Quand les animaux aident à soigner : les bienfaits de la médiation par l’animal
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Chaque personne qui vit avec un animal de compagnie reconnaît ses bienfaits apaisants. Mais celui-ci peut aussi aider à soigner. Longtemps considérée comme une simple animation de confort, la médiation par l'animal, parfois encore appelée zoothérapie, est aujourd'hui un secteur en plein essor.
Bien qu'elle ne fasse pas l'objet d'un encadrement strict par la Haute Autorité de Santé, elle s'inscrit dans ses recommandations en faveur des interventions non médicamenteuses (INM). Et selon l'enquête 2025 de la Fondation Adrienne et Pierre Sommer - pionnière dans ce domaine en France -, 99 % des établissements qui la pratiquent souhaitent poursuivre l'expérience.
Plus que du confort, une vraie thérapie
« Mais des distinctions s'imposent pour éviter les amalgames », pose d'emblée Emmanuel Doumalin, lui-même thérapeute en médiation par l’animal(e) et co-directeur d'Umanima Formation. La médiation animale désigne un (simple) contact apaisant et bienfaisant entre l'humain et l'animal. La médiation par l'animal (MPA) franchit un cap : elle est encadrée par un professionnel de santé ou du secteur social qui bâtit un projet sur mesure pour le patient. Enfin, la thérapie assistée par l'animal (TAA) est la démarche la plus poussée, exigeant une formation spécifique pour mener un suivi thérapeutique individualisé.
Quelles preuves des bienfaits de la thérapie par l'animal ?
Loin du simple ressenti, les bienfaits de la médiation animale sont physiologiques. Le contact physique (brosser, caresser) déclenche une libération d'ocytocine et de dopamine (que l’on qualifie parfois d’« hormones du bien-être »), tout en faisant chuter le cortisol (l'hormone du stress), comme le confirme une étude publiée en 2024 dans la revue médicale JMIR Mental Health. Pression artérielle et fréquence cardiaque diminuent également. Plus largement, l'animal apporte une spontanéité unique dans la rencontre : « Il ne juge pas et permet de réintroduire une proximité physique et émotionnelle indispensable », souligne Emmanuel Doumalin, thérapeute et formateur en médiation animale, médiation par l’animal et thérapie assistée par l’animal.
Sur le terrain, ces bénéfices se concrétisent au quotidien. À l’Institut Curie, centre de recherche et de traitement contre le cancer, Snoopy est « un véritable auxiliaire de soins », estime Isabelle Fromantin, infirmière et docteure en sciences. Ce chien médiateur désamorce l'angoisse des patients en oncologie, qu'il s'agisse d’alléger la tension d'une salle d'attente ou d’escorter un enfant pour une séance de chimiothérapie.
Au-delà du réconfort, l'animal métamorphose la relation thérapeutique. En sa compagnie, les barrières tombent : « J’ai beau essayer d’accrocher mon plus grand sourire, je porte une blouse blanche et je reste une soignante », rappelle Isabelle Fromantin. Face au chien, la réserve s'efface et le dialogue s'ouvre, loin de la maladie.
La thérapie par l'animal montre la même efficacité dans d'autres cadres. Elle stimule l'engagement verbal des enfants avec un autisme, ravive la mémoire émotionnelle des résidents en Ehpad et réduit l'anxiété générale.
Où et comment la pratiquer ?
La médiation animale est pratiquée principalement par des femmes et dans 60 % des cas par des soignants ou des éducateurs spécialisés, selon l'étude de la Fondation Sommer. Le milieu médicosocial (Ehpad, structures handicap) concentre 85 % des interventions, même si des initiatives émergent à l'école, en prison ou encore à domicile.
Côté animaux, le chien reste roi (59 % des interventions), suivi du cheval (15 %) et des petits animaux, comme des lapins ou cochons d'Inde. (14 %). « Peu importe l'espèce, le critère clé est un animal émotionnellement stable et ayant plaisir à aller à la rencontre de l’humain », précise Emmanuel Doumalin.
Combien coûte la médiation par l'animal ?
Il n'existe pas de tarif unique ou réglementé en France, constate la Fondation Sommer. Les prix fluctuent selon le format (individuel ou collectif), le nombre de bénéficiaires, l'espèce animale et la logistique.
En établissement, les tarifs constatés se situent généralement entre 120 € et 230 € la séance pour un groupe de 6 à 10 personnes en médiation canine. Ce coût intègre une part importante de « temps invisible » : une heure d'intervention réelle représente 2 à 3 heures de travail effectif pour le professionnel (soins quotidiens et éducation des animaux, préparation des projets, transport, charges). La séance est le plus souvent gratuite pour le bénéficiaire, car elle est intégrée dans le budget de soins.
À domicile, des possibilités de prises en charge indirectes existent, notamment via des aides dédiées de la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) ou auprès de certaines complémentaires santé. « En MPA ou TAA les groupes n’excèdent jamais 5 participants pour individualiser et personnaliser les ateliers », précise Emmanuel Doumalin
La pratique est-elle encadrée ?
Comme le déplore Emmanuel Doumalin, le secteur mériterait un encadrement renforcé, tant au niveau des tarifs que de la professionnalisation des intervenants.
Ce que confirme la Fondation Sommer, pour qui « le secteur ne dispose pas encore d’un cadre permettant d’identifier clairement les compétences attendues des intervenants. Les formations sont très hétérogènes et il existe encore des “trous dans la raquette” pour distinguer les praticiens les plus qualifiés de ceux qui le sont moins. Cette question de la qualité des pratiques et du bien-être animal constitue d’ailleurs un enjeu majeur pour l’avenir de la discipline. »
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