Pratiques de soins non conventionnelles : 5 conseils pour se protéger des dérives et des arnaques

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Émilie Gilmer

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Pratiques de soins non conventionnelles : 5 conseils pour se protéger des dérives et des arnaques
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Sommaire

On les appelle « médecines douces », « médecines alternatives » ou « médecines naturelles ». Si certaines pratiques de soins non conventionnelles (PSNC) peuvent accompagner un suivi médical classique, d’autres présentent des risques avérés. Certains réflexes peuvent toutefois aider à s’en prémunir.

1. Apprendre à faire le tri

Les pratiques de soins non conventionnelles PSNC recouvrent un large éventail de techniques et d’approches. Elles englobent, par exemple, l’ostéopathie, la sophrologie, l’acupuncture, l’aromathérapie (thérapie par les huiles essentielles) ou encore la naturopathie. L’OMS en recense aujourd’hui près de 400 et leur nombre ne cesse d’augmenter.

Comme le rappelle le ministère de la Santé dans un communiqué, elles ont un point commun. « Elles ne sont ni reconnues, au plan scientifique, par la médecine conventionnelle, ni enseignées au cours de la formation initiale des professionnels de santé. »

Pour autant, il y a entre elles des distinctions à faire. Car, au sein même d’une PSNC, il existe des protocoles dont l’intérêt est démontré par des données probantes, tandis que d’autres ne le sont pas.

« La première question à se poser est donc de savoir si le protocole de soin qui nous intéresse a apporté des preuves scientifiques de son efficacité sur un problème précis de santé : limiter les effets secondaires d’un traitement, soulager une douleur, etc. », observe le Dr Sylvie Quelet, médecin de santé publique et directrice de projets au sein de l’Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine.

Bon à savoir : Le Référentiel des interventions non médicamenteuses (INM) mis au point par une société savante Non-Pharmacological Intervention Society (NPIS) recense les protocoles de soin et de prévention explicables, efficaces et sûrs. Ce peut être un programme d’activité physique adaptée, une thérapie manuelle, un régime alimentaire spécifique, une psychothérapie, un programme d’éducation pour la santé, un protocole de musicothérapie, etc. 

« Pour rappel, une INM(1) est un protocole qui a une durée donnée, qui vise une indication de santé spécifique et dont les bénéfices et les risques ont été identifiés par des études cliniques », explique le Pr Grégory Ninot, président-fondateur de la NPIS. Le Référentiel des INM invite les usagers et les professionnels à partager leur retour d’expérience afin de faire progresser ces pratiques.

2. S’adresser à un professionnel compétent

Le choix du praticien est crucial afin de garantir la qualité de l’intervention et d’écarter les risques de dérives. Il existe en France quatre disciplines réglementées, qui peuvent faire l’objet d’un titre autorisé par le Conseil de l’Ordre : l’homéopathie, l’acupuncture, la mésothérapie(2) et l’ostéopathie (même si cela ne veut pas dire que leur efficacité est démontrée).

« Cela signifie par contre que ces pratiques ne peuvent être proposées que par des professionnels de santé (médecin, sage-femme ou chirurgien-dentiste) titulaires d’un diplôme universitaire (DU) dans la spécialité concernée, précise le Dr Sylvie Quelet. Avec une exception pour l’ostéopathie, dont l’exercice est accessible non seulement aux médecins, sages-femmes, masseurs-kinésithérapeutes et infirmiers titulaires d’un DU, mais aussi aux non-professionnels de santé, à condition qu’ils possèdent un diplôme délivré par un établissement agréé par le ministère de la Santé. »

Si ces conditions ne sont pas respectées, on parle donc d’exercice illégal de la médecine.

« On peut aussi ajouter à ces quatre disciplines l’hypnose médicale, précise l’experte. Elle ne fait pas partie des professions réglementées, mais elle est considérée comme un acte médical et ne peut être proposée, là encore, que par un médecin diplômé, un chirurgien-dentiste, une sage-femme, ou d’autres professionnels de santé sous leur responsabilité. »

Le reste des pratiques (très nombreuses) ne possède aucun cadre réglementaire et aucun diplôme n’est exigé pour s’installer. « C’est tout le problème, car elles ne s’appuient sur aucune preuve scientifique, remarque le Dr Sylvie Quelet. Il ne s’agit pas de les écarter de manière systématique. Par contre, aucune confusion ne doit être entretenue : ces pratiques doivent être présentées comme relevant du bien-être, en aucun cas du soin. »

Bon à savoir : Pour vérifier qu’un praticien est bien un professionnel de santé diplômé, il suffit de consulter le registre RPPS(3) géré par les Agences régionales de santé. Si c’est un médecin, on peut également vérifier son inscription au tableau de l’Ordre des médecins en consultant le moteur de recherche accessible sur le site du CNOM. « Rappelons par ailleurs qu’un médecin doit limiter l’exercice de ses actes à sa spécialité et, éventuellement, à la discipline complémentaire à laquelle il est formé, indique le Dr Sylvie Quelet, médecin de santé publique. Être médecin n’autorise pas à réaliser tous les actes médicaux. »

3. Toujours considérer cette pratique comme un complément

Aucune de ces pratiques ne peut prétendre tout guérir. En novembre 2025, l’Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine a lancé une campagne régionale pour informer le public sur les Pratiques de soins non conventionnelles (PSNC), intitulée Un complément, jamais un remplacement ! « Il est essentiel de rappeler que ces pratiques ne doivent pas entrer en concurrence avec un soin conventionnel (médicament, chirurgie, radiothérapie(4), par exemple), souligne le Dr Sylvie Quelet. Car cela peut engendrer un retard de prise en charge ou une rupture de soins, et donc une perte de chance pour le patient. »

