Analyses de sang : comment bien lire ses résultats ?
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À quoi sert une analyse de sang en laboratoire ?
« Sa première fonction est d’aider au diagnostic, explique le Dr Agnès Georges-Walryck, biologiste hospitalier et chef du pôle biologie et pathologie du CHU de Bordeaux. Des signes cliniques orientent vers une ou plusieurs hypothèses qui sont confirmées ou écartées par l’analyse de sang. D’ailleurs, on estime que 70 % des diagnostics sont posés grâce à la biologie médicale. »
Sa deuxième fonction est de suivre l’évolution d’une maladie ou d’un traitement pour en évaluer l’efficacité. « Pour un sujet diabétique, par exemple, un dosage d’Hémoglobine Glyquée réalisé tous les trois mois permet de vérifier que le diabète est équilibré, explique le Dr Pascal Guérard, chef du pôle de biologie et pathologie du CHU de Dijon. Pour un patient qui suit un traitement anticoagulant par anti-vitamines K, un dosage de l’INR réalisé de manière régulière permet de vérifier la fluidité du sang et d’ajuster le traitement si nécessaire. »
La troisième utilité est celle de la prévention, notamment pour le dépistage d’infections sexuellement transmissibles (IST), comme l’hépatite B ou le VIH ou pour repérer une atteinte cancéreuse ou précancéreuse. « Nous pouvons rechercher de multiples marqueurs à travers une prise de sang, ajoute l’expert. Citons, par exemple, le PSA (antigène spécifique de la prostate) pour le cancer de la prostate ou l’ACE (antigène carcino-embryonnaire) pour le cancer du côlon, du sein, du poumon ou du pancréas. »
Bon à savoir : « Une analyse de sang ne s’interprète jamais de manière isolée, note le biologiste Pascal Guérard. Le médecin généraliste l’associe nécessairement à d’autres éléments : l’examen clinique, le profil du patient (âge, antécédents), l’imagerie médicale… » La présence de marqueurs sanguins évoquant un cancer ne suffit pas à le diagnostiquer, certaines pathologies sans gravité pouvant les faire également apparaître.
Dans quels cas une analyse de sang est-elle prescrite en général ?
Il existe diverses situations : une fatigue persistante (asthénie), une fièvre prolongée ou des signes d’anémie (essoufflement, palpitations, vertiges). Elle peut aussi intervenir dans d’autres cas : une infection récidivante, la présence d’un ictère (jaunisse) ou l’apparition d’hématomes sur la peau, qui évoquent un problème de coagulation.
L’analyse de sang est également proposée en dehors de tout symptôme, lorsque le médecin le juge utile. « Pour ma part, je préconise de réaliser, à partir de 50 ans et environ tous les cinq ans, une Numération formule sanguine (NFS) afin d’évaluer l’état de santé général du patient, ainsi qu’un bilan biochimique classique (dit "de routine"), pour vérifier certains paramètres comme le cholestérol et la glycémie (voir ci-dessous) », indique le Dr Pascal Guérard, chef du pôle de biologie et pathologie du CHU de Dijon.
Bon à savoir : « La prévention est cruciale car elle permet de dépister des maladies à un stade précoce ou de revoir son hygiène de vie afin de se prémunir de certaines maladies, précise le Dr Agnès Georges-Walryck, biologiste hospitalier et chef du pôle biologie et pathologie du CHU de Bordeaux. Néanmoins, il ne sert à rien de répéter des tests qui concourent tous à la même réponse.
Par exemple, si on évalue le taux de TSH afin de mesurer l’activité thyroïdienne, il est inutile de renouveler cet examen avant trois ou quatre semaines. De même, réaliser un dosage de PSA tous les six mois ne présente pas d’intérêt. C’est pourquoi, il est nécessaire de faire confiance à son médecin traitant, qui maîtrise les recommandations en termes de prévention et saura juger la pertinence d’un examen. »
Que peut-on mesurer avec une analyse de sang ?
« On peut mesurer plus de 5 000 paramètres différents dans une analyse de sang, recouvrant toutes les disciplines de la médecine (le domaine infectieux, la génétique, la cancérologie…), précise le biologiste Pascal Guérard. Néanmoins, la Numération formule sanguine (NFS) demeure, de loin, l’examen le plus prescrit tant il est informatif. »
Il explore en effet les trois types de cellules sanguines. « En ce qui concerne les globules rouges (dits "hématies"), on estime qu’un taux normal d'hémoglobine est de 13 grammes par décilitre chez l'homme, 12 chez la femme et 10,5 chez la femme enceinte à partir du deuxième trimestre de grossesse, rappelle le biologiste. S’il est inférieur à ces taux, on parle d’anémie. » Le volume globulaire moyen (VGM) est un indicateur de la taille des globules rouges, qui peut lui aussi révéler une anémie.
