Puberté précoce : faut-il s’inquiéter ?

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Nathalie Ferron

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Puberté précoce : faut-il s’inquiéter ?
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La puberté précoce concerne majoritairement les petites filles. Quels en sont les signes évocateurs ? Comment la diagnostiquer ? Dans quels cas faut-il la prendre en charge ? Les explications des docteurs Maxime Gérard et Dr Éloïse Giabicani, endocrino-pédiatres à Paris.

Qu’est-ce que la puberté précoce ?

Période de transition entre l’enfance et l’adolescence, la puberté intervient généralement entre 8 et 13 ans chez les filles, entre 9 et 14 ans chez les garçons. Elle peut toutefois survenir plus tôt. « Les médecins définissent la puberté précoce lorsqu’elle survient avant l’âge de 8 ans chez les filles, et 9 ans chez les garçons », souligne le Dr Maxime Gérard, endocrino-pédiatre à Paris.

La puberté précoce concerne 2,5 % des enfants, plus souvent les filles que les garçons. « C’est un motif de consultation plus fréquent depuis quelques années. Pour autant, l’âge des premières règles n’a pas évolué », précise la Dr Éloïse Giabicani, endocrino-pédiatre à Paris.

Par ailleurs, les médecins parlent de puberté avancée lorsque celle-ci survient entre 8 et 9 ans chez les filles, entre 9 et 10 ans chez les garçons.

Quels sont les signes évocateurs d’une puberté précoce ?

La survenue de la puberté est souvent associée chez les filles à l’apparition des premières règles. Or, le critère médical qui détermine la puberté est l’apparition des seins. « Les premiers cycles menstruels surviennent généralement à la fin de la puberté, deux ans environ après le développement des seins », ajoute le Dr Maxime Gérard. Chez les garçons, l’augmentation du volume des testicules constitue le critère déterminant pris en compte pour diagnostiquer la puberté.

D’autres signes peuvent être associés ou survenir ultérieurement : accélération de la croissance, poussée des poils pubiens et axillaires, apparition des sécrétions vaginales, mue de la voix chez les garçons… « Les hormones qui provoquent l’apparition des seins ne sont pas celles qui interviennent dans la pilosité », explique la Dr Éloïse Giabicani. Chez les garçons, on peut également observer le développement de la pilosité ainsi que l’apparition de la libido.

Par ailleurs, certains signes comme une augmentation de l’appétit, une prise de poids et un changement de comportement alimentaire chez l’enfant doivent être pris en considération. « On observe une augmentation de l’appétit en raison des besoins énergétiques accrus de l’organisme. La puberté s’accompagne d’une prise de poids et de taille », précise le Dr Maxime Gérard.

Quelles sont les causes possibles d’une puberté précoce ?

Le plus souvent, la puberté précoce n’a pas de cause spécifique. « Dans plus de 90 % des cas, on parle de puberté précoce centrale idiopathique. Il s’agit d’une activation plus précoce de l’axe hypothalamo-hypophysaire près du cerveau », explique le Dr Maxime Gérard. Il peut aussi s’agir d’une tumeur cérébrale bénigne, d’un kyste, d’un traumatisme crânien, d’une malformation ou encore d’une affection neurologique. « Dans certains cas très rares, il peut s’agir d’une tumeur cancéreuse », pointe le Dr Éloïse Giabicani.

Dans d’autres cas, beaucoup plus rares encore, on parle de puberté précoce périphérique, c’est-à-dire en lien avec la production hormonale des gonades (ovaires et testicules). Chez les garçons, une atteinte lésionnelle est souvent en cause.

Si elle reste difficile à évaluer, la composante génétique semble jouer un rôle au même titre que les facteurs environnementaux. « Le rôle des perturbateurs endocriniens, présents dans les pesticides, les plastiques, les produits cosmétiques est désormais reconnu, même si on ne sait pas précisément quelle molécule chimique spécifique est en cause », poursuit la Dr Éloïse Giabicani.

Quelles sont les conséquences d’une puberté précoce sur la santé ?

Si la puberté précoce n’a pas d’incidence sur la santé, elle a toutefois un retentissement sur la croissance. « Quand le pic pubertaire se produit plus tôt, la durée de la croissance est plus courte, ce qui peut avoir une influence sur la taille définitive de l’enfant », explique la Dr Éloïse Giabicani.

Par ailleurs, cette situation peut occasionner des difficultés psychologiques, relationnelles et émotionnelles. « Sur le plan psychologique, cela peut être problématique en raison du regard que les autres vont poser sur l’enfant. Les enfants concernés par des troubles de neuro-développement, comme le TDAH ou ceux qui présentent une certaine immaturité sont particulièrement vulnérables », poursuit la spécialiste.

Comment diagnostiquer une puberté précoce ?

Pour diagnostiquer une puberté précoce, le médecin procède à un examen clinique complet. « Il va constater l’apparition des glandes mammaires chez la fille et l’augmentation du volume testiculaire chez le garçon », résume le Dr Maxime Gérard. Il va aussi évaluer la courbe, la vitesse de croissance et noter l’apparition de la pilosité. Une radiographie de la main et du poignet peut aussi être envisagée afin d’évaluer la maturation osseuse. « Cet examen est beaucoup moins prescrit aujourd’hui car il est souvent inutile », résume le Dr Maxime Gérard.

Chez les filles, la poussée des seins peut parfois être transitoire et survenir de manière isolée. Pour s’assurer qu’il s’agit bien de la puberté, le médecin peut alors prescrire une échographie pelvienne afin d’évaluer la taille de l’utérus et celle des ovaires. Une prise de sang peut également être utile. « On va doser les hormones de l’hypophyse ainsi que les œstrogènes (estradiol) chez les filles, les androgènes (testostérone) chez les garçons », précise la Dr Éloïse Giabicani.

Enfin, dans les cas où une lésion centrale est suspectée, une IRM (imagerie par résonance magnétique) cérébrale ou un scanner de la région hypothalamo-hypophysaire pourront être envisagés afin de détecter une éventuelle tumeur cérébrale.

Quelle prise en charge ?

Afin d’éviter un ralentissement de la croissance et/ou des conséquences psychologiques délétères, le médecin peut prescrire un traitement hormonal pour stopper la puberté. Administré sous la forme d’injections mensuelles ou trimestrielles d’hormones de synthèse, ce traitement vise à diminuer les taux d’hormone de l’hypophyse (gonadotrophines, LH et FSH) (1) au même niveau qu’avant le déclenchement de la puberté. Il est le plus souvent prescrit pour une durée minimale de deux ans chez les filles et les garçons.

Généralement bien toléré, il peut toutefois occasionner quelques effets secondaires. « Les injections par voie musculaire sont douloureuses. On peut aussi observer une augmentation de l’appétit chez certains enfants », pointe la Dr Éloïse Giabicani.

Avant de prendre une décision quant à un éventuel traitement, il convient donc de consulter un médecin, plus spécifiquement un pédiatre endocrinologue.

(1)    GnRH : Hormone de libération des gonadotrophine hypophysaires, produite par l’hypothalamus qui contrôle la maturation sexuelle.

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