En revanche, compléter un protocole de soin classique avec des PSNC peut apporter un mieux-être qu’il ne faut pas négliger. Au CHU de Bordeaux, l’Institut de médecine intégrative et complémentaire (IMIC) s’inscrit dans cette démarche en prenant en compte l’individu dans sa globalité, c’est-à-dire en répondant à tous ses besoins de santé : physique, psychologique, sociale. « L’utilisation de l’hypnose dans les anesthésies ou de la méditation dans le soulagement des douleurs chroniques et/ou les maux liés aux traitements des cancers apporte d’excellents résultats, remarque l’experte. Ces techniques sont utilisées par des professionnels de santé formés. »

Bon à savoir : Il est recommandé de prévenir son médecin traitant de cette prise en charge complémentaire. « Avoir deux approches de santé qui fonctionnent en parallèle, et qui s’ignorent, est la pire des choses, observe le Pr Grégory Ninot, président-fondateur de la NPIS. Les risques sont nombreux, notamment de toxicité, de négligence, de retard de traitement, d’abus en tout genre, et in fine de perte de chance. Il ne devrait y avoir qu’une seule et unique santé, comme il n’y a qu’une seule médecine. »

4. Cultiver son esprit critique

« Ce n’est pas parce que c’est "naturel" que c’est sans risque, rappelle la campagne de communication portée par l’ARS Nouvelle-Aquitaine. C’est pourquoi il est essentiel de conserver un regard critique : tout acte à visée thérapeutique comporte potentiellement des effets indésirables. »

Par ailleurs, un praticien qui n’est pas un professionnel de santé se doit de respecter certaines limites. Il n’a pas le droit, par exemple, de poser un diagnostic, d’interroger le patient sur ses antécédents médicaux ou de prescrire un traitement. De même, certains comportements sont formellement proscrits :

  • Affirmer que le patient détient le pouvoir d’autoguérison,
  • Remettre en cause la science et inciter le patient à arrêter ses traitements,
  • L’inciter à des dépenses répétées et conséquentes pour améliorer ou rétablir sa santé, etc.

Le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) a créé le dérivomètre, un outil de repérage, de clarification et de protection. « Par exemple, si quelqu’un vous dit de stopper votre chimiothérapie, votre traitement pour la thyroïde ou vous propose un toucher vaginal ou rectal, ce sont des signaux d’alerte majeurs, explique le docteur Hélène Harmand-Icher, présidente de la section Santé publique du CNOM et médecin généraliste. Au-delà des signaux d’alerte, le dérivomètre rappelle un principe essentiel de déontologie : toute prise en charge doit respecter les données acquises de la science, ne jamais détourner un patient d’un traitement éprouvé et toujours placer sa sécurité ainsi que son intérêt au premier plan. La confiance ne peut exister que dans un cadre éthique, transparent et respectueux des compétences de chacun. »

Le CNOM a également réalisé un état des lieux des PSNC et leurs dérives en identifiant les risques inhérents à certaines « techniques » qui ne sont, à ce jour, ni validées scientifiquement ni encadrées juridiquement. 23 d’entre elles – l’auriculothérapie, la biologie totale, l’étiopathie, la médecine holistique, la lithothérapie ou la ventousothérapie, etc. – font l’objet d’une fiche pratique détaillée.

Bon à savoir : À ce jour, les termes « médecine » ou encore « docteur » ne sont pas protégés. De ce fait, comme le rappelle le CNOM, ils peuvent être utilisés de façon ambiguë par des non-professionnels de santé. « Il faut aussi se méfier du terme thérapeute, qui est parfois mis en avant par des experts autoproclamés alors qu’il ne correspond à aucune qualification spécifique, observe le Dr Sylvie Quelet, médecin de santé publique et directrice de projets au sein de l’ARS Nouvelle-Aquitaine. Il doit, de ce fait, susciter la vigilance. »

5. Donner l’alerte

Derrière un discours dénigrant la médecine conventionnelle, le risque d'emprise et de dérives sectaires est réel. D'après la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), 70 % des signalements de dérives dans le domaine de la santé en France concernent des pratiques de soins non conventionnelles.

Par ailleurs, comme le rappelle l’ARS Nouvelle-Aquitaine, toute publicité pour une méthode non conventionnelle qui « ne traduit pas la réalité, est mensongère ou peut conduire des personnes confiantes à l’utiliser alors qu’elle est dangereuse », peut aussi faire l’objet d’un signalement auprès de :

  • La direction générale de concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ;
  • L’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) ;
  • La direction départementale de la protection de la population (DDPP).

Bon à savoir : « Nous observons que la pratique du jeûne, en plein essor, est particulièrement concernée par les risques de dérives, avec le développement de théories mystiques et ésotériques qui reposent sur des croyances, non sur des faits scientifiques, et qui peuvent se révéler dangereuses, souligne le Dr Sylvie Quelet. En réalité, le jeûne est une pratique médicale qui doit nécessairement être encadrée. »

(1) Ce terme a été créé par la Haute Autorité de santé (HAS) en 2011 et est utilisé par la communauté scientifique et médicale depuis une vingtaine d’années.
(2) Une technique consistant à injecter localement, de façon très superficielle et peu douloureuse de faibles doses de médicaments. Des doutes subsistent néanmoins quant à sa sécurité, ce qui doit inciter à la prudence.
(3) Répertoire partagé des professionnels de santé.
(4) Selon l’Institut national du cancer (Inca), la radiothérapie consiste à utiliser des rayonnements pour détruire les cellules cancéreuses en bloquant leur capacité à se multiplier. Elle est l'un des principaux traitements contre le cancer.

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