Les globules blancs, quant à eux, peuvent augmenter quand il y a une infection ou une inflammation ou diminuer, également en cas d’infection, en présence d’une maladie auto-immune ou, dans certains cas, d’une anomalie au niveau de la moelle osseuse. Concernant les plaquettes, qui servent à la coagulation, un nombre inférieur à 100 000/mm³ constitue un signe d’alerte qui conduit généralement à des examens complémentaires en fonction du tableau clinique du patient. « Cela peut signifier que la coagulation sanguine manque d’efficacité », note l’expert.
Bon à savoir : « Il ne faut pas forcément s’inquiéter devant certaines valeurs qui apparaissent en rouge ou en gras, car celles-ci sont toujours à interpréter en fonction de la situation clinique du patient, souligne le Dr Agnès Georges-Walryck. En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’un résultat est « hors norme » qu’il révèle un problème grave. » Par ailleurs, l’un des conseils des biologistes est de ne pas s’attarder sur les pourcentages dans une Numération formule sanguine, car ils peuvent être trompeurs. Seuls les chiffres en valeur absolue sont à prendre en compte.
Quels sont les autres examens/bilans les plus fréquemment prescrits et dans quels cas ?
Le bilan lipidique
Il évalue le cholestérol et les triglycérides. « Il est recommandé autour de 50 ans afin de prévenir les maladies cardiovasculaires car le cholestérol a tendance à abîmer les artères en silence, précise le Dr Pascal Guérard, chef du pôle de biologie et pathologie du CHU de Dijon. En cas d’antécédents familiaux, il est souhaitable de réaliser ce bilan assez tôt, dès l’âge de 20-25 ans. »
Le dosage du cholestérol isolé ne nécessite pas d’être à jeun. En revanche, cela s’impose pour les triglycérides.
Le bilan glycémique
Il permet de mesurer le taux de glucose dans le sang. Il est utile pour la détection d’un prédiabète ou d’un diabète, dès l’âge de 50 ans, voire plus jeune en cas d’antécédents. « Ce type de bilan permet aussi d’alerter le patient sur un risque de survenue de la maladie, afin qu’il améliore son hygiène de vie, avec une alimentation plus équilibrée et la pratique d’une activité physique régulière », remarque le Dr Agnès Georges-Walryck.
Ce bilan se réalise impérativement à jeun.
Le bilan rénal
Il évalue, entre autres, le taux de créatinine et la clairance de la créatinine (la vitesse à laquelle elle est éliminée), mais également le taux d’urée, de sodium (natrémie) et de potassium (kaliémie). « Il est utile de le faire autour de 50 ans parce que la fonction rénale peut se détériorer avec l’âge », note le Dr Pascal Guérard.
Le bilan rénal ne nécessite pas d’être à jeun.
Le bilan hormonal ou endocrinien
Il mesure le niveau d'œstradiol, de LH (hormone luténeisante) et de FSH (hormone folliculostimulante), afin d’évaluer l’activité hormonale. « Il est prescrit chez la femme en âge de procréer, en cas de difficultés à la procréation, et dans le cadre de toute démarche de Procréation médicalement assistée (PMA) », indique le Dr Agnès Georges-Walryck. Il est également prescrit pour une femme en ménopause lorsqu’un traitement hormonal de substitution est envisagé.
Il ne nécessite pas d’être à jeun.
Le bilan thyroïdien
Une exploration de la thyroïde, via un dosage de TSH, est indiquée en présence de signes d’appel évoquant un manque d’hormones thyroïdiennes : une prise de poids récente associée à une fatigue ou une perte de poids récente et involontaire. Elle est aussi préconisée chez la femme en période de ménopause, chez qui les symptômes – fatigue, moindre énergie, prise de poids – ressemblent à ceux d’une problématique thyroïdienne.
Ce bilan ne nécessite pas d’être à jeun.
Le bilan hépatique
Il vise à doser les enzymes transaminases ASAT/ALAT. « Il est recommandé autour de 50 ans en présence de signes comme l’apparition d’une jaunisse (ictère), de douleurs abdominales et d’une fatigue évoquant un risque de stéatose hépatique pouvant évoluer vers une cirrhose, souligne le Dr Pascal Guérard.
