douleurs intenses et parfois récurrentes.

Une maladie aux multiples visages

« Quand on parle d’otite, on a souvent l’impression de désigner une seule et même pathologie, alors qu’en pratique cette inflammation de l’oreille recouvre une grande diversité de situations », explique le Dr Yohan Gallois, ORL à l’hôpital de Purpan, au CHU de Toulouse.

L'otite peut ainsi concerner le conduit auditif externe (otite externe), la cavité située derrière le tympan (otite moyenne aiguë) ou, plus rarement, l'oreille interne (otite interne que l'on appelle plutôt labyrinthite). « En général, les deux formes les plus fréquentes sont l'otite moyenne aiguë chez l'enfant et l'otite externe chez l'adulte qui se baigne régulièrement ou qui a les oreilles exposées à l'humidité », précise le Dr Gallois.
 

L'otite moyenne aiguë déclenchée par des causes variées

Dans la majorité des cas, l'otite moyenne aiguë survient après un simple rhume. « Elle est la complication d'une infection ORL classique, note le médecin. Les germes du nez et du rhinopharynx remontent vers l'oreille moyenne via la trompe d'Eustache. » Chez l'enfant, ce phénomène est favorisé par l'anatomie avec une trompe d'Eustache plus courte et plus horizontale. Elle draine alors moins bien, ce qui facilite la stagnation des sécrétions et la prolifération des bactéries. D'autres facteurs entrent en jeu : vie en collectivité (crèche, petite école…), exposition au tabac, allergies, pollution.

« L’otite moyenne aiguë se manifeste le plus souvent par une douleur profonde, pulsatile, associée à une fièvre, une sensation d’oreille bouchée et parfois une baisse d’audition, décrit le Dr Gallois. Chez l’enfant, elle peut aussi entraîner irritabilité ou troubles du sommeil, voire des troubles digestifs, qui vont dérouter les parents. » Lorsque la pression devient trop importante derrière le tympan, celui-ci peut se perforer et un écoulement peut apparaître. « La perforation est souvent très impressionnante, mais c'est un mécanisme de protection, rassure le médecin. Le pus s'évacue, la pression diminue et la douleur aussi. Le tympan cicatrise en général spontanément et sans séquelles. »

L'otite externe liée à l'humidité

« On a tous des bactéries sur la peau, comme le staphylocoque doré ou le pseudomonas, précise le Dr Gallois. Tant que le conduit auditif est sec, tout va bien. Mais si de l’eau stagne, ces bactéries peuvent macérer, se multiplier et déclencher une infection. » L'otite externe provoque une douleur très vive localisée au niveau du conduit, généralement sans fièvre. Elle s’accompagne souvent de démangeaisons et parfois d’un léger écoulement.

L'otite séreuse, une forme fréquente mais silencieuse

Moins connue du grand public, l'otite séreuse, ou séro-muqueuse, est pourtant extrêmement fréquente, notamment chez les jeunes enfants. « On parle parfois de « rhume de l'oreille », indique le Dr Gallois. Mais il y a toujours un liquide clair non infecté derrière le tympan qui peut altérer l'audition. »

Ces otites séreuses sont peu ou pas douloureuses. Le problème, c'est qu'elles passent souvent inaperçues. « Or, chez un enfant en plein apprentissage du langage, une baisse d'audition prolongée peut avoir un impact réel sur son développement, prévient le médecin. Lorsque ce liquide persiste au-delà de trois mois, il peut favoriser les infections à répétition et cette forme d'otite nécessite alors une prise en charge spécifique. »

Quand faut-il consulter ?

Beaucoup d’otites guérissent spontanément. Toutefois, en présence de douleurs intenses, de fièvre, d'écoulement ou symptômes inhabituels, surtout chez l'enfant, il est impératif de consulter un médecin. « Dans la grande majorité des cas, il n’y a pas d’urgence absolue à consulter dans la journée, observe le médecin. En revanche, il faut être attentif à certains signes, comme des troubles de l’équilibre, une paralysie faciale ou un enfant très altéré sur le plan général », insiste le spécialiste.

Opter pour des traitements adaptés… et mesurés

Les antalgiques sont essentiels pour soulager la douleur. Ainsi, le paracétamol est le traitement de première intention. « Aujourd’hui, on sait que dans beaucoup de cas, notamment chez l’enfant, une otite moyenne aiguë peut évoluer favorablement sans antibiotique, affirme le spécialiste. Aussi, pour un enfant de plus de 2 ans, on recommande souvent d’attendre 48 heures si la situation est bien tolérée. Prescrits au bon moment, plutôt que systématiquement, les antibiotiques restent efficaces plus longtemps contre les bactéries », explique le Dr Gallois.

Lorsque nécessaire, l’amoxicilline, efficace dans 90 % des cas, reste le traitement de référence. Mais dans certains cas, comme l'otite séro-muqueuse, les antibiotiques sont complètement inutiles.

Otites à répétition : quand faut-il poser des diabolos ?

Chez certains enfants, les épisodes se répètent ou l’otite séreuse s'installe dans la durée. « Quand un enfant présente plusieurs otites sur une courte période, ou qu’un liquide persiste derrière le tympan pendant plusieurs mois, on peut être amené à proposer un traitement spécifique, informe le Dr Gallois. Il s’agit de la pose d’aérateurs transtympaniques, qu’on appelle les diabolos. » Ces petits tubes sont insérés dans le tympan pour ventiler l’oreille. L'objectif ? Aérer la caisse du tympan, évacuer les sécrétions, améliorer l’audition et casser le cercle des infections à répétition !

L'intervention est rapide, le plus souvent sous anesthésie générale chez l'enfant. « Ce n’est pas une chirurgie lourde, mais ce n’est pas non plus un geste anodin, précise le spécialiste. C’est pour cela qu’on a beaucoup réduit les indications ces dernières années. On ne pose des diabolos que lorsque c’est réellement nécessaire. » Parfois, une ablation des végétations est associée. En effet, si elles bouchent la trompe d’Eustache, elles entretiennent les infections. Les enlever peut améliorer la situation.

Prévenir les récidives et surveiller les complications

La prévention repose sur des gestes simples comme les lavages réguliers du nez, en particulier chez l'enfant, afin de limiter l'encombrement du rhinopharynx.

« Il est important d’éviter d’exposer les enfants au tabagisme passif, souvent sous-estimé, mais qui favorise la survenue d’otites », rappelle le Dr Gallois. Il convient également de traiter les allergies, de bien sécher les oreilles, et plus encore après les baignades, et de ne pas recourir à l'usage de cotons-tiges. « Le cérumen est une protection naturelle, insiste le médecin. Le retirer de manière répétée, comme le font de trop nombreux patients, fragilise le conduit auditif et favorise les infections. »

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