Dérivomètre : un outil pour repérer les pratiques de soins non conventionnelles

Publié le

Patricia Guipponi

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Dérivomètre : un outil pour repérer les pratiques de soins non conventionnelles
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Face à la multiplication des pratiques de soins non conventionnelles et aux discours pseudo-médicaux, le Conseil national de l’Ordre des médecins a conçu le dérivomètre. Ce document, destiné aux médecins et aux patients, identifie et signale les lignes rouges à ne pas franchir.

La confusion autour des pratiques de soins alternatives n’a jamais été aussi forte. Réseaux sociaux, influenceurs santé, experts autoproclamés… depuis la crise du Covid-19, les discours dénués de fondement scientifique se sont banalisés, brouillant les repères des patients. Dans ce contexte, le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) a élaboré le dérivomètre, un document téléchargeable d’information, de prévention et d’alerte, destiné à encadrer les dérives thérapeutiques.

« Le dérivomètre a été conçu comme un outil de repérage, de clarification et de protection », explique le docteur Hélène Harmand-Icher, présidente de la section Santé publique du CNOM et médecin généraliste. « Il alerte sur la multiplication de pratiques présentées comme médicales alors qu’elles ne le sont pas. Par ailleurs, il prévient les patients dont le manque de discernement, face aux informations fausses ou détournées sur les réseaux sociaux, est croissant. »

Un document destiné à être affiché dans les salles d’attente

Le dérivomètre du CNOM pose un cadre précis. Il rappelle ce qui relève strictement de l’exercice de la médecine et ce qui est formellement interdit à toute personne non professionnel de santé. Entendre par là : poser un diagnostic, interroger le patient sur ses antécédents médicaux, tenir un discours pseudo-médical, promettre une guérison, inciter à l’arrêt d’un traitement ou pratiquer des actes invasifs.

« Par exemple, si quelqu’un vous dit de stopper votre chimiothérapie, votre traitement pour la thyroïde ou vous propose un toucher vaginal ou rectal, ce sont des signaux d’alerte majeurs », insiste le docteur Hélène Harmand-Icher. Ces comportements peuvent entraîner des retards de prise en charge, des ruptures de soins, voire des situations d’emprise mentale ou de violences sexuelles.

Présenté sous forme de fiche répertoriant les limites à ne pas dépasser et les comportements à proscrire, le dérivomètre est notamment destiné à être affiché dans les salles d’attente des professionnels de santé. Il s’adresse autant aux médecins qu’aux patients. Pour les premiers, il s’agit d’un outil d’alerte pour sa patientèle et de signalement. Pour les seconds, il représente un support pédagogique pour pouvoir identifier les soins non conventionnels de ceux qui ne le sont pas.

Les messages clés du dérivomètre

  • Protéger les patients avant tout en identifiant les situations dangereuses et les comportements interdits.
  • Définir clairement l’exercice illégal de la médecine. Diagnostic, promesses de guérison, actes invasifs ou prescriptions sont réservés aux professionnels de santé.
  • Lutter contre les emprises et les discours pseudo-scientifiques. Mysticisme, culpabilisation, isolement sont des signaux d’alerte.
  • Renforcer la prévention et la vigilance pour éviter l’entrée dans des parcours de soins dangereux.
  • Restaurer une information fiable et une prise de décision éclairée, fondée sur des données scientifiques validées.

Environ 150 signalements de dérives enregistrés chaque année

Les dérives thérapeutiques touchent des publics variés. Certains profils sont particulièrement exposés : les patients atteints de maladies chroniques ou de cancers, les jeunes très présents sur les réseaux sociaux, les personnes âgées ou en situation de précarité. « Face à la maladie, nous sommes tous vulnérables, quel que soit notre niveau social ou éducatif », rappelle toutefois la présidente de la section Santé publique du CNOM.

Le manque de médecins dans certains territoires joue également un rôle dans cette dérive. « Ces praticiens non conventionnels profitent des déserts médicaux. Ils prennent le temps, écoutent, proposent une prise en charge individualisée. Cela peut créer un sentiment de soutien mais aussi une emprise psychologique très forte », observe le médecin.

Chaque année, la section Santé publique du CNOM enregistre environ 150 signalements de dérives thérapeutiques. Ils concernent notamment des promesses de guérison miracle, des discours mystiques ou quantiques, des dénigrements de la médecine conventionnelle, des pratiques commerciales agressives, des demandes financières exorbitantes. « Cela peut venir de professions non conventionnelles mais aussi de soignants. C’est une réalité qu’il ne faut pas nier », poursuit la praticienne.

Le dérivomètre donne un cadre et des limites légales et déontologiques

Pour le Conseil national de l’Ordre des médecins, il ne s’agit pas de condamner les pratiques alternatives en bloc. « Nous ne sommes pas dans la stigmatisation », souligne le docteur Hélène Harmand-Icher. Le dérivomètre est pleinement inscrit dans la mission de protection de la santé publique. « Nous donnons un cadre, des limites légales et déontologiques. »

Lorsqu’une dérive est identifiée, le CNOM peut saisir le procureur de la République au titre de l’exercice illégal de la médecine et travailler conjointement avec la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) en cas de suspicion d’emprise sectaire.

Une large diffusion du dérivomètre est prévue courant 2026. Elle sera accompagnée, à fil du temps, d’une évaluation de son impact et de possibles ajustements.
 

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