En cas de consommation d'alcool excessive et/ou quotidienne, quelle que soit la quantité consommée, il est également souhaitable même en l’absence de symptômes. »
Il est préférable d’être à jeun avant la prise de sang.
Le bilan de croissance
« Il est prescrit chez l’enfant lorsque la courbe de croissance et/ou de poids présente une anomalie, précise le Dr Agnès Georges-Walryck. Il est également proposé en cas de troubles de la puberté (précoce ou tardive) et pour la prévention de l’obésité chez l’enfant. »
Ce bilan doit être réalisé à jeun.
La sérologie infectieuse
Elle vise à identifier un agent infectieux (viral ou bactérien) en révélant la présence d’anticorps chez le patient. Elle est utilisée dans le dépistage du VIH, de la syphilis, de la rubéole, de la toxoplasmose ou de la mononucléose, par exemple.
Les vitamines
« Un dosage de vitamine D peut être intéressant, notamment chez la femme en période de ménopause, afin de révéler une carence éventuelle qui augmente le risque de calcification, estime le Dr Pascal Guérard. Pour un individu végétarien, il peut également être utile de vérifier certaines vitamines et oligo-éléments (le sélénium, le manganèse par exemple), notamment en cas de fatigue. »
Les autres analyses que l’on peut faire au laboratoire
▪ L’analyse d'urine. Elle est la deuxième analyse la plus fréquemment demandée après l’analyse sanguine. Elle est utile en particulier pour le diagnostic de cystite (infection urinaire). En toxicologie, les analyses d'urine permettent de rechercher les traces d’une soumission chimique.
▪ L’analyse de salive. Elle est utilisée dans le domaine infectieux, via la recherche de micro-organismes, à la manière des prélèvements naso-pharyngés effectués pendant la crise du Covid-19.
▪ L’analyse de selles. Elle sert, elle aussi, dans le cadre de la recherche infectieuse (en présence de diarrhées notamment), mais aussi dans le cadre du dépistage du cancer colorectal.
▪ Le spermogramme. Il est prescrit dans le cadre d’un bilan d’infertilité en cas de troubles de la reproduction.
Que signifie être à jeun ?
Être à jeun signifie ne pas avoir mangé depuis la veille au soir, soit huit heures au moins avant la prise de sang. Toute boisson (alcool, boissons sucrées) en dehors de l’eau est à proscrire. « De moins en moins de bilans biologiques nécessitent toutefois d’être à jeun, remarque le Dr Agnès Georges-Walryck. Ce sont vraiment les bilans métaboliques, comme la glycémie par exemple, qui l’imposent. »
Certains examens nécessitent en revanche d’interrompre son traitement médical, d’où la nécessité de le signaler en amont au laboratoire.
Bon à savoir : « Il faut éviter tout effort physique avant une prise de sang, car cela peut perturber certains paramètres, souligne le Dr Pascal Guérard. Une hypoglycémie peut par exemple apparaître, voire une augmentation des globules blancs. De même, le fait de fumer une cigarette avant un prélèvement sanguin peut avoir une influence sur les résultats. »
« Avec l’intelligence artificielle, nous gagnons un temps précieux »
« La biologie médicale connaît aujourd’hui une évolution exponentielle en termes de rapidité et d’efficacité grâce à l’apport du numérique et de l’intelligence artificielle (IA), précise le Dr Pascal Guérard, chef du pôle de biologie et pathologie du CHU de Dijon. Grâce à l’automatisation de certaines tâches, nous pouvons traiter un plus grand nombre de données en un temps beaucoup plus court. Par exemple, dans le domaine génétique, l’analyse de l’ADN humain nécessitait jusqu’ici plusieurs mois de travail, elle se fait aujourd’hui en quelques heures.
Par ailleurs, ce qui est en train de se développer aujourd’hui et qui sera effectif d’ici cinq à dix ans est ce qu’on appelle "la biologie au pied du lit". Grâce à des appareils portatifs de plus en plus sophistiqués, les analyses seront réalisées sans que l’on ait besoin d’effectuer un prélèvement, par une piqûre au bout du doigt, comme pour la glycémie. De quoi rendre la biologie médicale encore plus performante, tout en étant moins invasive. »
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Commentaires
Isabelle
06 juin 2025 à 15h06
Annie
29 juillet 2025 à 18h07
philippe
17 septembre 2025 à 00h09