Piqûre de méduse : est-elle dangereuse ?

Publié le , actualisé le

Peggy Cardin-Changizi

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Piqûre de méduse : attention aux réactions allergiques
© Getty Images

Sommaire

Chaque été, les méduses s'invitent sur les plages françaises et gênent la baignade de nombreux vacanciers. Quels sont les bons réflexes après avoir été touché ? Quand faut-il s'inquiéter et consulter un médecin ? On répond à vos questions

De nombreuses plages sont envahies par ces animaux gélatineux (essentiellement de type Aurélia Aurita, Rhizostoma-pulmo ou Pelagia noctiluca), au grand désespoir des baigneurs. Si leurs piqûres ne sont pas mortelles, elles peuvent en revanche être particulièrement douloureuses.

« Même si on ne voit pas forcément l'animal nous piquer dans l'eau, les premiers symptômes après le contact avec la méduse, et surtout avec ses tentacules, arrivent très rapidement, explique le Dr Catherine Quequet, allergologue et auteure de « Allergies et environnement. Conseils pratiques au quotidien » (KDP Publishing). On ressent tout d'abord l'impression d'une décharge électrique, puis une sensation de brûlure, des rougeurs semblables à des plaques d'orties et de vives démangeaisons ».

Que faut-il faire après une piqûre de méduse ?

Dans certains cas, les tentacules peuvent provoquer des cloques ou des vésicules. « Il ne faut surtout pas les percer ni les toucher avec les mains pour éviter le risque d'infection », alerte l'allergologue.

Que faire alors ? « Sortez de l'eau, rincez abondamment avec de l'eau de mer (et jamais avec de l'eau douce) sans frotter et tentez d'enlever les filaments urticants collés à la peau. Pour cela, appliquez du sable sur la plaie puis grattez doucement à l'aide d'un carton rigide (une carte postale par exemple) ou d'une carte bancaire ».

Peu importe qu'elle soit tropicale ou non, l'eau de mer reste hyperosmolaire par rapport à la peau et donc la plus indiquée, contrairement à l'eau douce, qui provoquerait un choc osmotique et libérerait d'un coup le venin restant dans les cellules urticantes encore accrochées à la peau.

Désinfecter la zone avec un antiseptique

Pour désinfecter, il faut éviter l'alcool médical et privilégier plutôt un antiseptique. Et oubliez le remède de grand-mère consistant à uriner sur la brûlure, c'est une idée reçue totalement inutile.

Même logique pour l'eau de Javel, le Coca-Cola ou le jus de citron pur, parfois évoqués eux aussi comme remèdes de grand-mère : aucun n'a d'intérêt et tous risquent d'aggraver l'irritation.

« Si la plage est surveillée, le plus simple est d'aller au poste de secours où les sauveteurs présents pourront vous apporter les premiers soins », propose le Dr Damien Tomasso, médecin généraliste et coordonnateur médical du Centre de Santé Bauchat-Nation (Paris XIIe).

Apaiser la douleur avec une crème hydratante

Le vinaigre, souvent cité comme geste réflexe, est en réalité à proscrire pour les méduses de nos côtes. « L'application de vinaigre sur les piqûres de méduses en France, qui sont des scyphozoaires, est contre-indiquée, précise le Dr Quequet. Il ne sera efficace que sur les méduses hydrozoaires et cubozoaires, que l'on ne rencontre pas dans nos eaux. » Pour ces dernières, rencontrées uniquement en zone tropicale, le geste est alors inversé : un rinçage au vinaigre dilué à 5 % pendant 30 secondes, avant de terminer à l'eau de mer.

On peut également mettre une crème de type Biafine ou une crème à base de cuivre ou de zinc (Cicalfate, Cicabio ou Cicaplast par exemple) pour apaiser la brûlure. « Pour les réactions très localisées et sans lésions ouvertes, un dermocorticoïde d'application locale (crème ou pommade), prescrit après avis médical et sur ordonnance, permet de soulager les démangeaisons », suggère le généraliste. Il peut être associé à un antihistaminique oral.

« On peut utiliser un dermocorticoïde faible, sur prescription médicale, en limitant l'exposition au soleil de la zone traitée, si la peau reste rouge et irritée mais sans perte de peau », précise le Dr Tomasso.

Quel antihistaminique est efficace contre les piqûres de méduses ?

Contrairement aux antihistaminiques historiques comme la dexchlorphéniramine (nom commercial : Polaramine), le Dr Tomasso recommande aujourd'hui des molécules de deuxième génération, telles que la cétirizine, la desloratadine et d'autres molécules prescrites sur ordonnance. La Dr Quequet confirme, de son côté, l'intérêt des antihistaminiques de deuxième génération, avec un effet moins sédatif, sans recommander de molécule en particulier. Seule la cétirizine est disponible sans ordonnance en pharmacie, et uniquement en petite boîte de 7 comprimés ; la desloratadine reste toujours soumise à prescription médicale. Dès que plusieurs lésions apparaissent ou que la douleur devient plus importante, une consultation médicale s'impose. Seul bémol : chez la femme enceinte, certains antihistaminiques sont déconseillés. Le site du Centre de référence sur les agents tératogènes (CRAT) permet de vérifier au cas par cas les molécules compatibles avec la grossesse.

Quand faut-il s'inquiéter d'une piqûre de méduse ?

Dans le meilleur des cas, les lésions disparaissent en une dizaine de jours. « Si la douleur n'est pas invalidante et que la réaction locale n'est pas trop importante, il n'y a pas de risque à se baigner ensuite », souligne le Dr Tomasso.

Mais les piqûres de méduse peuvent avoir parfois des effets secondaires plus importants. « Il peut y avoir une réaction plus diffuse soit en taille (supérieure à 50 % d'un membre) ou avec des maux de tête, des vomissements ou des symptômes respiratoires nécessitant un appel aux services d'urgence », alerte le généraliste.

Le Dr Tomasso précise les signes qui doivent alerter : 

  • Une éruption ou une rougeur très étendue qui ne se calme pas malgré le rinçage à l'eau de mer, voire qui continue de progresser dans les heures qui suivent ; 
  • Une lésion proche des yeux ou du visage ;
  • Ou encore une réaction généralisée avec gêne respiratoire ou difficulté à déglutir.

Concernant les yeux plus spécifiquement, le Dr Tomasso ajoute qu'en cas de projection de venin ou de piqûre proche des yeux, il faut rincer abondamment au sérum physiologique et consulter un ophtalmologiste pour s'assurer qu'il n'y a pas de lésion de la conjonctive ou de la cornée.

Quels risques en cas de piqûre mal soignée ?

Au-delà de la douleur immédiate, une piqûre mal soignée peut aussi se compliquer d'une surinfection locale, nécessitant alors des antibiotiques et des soins locaux. Autre point de vigilance : une traînée rouge qui part du point de piqûre en direction des ganglions, appelée lymphangite, accompagnée de fièvre. Elle impose une consultation rapide, parfois même une hospitalisation. 

Des cicatrices peuvent également persister, en fonction de la gravité de la piqûre et du nombre de tentacules ayant été en contact avec la peau. 

Faut-il alors parler d'allergie ? Sur le principe, la réaction déclenchée par une piqûre de méduse reste avant tout toxique, insiste la Dr Catherine Quequet, et non allergique.

Un peu de prévention permet aussi d'éviter bien des piqûres. Certains sites, comme Meduseo.com, signalent en temps réel la présence de méduses sur le littoral français grâce aux témoignages des baigneurs. Et pour les plus frileux, une combinaison légère type Lycra offre une protection simple et efficace, notamment lors d'activités nautiques.

Quel lien avec l'allergie alimentaire au PGA ?

Les phénomènes allergiques liés aux méduses ne concernent pas la piqûre elle-même, mais deux situations bien précises : l'allergie au natto, favorisée par le passage du PGA lors d'une piqûre, et l'allergie alimentaire aux méduses comestibles. « On a eu connaissance de quelques cas de surfeurs en Asie et en Australie qui ont développé des réactions allergiques sévères (avec choc anaphylactique (1)) 10 à 12 heures après avoir mangé du natto », relate le Dr Quequet. Il s'agit d'une préparation issue de la cuisine traditionnelle japonaise à base de fèves de soja jaune bouillies et fermentées.

Un lien est alors établi entre l'activité sportive de surfeur (souvent en contact avec ces animaux) et l'ingestion de natto. « L'élément allergénique commun, l'acide gamma polyglutamique (γ-PGA), est alors identifié. » Parallèlement, le PGA est transmis à l'homme par l'intermédiaire des tentacules de méduses. « Ainsi, lorsqu'un surfeur est attaqué par des méduses, il se sensibilise par contact à cet allergène ».

Une autre source d'ennuis peut provenir de la consommation de salades de méduse comestible ou de pâtes ou soupes chinoises. « Il semblerait que ce soit le collagène de méduse, qui serait impliqué dans ce cas d'allergie alimentaire très particulier », conclut la spécialiste.

(1) Choc anaphylactique : urgence médicale qui doit rapidement être traitée par injection d'adrénaline par intramusculaire et une hospitalisation pendant au moins 7 heures pour surveillance.

Rédigé par

Peggy Cardin

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.
Tous les champs sont obligatoires.

Ce site utilise un système anti- spams pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A lire aussi

  • Quelles sont les maladies de l’été chez les enfants ?

    Maladies et traitements

    L’été, les enfants sont plus exposés aux risques de la chaleur, aux infections ORL, aux piqûres d’insectes… Comment les éviter ? Quels sont les traitements dispensés ? Tour d’horizon des principales affections et autres pathologies estivales....

    Quelles sont les maladies de l’été chez les enfants ?
  • Insolations, coups de chaleur : 5 conseils pour les éviter

    Maladies et traitements

    Lorsque le corps n’arrive plus à réguler sa température et que celle-ci augmente au-delà de 40°, les conséquences pour l’organisme peuvent être graves, voire fatales. Certains gestes simples permettent pourtant de prévenir les risques d’insolations...

    Insolations, coups de chaleur : 5 conseils pour les éviter